Un groupe de onze gestionnaires de réseau européen a publié un plan expliquant comment l’Union européenne pourrait se doter, d’ici à 2040, d’un réseau performant de transport d’hydrogène afin de métamorphoser sa consommation énergétique. Analyse.

La stratégie a été élaborée, place maintenant aux réflexions pour la mettre en œuvre. Suite à la présentation par l’Union européenne de sa stratégie hydrogène (European Clean Hydrogen Alliance), la mise en route d’un chantier pour la création d’un réseau complet de pipelines se profile. L’ambition stratégique est de créer un marché de l’hydrogène européen interconnecté, permettant la libre circulation de cette ressource. Pour soutenir ce projet, onze opérateurs énergétiques européen ont rédigé un rapport : " European Hydrogen Backbone how : a dedicated hydrogen infrastructure can be created ", afin de dresser une ébauche du projet, d'inventorier les infrastructures nécessaires, et de proposer des échéances calendaires pour les premières décennies. 

Un plan déjà bien segmenté

Bien que le projet n’en soit qu’à ses balbutiements, l’architecture de l’EHB est déjà bien concrète et prête à être appliquée. La première phase de ce chantier constituera en la mise en place et en la réhabilitation de 6 800 km de pipelines de transport d’hydrogène en 2030, principalement constitué d’ancien pipelines gaziers reconfigurés. Les 6 800 km s’appuieront en grande partie sur les réseaux nationaux allemands et néerlandais, avec quelques ramifications en France et Belgique. La création de “ regional backbones ” autours des grands pôles de demande, les “ hydrogen valleys ”, a été anticipé et participerait à consolider la première version d’un réseau fragmenté de transport d’hydrogène à l’horizon 2030. Une décennie plus tard, le réseau devrait s’étendre jusqu’à couvrir 23 000 km en 2040. A cette date, la Gas for Climate Decarbonisation Pathway analysis prévoit que la demande de gaz naturel devrait avoir baissé jusqu’à un niveau comparable à la moitié de la demande de 2020, parallèlement à une croissance de celle pour le gaz vert. Il est prévu que le maillage se complexifie encore après la date butoir de 2040, pour accompagner l’augmentation de la demande d’hydrogène. Le plan, visant à faire circuler un mix d’hydrogène vert et bleu dans un premier temps, puis 100 % vert à long terme, n’intègrera pas le réseau de transport de 1 600 km d’hydrogène gris (très polluant à produire) reliant aujourd’hui des pôles industriels européens. D’autre part, si la croissance attendue de la demande pour “ l’air inflammable ” entre 2030 et 2040 est conséquente, elle risque de l’être encore plus pour la décennie suivante selon le document. Ainsi, le kilométrage annoncé pour 2040 n’est qu’un indicateur, précisent les gestionnaires de réseau, et ne représente en rien les capacités maximales des infrastructures de transport. Il propose plutôt “a mature hydrogen highway”, soit un enchevêtrement de canalisations efficaces pour soutenir l’effort climatique et les objectifs européens.

Des infrastructures adaptées

Le réseau sera certes doté de pipelines, mais qui ne seront qu’un composant parmi tant d’autres pour le transport de l’hydrogène. En effet, des stations de compression seront présentes à intervalles réguliers pour s’assurer que le gaz, très léger, reste pressurisé tout au long du trajet. Le montant exact des coûts liés à ce composant reste toutefois nimbé de mystère car la question de la réutilisation des stations de compressions gazières se pose, adéquates pour les uns, inadaptées pour d’autres.

Par ailleurs, des stations de comptage feront également parti du dispositif et seront placées aux entrées, aux sorties et aux sites transfrontaliers de la chaîne de canalisations pour contrôler et comptabiliser les quantités d’hydrogène en transit. De fait, une variation, même minime, sur les pipelines les plus larges (122 cm) pourrait engendrer des pertes financières conséquentes pour toutes les parties impliquées. Enfin, le stockage de gaz en général peut se faire dans des cavités géologiques naturelles, notamment des cavernes de sel. Les cavernes existantes pourront être réutilisées à cette fin, ainsi qu’une partie de celles servant au stockage du gaz naturel.

Combien ça coûte ?

Les montants d’investissements requis pour la construction de nouveaux pipelines et la remise à niveau de ceux déjà existants oscilleraient entre 27 et 64 milliards d’euros, pour atteindre les objectifs de 2040. Le document appuie sur l’importance de recycler les infrastructures gazières pour réduire les coûts, infrastructures qui devraient représenter 18 000 km en 2040, soit 75 % du maillage, pour un montant équivalant à la moitié des investissements totaux. Les coûts d’exploitation et de maintenance ne devraient, quant à eux, pas excéder les 3,5 milliards d’euros par an. Étant un gaz très léger, l’hydrogène devra être comprimé pour être transporté, ajoutant un poste d’investissement à prévoir dans la compression. Cependant, les opérateurs prévoient qu’entre 2020 et 2030, la demande pour cette énergie restera marginale, limitant l’usage de la compression, et permettant de repousser ces investissements dans le temps.

Si le développement de l’EHB n’a pas officiellement commencé, des projets pilotes liés à ce dernier sont déjà en cours un peu partout en Europe et établissent ses fondations. Le Green Octopus Project, une entreprise de décarbonisation de secteurs polluants par le déploiement d’éoliennes offshore et la réutilisation de pipelines gaziers, ainsi que le Golden Eagle, la production et le transport de 3 GW d’hydrogène vert, posent notamment la première pierre de cet édifice européen. Dans la même veine, le Green Spider Project œuvre au développement d’un réseau d’hydrogène vert de grande ampleur, pour le transporter d’Espagne aux pays d’Europe du nord. L’Union européenne croit dur comme fer en cette énergie, encore peu exploitée. L’une des principales difficultés provient de l’intensification de production d’hydrogène vert et de la construction du réseau de transport qui devront progresser main dans la main. 

Thomas Gutperle

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