H.Marcoux (Tikehau) : "Nous ne voulons pas casser la belle dynamique de Sofidy"

Les acquisitions de Sofidy et d’ACE Management répondent aux ambitions de Tikehau Capital d’apporter une diversification plus importante de leurs actifs sous gestion, notamment sur les métiers de l’immobilier et du private equity. Henri Marcoux, le directeur général adjoint du groupe de gestion d’actifs et d’investissement, révient sur ces opérations de croissance externe et nous dévoile sa feuille de route pour les années à venir.
Henri Marcoux

Les acquisitions de Sofidy et d’ACE Management répondent aux ambitions de Tikehau Capital d’apporter une diversification plus importante de leurs actifs sous gestion, notamment sur les métiers de l’immobilier et du private equity. Henri Marcoux, le directeur général adjoint du groupe de gestion d’actifs et d’investissement, révient sur ces opérations de croissance externe et nous dévoile sa feuille de route pour les années à venir.

Décideurs. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le positionnement de Tikehau Capital ?

Henri Marcoux. Tikehau Capital est un pont entre le marché de l’épargne au niveau mondial et, au bout du spectre, le financement de l’économie, à travers des prises de participations dans les entreprises, des outils de financement et des solutions immobilières. Ce positionnement nous permet, d’un côté, d’apporter des solutions proposant des rendements plus attractifs au marché de l’épargne et, d’un autre côté, de satisfaire des besoins de financement de l’économie. Depuis la crise de 2008, nous avons connu un changement structurel. L’ensemble des allocateurs d’actifs montrent un attrait de plus en plus affirmé pour des actifs privés. Depuis 2007, la part des actifs privés dans le marché de la gestion d’actifs est ainsi passée de 8 % à 15 %.

Quel bilan dressez-vous de votre année 2018 ?

Aujourd’hui, nous sommes l’un des deux seuls asset managers cotés en France. Notre succès repose sur une croissance rentable pour l’ensemble de nos actifs sous gestion. En 2018, nous avons réalisé 3,7 Md€ de collecte. En parallèle, deux acquisitions importantes ont été concrétisées. L’une, ACE Management, s’inscrit dans le cadre des métiers du private equity, et l’autre, Sofidy, en immobilier. L’intégration de ces deux acteurs est en ligne avec la stratégie que nous avions énoncée lors de notre introduction en Bourse en mars 2017 : une diversification plus importante de nos actifs sous gestion avec une présence renforcée sur les métiers de l’immobilier et du private equity. Sous l’effet de ces deux opérations de croissance externe et de notre politique commerciale, nos actifs sous gestion s’élèvent désormais à 22 Md€. Cela démontre la confiance de nos clients investisseurs et notre capacité à générer de bonnes performances sur l’ensemble de nos lignes métiers. D’ici à 2022, nous avons l’ambition de dépasser le cap des 35 Md€. Notre croissance se veut également rentable. Nous souhaitons multiplier par cinq les résultats opérationnels de nos métiers de gestion d’actifs, en passant de 20 M€ à 100 M€.

« Nos actifs sous gestion s’élèvent désormais à 22 Md€ »

Dans quelle cadre s’inscrit l’acquisition d’ACE Management ?

ACE Management est l’un des leaders en France sur les métiers du private equity sectoriel, en l’occurrence dans l’industrie aéronautique et la cybersécurité. La société vient donc compléter nos trois verticales actuelles en private equity avec un fonds généraliste dédié au capital développement, un fonds spécialisé en partenariat avec Total dans la transition énergétique et un fonds de situation spéciales, en anticipation d’un potentiel retournement de marché et autour des opérations dites « spéciales ».

Qu’en est-il de Sofidy ?

Sofidy est l’un des plus importants acteurs indépendants du marché des SCPI. Elle gère notamment la SCPI Immorente dont la capitalisation est la plus importante du marché français. Celle-ci a encore délivré en 2018 un taux de distribution sur valeur de marché (Tdvm) supérieure à 4,7 %. La société gère aussi Efimmo dont le taux de distribution a de nouveau passé la barre des 5 %. Du point de vue stratégique, nous nous dirigeons vers des acteurs disposant d’un véritable savoir-faire sur des métiers spécifiques. Les activités de Sofidy sont très complémentaires des nôtres. 82 % de leurs actifs sont situés en France et 18 % sont en Allemagne et aux Pays-Bas. Cette complémentarité est aussi visible sur le profil de nos clients. Nous avons une forte proportion de clients institutionnels alors que Sofidy s’appuie sur une clientèle retail. L’objectif est ici de partager nos opportunités d’investissement mais aussi notre réseau de distribution, dans le cadre de la réglementation en vigueur.

