« Il devenait impératif de réunir la profession autour d’objectifs prioritaires »

Bâtonnier du barreau de Paris de 2012 à 2013, Christiane Féral-Schuhl est la première femme à avoir été élue à la présidence du Conseil national des barreaux (CNB). À la tête des 65 480 avocats français, la spécialiste du droit de l’informatique et des nouvelles technologies évoque les enjeux au cœur de la profession et les raisons qui l’ont poussée à présenter sa candidature.

Bâtonnier du barreau de Paris de 2012 à 2013, Christiane Féral-Schuhl est la première femme à avoir été élue à la présidence du Conseil national des barreaux (CNB). À la tête des 65 480 avocats français, la spécialiste du droit de l’informatique et des nouvelles technologies évoque les enjeux au cœur de la profession et les raisons qui l’ont poussée à présenter sa candidature.

Décideurs. Après le bâtonnat de Paris et le Conseil national des barreaux, pourquoi avoir voulu renouveler l’expérience d’un mandat institutionnel, et plus particulièrement le CNB ? Quelles ont été vos motivations ?

Christiane Féral-Schuhl. Il s’est passé quatre ans entre la fin de mon bâtonnat et mon entrée en fonctions au CNB. Quatre ans qui m’ont permis de retrouver mon cabinet, de prendre du recul, de me consacrer à mes clients. J’avais besoin de redevenir avocate à 100 %. Je regardais la vie institutionnelle de notre profession d’assez loin, mais en tant qu’avocate, je voyais bouger le monde autour de nous – les legaltechs, la réforme des professions réglementées, l’arrivée d’une nouvelle génération d’avocats dans nos cabinets – et j’avais l’impression que nous allions droit vers une fracture numérique sans précédent. J’ai voulu mettre au service de notre profession mon expérience « technologies » et celle liée aux modes amiables des règlements de litige – tout particulièrement la médiation – deux axes clés pour permettre de construire l’avenir. Je me suis dit qu’il devenait impératif de réunir la profession autour d’objectifs prioritaires, renforcer notre influence et écrire notre destin. J’y suis allée et j’y suis !

J’ai voulu mettre au service de notre profession mon expérience  “technologies” et celle liée aux modes amiables des règlements de litige 

Quels sont les enjeux qui animent le CNB et plus globalement la profession des avocats, en pleine mutation aujourd’hui ?

Il existe trois enjeux pour le CNB : l’unité, l’engagement et l’influence. L’unité est la condition préalable, et je m’y suis engagée avec détermination. Le nouveau bureau du CNB a adopté à l’unanimité, dès son entrée en fonctions, un manifeste pour l’unité des avocats de France. Les planètes sont alignées. Nous allons présenter une profession unie face aux défis qui se présentent aux avocats. L’engagement passe par la méthode : le CNB n’est pas là pour commenter la réalité ou pour expertiser des textes de loi, il est là pour prendre des positions, pour s’engager dans l’intérêt des justiciables et des avocats. L’influence, ce sont les moyens. Nous allons mieux communiquer et refonder notre stratégie de lobbying pour être mieux entendus. Pour la profession, il existe également trois enjeux : la numérisation, le « pouvoir d’achat » des avocats et le périmètre de leur exercice professionnel.

Dans votre discours de candidature, vous promettiez de peser sur « les prochaines réformes de la justice » qui ne pourront se faire « sans l'accord des avocats » et notamment sur la carte judiciaire ou sur la numérisation de la justice. Comment allez-vous faire ?

 

Je vais présenter un front uni de la profession, ainsi que nos propositions. Nous allons aussi mobiliser l’opinion publique quand cela sera nécessaire. Par ailleurs, nous devons alimenter le débat public en fournissant nos propres études d’impact, ce que ne fait pas toujours la Chancellerie, par exemple, lorsqu’elle présente des projets de réforme.

 Je vais présenter un front uni de la profession 

Il y a quelques mois, vous déclariez dans une interview au magazine Décideurs que le point fondamental que vous souhaitiez travailler pour vos confrères était « la méthode ». Est-ce toujours le cas ?

Oui. Tout est méthode, car tout est politique. Nous ne péchons pas par manque d’idées, d’innovations ou de créativité, mais parce que nous tâtonnons depuis des années sur une méthode pour travailler en commun. Ma méthode consiste à poser d’abord le préalable de l’unité. Unis, tout est à notre portée et j’entends bien le démontrer.

 

Les points-clés de ses engagements

Dans son discours de candidature,  Christiane Féral-Schuhl a insisté sur le fait qu'elle entendait rappeler au gouvernement que les prochaines réformes de la justice ne pourraient pas se faire sans l'accord des avocats, et notamment sur la carte judiciaire ou sur la numérisation de la justice. Dénonçant la multiplication de « vraies zones de non-droit » où les droits de l'homme sont bafoués en France, elle a placé la défense des libertés publiques en tête de ses priorités. L’avocate souhaite mener la charge contre  ces zones de non-droit telles que la jungle de Calais, les camps de migrants, les prisons et même les tribunaux. « Je crois que nous avons, nous, représentation nationale des avocats de France et d’Outre-mer, le devoir, l’impérieuse obligation morale de lutter sans relâche contre ce cancer de notre démocratie qu’est l’injustice, sous toutes ses formes », a-t-elle conclu.

 

5 choses à savoir sur Christiane Féral-Schuhl

•  1981 : elle prête serment à Paris.

•  1988 : elle cofonde le cabinet Féral-Schuhl/Sainte-Marie.

•  1994-1996 : elle est membre du conseil de l'ordre des avocats de Paris ; entre 2014 et 2016 également.

•  2012 : elle devient bâtonnière de l'ordre des avocats de Paris.

•  2016 : elle prête serment au Québec.

 

Propos recueillis par Mathilde Pujol

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