Hervé Hélias (Mazars) : « Deux entreprises sur trois réfléchissent à faire une acquisition à l’international dans les deux ans »

Les ETI et grands groupes doivent une part croissante de leur taille et succès à leur habileté à se mondialiser. Comment Mazars voit ses clients batailler sur les marchés extérieurs ? Quels drivers de succès pour réussir le pari de la mondialisation ? Hervé Hélias, son président en France, revient pour nous sur les défis à relever pour réussir à l’étranger.

Les ETI et grands groupes doivent une part croissante de leur taille et succès à leur habileté à se mondialiser. Comment Mazars voit ses clients batailler sur les marchés extérieurs ? Quels drivers de succès pour réussir le pari de la mondialisation ? Hervé Hélias, son président en France, revient pour nous sur les défis à relever pour réussir à l’étranger.

Décideurs. Comment jugez-vous la compétitivité des groupes du CAC 40 et des ETI françaises ?

Hervé Hélias. je suis impressionné par les succès des entreprises du CAC 40. Alors que la concurrence mondiale est féroce, ces dernières ont su se transcender. Elles ont compris très tôt que le succès passait par l’internationalisation. Avec la montée en puissance des économies émergentes, qui ont pris le relais des zones traditionnelles de développement, la plupart de ces groupes réalisent une majorité de leur chiffre d’affaires à l’étranger, certains même jusqu’à 90 %. Et elles savent également que leur avenir passe par là. Un constat que nous faisons également.

 

Décideurs. Vous êtes le seul acteur non anglo-saxon à conseiller des sociétés du CAC 40. Comment expliquez-vous ce succès ?

H. H. Nous avons parmi nos clients 28 sociétés du CAC 40 dont treize en audit et quinze en conseil. C’est le résultat d’un choix stratégique pris il y a vingt ans (lire encadré). Alors que  la plupart des cabinets de conseil et d’audit français ont abandonné les grands groupes de peur de l’international, nous avons fait le choix, inverse, d’investir et de les accompagner dans leurs démarches.

 

Un choix sans doute guidé par notre ADN d’entrepreneur, hérité de la personnalité de notre fondateur Robert Mazars. En 1995, nous réalisions un chiffre d’affaires de cent millions d’euros. Ce fut l'heure du choix de s'internationaliser vraiment. En 2015, nos revenus s’élèvent à 1,35 milliard d’euros, avec 17000 collaborateurs dans le monde, dont plus de 80 % hors de France. Nous avons pour objectif d’atteindre 2 milliards de CA d’ici à 2020.

 

Aujourd’hui, avec le ralentissement de l’économie européenne, l’internationalisation est devenue un enjeu incontournable, même pour les PME et ETI. En France, sur les 2 500 entreprises qui ont une filiale dans le monde plus de la moitié réalise plus de 50 % de ses revenus à l’international. L'accélérateur réside souvent dans l'art de procéder à des acquisitions, pour construire rapidement des ancrages locaux à l'étranger. Une de nos études réalisées auprès de 250 directeurs financiers d’ETI en Europe montre que deux entreprises sur trois réfléchissent à faire une acquisition à l’international dans les deux ans.

 

Décideurs. Comment accompagnez-vous vos clients dans leur internationalisation ?

H. H. Dans nos activités d’audit, l’accompagnement se fait par l’exercice des mandats d’audit dans les pays concernés et des missions compatibles avec notre position d’auditeur, comme les due diligences à l’acquisition ou la revue de contrôle interne.

 

Quand nous ne sommes pas auditeurs, deux cas de figures existent. Le premier, lorsque notre client dispose déjà d’une activité mature dans ce domaine consiste alors y travailler sur des missions de tax, en conseil ou pour l’établissement des déclarations, sur des missions d’amélioration de la performance, sur des acquisitions ou cessions d’activités. Nous proposons également des services en  matière de risque, de contrôle interne ou de compliance. Nous bénéficions d’une reconnaissance forte dans ce domaine.