« Le management et les salariés sont le principal actionnaire de Tikehau Capital »

En moyenne deux tiers des opérations d’acquisition ne produisent pas les effets escomptés. Comment vous y prendrez-vous pour réussir l’intégration de Sofidy et d’ACE Management ?

Nous n’avons pas fait ces rapprochements en nous disant que nous allions absorber leurs équipes. Nous ne sommes pas dans cet état d’esprit. Prenons le cas de Sofidy. C’est une société indépendante qui dispose d’un ADN similaire au nôtre. Nous n’avons pas l’ambition de créer des synergies comme peuvent le faire les blue chips US lorsqu’ils fusionnent. Nous souhaitons que Sofidy puisse continuer à s’exprimer. Elle a une expertise et un réseau local très pointus. Aujourd’hui, nous ne voulons pas casser la belle dynamique de Sofidy.

Motivés par la volonté de se développer mais aussi par des aspects réglementaires, de nombreux acteurs de la gestion d’actifs sont en train de bâtir, comme vous, des modèles multi-expertises. Est-ce que vous pensez que cela va dans le sens de l’histoire ?

Nous avons développé ce modèle en France avec ses particularités, avec un ADN propre à celui de Tikehau. Il existe dans certaines zones géographiques, notamment aux États-Unis, mais notre modèle se veut différenciant. Nous veillons à assurer un alignement d’intérêts entre les investisseurs et nos équipes, qui se ressent à différents niveaux. D’une part, le management et les salariés sont le principal actionnaire de la société, avec 37% du capital. Et, d’autre part, sur le fait que Tikehau Capital investisse systématiquement dans l’ensemble des fonds que nous gérons. Dans cette industrie, nous avons la conviction que ces éléments sont moteurs. Ce modèle pluri-classes d’actifs a du sens. Notre plateforme dispose de neuf bureaux répartis dans le monde. Cette implantation géographique nous assure une grande proximité avec nos clients-investisseurs et ceux que nous finançons. Cela nous permet de mieux comprendre leurs besoins et donc de créer les solutions d’investissement appropriées pour y répondre. Avec ce modèle, nous sommes aussi très proches de l’économie et des entreprises. Enfin, notre réseau international est un élément clé pour les entreprises que nous accompagnons. Il leur ouvre de nombreuses opportunités. Ces entreprises peuvent en effet s’appuyer sur les 430 femmes et hommes de Tikehau Capital, où 22 nationalités sont représentées.

« Nous ne sommes pas prêts à payer des multiples stratosphériques »

Près de deux tiers de votre collecte ont été réalisés auprès d’investisseurs internationaux. Cette internationalisation de votre plateforme a-t-elle vocation à s’accélérer ?

C’est une stratégie assumée. Concernant nos encours, 37 % de nos investisseurs sont aujourd’hui internationaux, un chiffre multiplié par trois depuis 2015. Nous pouvons notamment compter sur notre présence aux États-Unis et en Asie. Preuve de la pertinence de notre modèle, plusieurs assureurs coréens de premier plan ont investi dans nos solutions d’investissement l’année dernière. L’ouverture de notre bureau au Japon va dans ce sens. Nos axes de croissance vont vers les zones où se situent les grandes poches d’épargne comme la Corée du Sud ou Singapour, et dont les structures de retraites s’appuient sur des fonds de pension.

Pensez-vous continuer à être un acteur de la consolidation du marché de la gestion d’actifs ? Racheter une société de gestion spécialisée sur les marchés actions est-il envisageable ?

Nous avons regardé un certain nombre de dossiers. Nous ne souhaitons pas faire l’acquisition d’une société de gestion dont l’expertise repose sur un ou plusieurs gérants qui profiteraient de la transaction pour se retirer de leur activité. Si l’on doit se renforcer sur ce métier, nous le ferions peut-être en recrutant une équipe de gérants. Nous ne sommes pas prêts non plus à payer des multiples stratosphériques. Sofidy, nous l’avons, par exemple, acquise pour moins de sept fois l’Ebitda. Un multiple qui nous semble raisonnable, en dessous de transactions comparables.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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