 

Le deuxième cas de figure se présente lorsque la société commence à s’installer, ce qui est souvent le cas pour des ETI sur de nouvelles zones géographiques. Grâce à nos 250 bureaux dans 77 pays, nous avons un rôle accru de conseil à jouer. Nous optimisons l’implantation juridique, financière, comptable et fiscale. Nous pouvons aussi travailler sur la recherche de cibles.

Cette approche d’entrepreneurs, nous la connaissons bien puisque nous avons nous-mêmes construit Mazars à l’international sur ses vingt dernières années !

 

Enfin, grâce à notre approche intégrée, nous intervenons sur des grandes missions internationales. C’est ainsi que nous travaillons notamment pour la Banque centrale européenne qui nous a choisis pour l’assister dans les tests de résistance des banques systémiques. Pour ce faire, nous avons créé une task force de 200 consultants qui ont travaillé pendant six mois dans dix pays européens.

 

Décideurs. Quels sont les pièges que Mazars peut aider à déminer ?

H. H. Il y a quatre grandes thématiques. La première est la montée des risques réglementaires. Notre valeur ajoutée est de suivre et de comprendre les évolutions pour construire un système de compliance pertinent et performant. La seconde réside dans la qualité comptable, c’est un sujet majeur : entre la comptabilité internationale et locale, il peut y avoir de grandes différences. À nous d’accompagner nos clients dans la compréhension des écarts.

 

La troisième concerne la fiscalité. Il faut penser l’activité de façon locale et globale afin de mettre en place la meilleure structure possible et de permettre à nos clients de pleinement répondre  à leurs obligations. La quatrième thématique s’inscrit dans la lutte contre la corruption. Dans cette optique, nous avons mis en place le premier certificat anti-corruption en partenariat avec l’ADIT. S’il fallait ajouter une autre thématique, elle serait d’ordre culturel. Chaque pays a ses propres règles. Il faut en être conscient pour éviter tout impair. C’est là que notre modèle international avec des équipes très intégrées prend toute sa valeur.

 

Décideurs. Comment avez-vous vécu la mise en place des normes IFRS ? 

H. H. Ce fut un moment de transition extrêmement intense. Quand des normes évoluent, il est important que nous accompagnions nos clients en amont et en aval. Nous avons beaucoup échangé avec les directeurs financiers. C’était l'occasion de revoir en profondeur l’activité et les métiers de nos clients. 

 

Comme les normes IFRS évoluent chaque année, ce dialogue continue. Nous prenons en compte les opinions techniques des entreprises dans nos échanges avec les régulateurs et les instances normatives car les évolutions de normes doivent aller dans le sens d’une meilleure traduction des métiers et des activités de nos clients dans leurs états financiers. Ainsi, dans le secteur bancaire, l'évolution de la norme IFRS 9 est un chantier majeur, qui va déterminer les futures méthodes et outils de provisionnement. Notre rôle est d’apporter des solutions pragmatiques et fiables dans la mise en œuvre de cette norme en réunissant l’ensemble des compétences métiers (risques, actuariat, SI, normes…) au sein d’une même équipe.

 

Décideurs. Pour accompagner sa croissance, la maîtrise des process est fondamentale. Qu'en pensez-vous ? 

H. H. Il est exact qu'aucune entreprise ne peut atteindre une taille internationale sans normer sa production, ses process métiers, ses finances... L'accompagnement de nos clients passe aussi par l’expertise métiers apportée par les métiers de conseil de Mazars. Ils représentent aujourd'hui dans le groupe environ 20 % de notre activité, hors conseil fiscal.

 

Décideurs. Quelles leçons tirez-vous de l'observation des meilleures stratégies de croissance internationale ? 

H. H. Nous ne sommes pas que des conseils. Les associés de Mazars sont aussi des entrepreneurs. À ce titre, nous nous nourrissons de l'exemple des groupes conseillés. Mais il y a une autre dimension : quand une ETI ou un groupe international vient nous voir, nous avons une vraie légitimité sur ces sujets, car nous avons aussi vécu ce mouvement d’internationalisation dans notre chair, avec ses risques et ses succès.

 

Propos recueillis par Vincent Paes.

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