H. de Kervasdoué (BG2V) : « La vente de Malcolm n'était une obligation ni une condition à la cession des Girondins de Bordeaux »

Conseil juridique lors des ventes du PSG et plus récemment, des Girondins de Bordeaux, Hervé de Kervasdoué revient sur les particularités de ces opérations complexes et hautement médiatisées.

Conseil juridique lors des ventes du PSG et plus récemment, des Girondins de Bordeaux, Hervé de Kervasdoué revient sur les particularités de ces opérations complexes et hautement médiatisées.

Décideurs. Ce n’est pas la première fois que vous intervenez dans le cadre d’une opération portant sur un club de football professionnel (conseil de QSI lors du rachat du PSG). Cette fois-ci, vous êtes coté vendeur, le Groupe M6, lors de la cession des Girondins de Bordeaux. Les ventes de Bordeaux et de Paris sont-elles similaires ?

Hervé de Kervasdoué. La vente des Girondins de Bordeaux ne ressemble pas à celle du PSG pour plusieurs raisons. D’abord, il est vrai que j’étais conseil à l’achat lors de la vente du PSG alors que cette fois-ci, je suis du côté du vendeur (Groupe M6). Ensuite, le pricing a été sensiblement différent. Pour évoquer des chiffres qui ont circulé dans le public, on parlait d’environ 40 millions d'euros pour le PSG tandis que pour les Girondins de Bordeaux, le prix se situe autour de 100 millions d'euros. En outre, dans le cadre du dossier des Girondins, il fallait obtenir de Bordeaux Métropole une mainlevée des garanties données par le Groupe M6 pour le paiement des loyers sur le stade… Difficulté que nous n’avions pas eu à Paris ! Enfin, le contrôle de la DNCG est dorénavant plus poussé qu’au moment de l’achat du PSG.

Le point commun entre ces deux transactions est que dans chacune des opérations, nous retrouvons un fonds d’investissement : Colony Capital dans le cas parisien et GACP pour le club bordelais.

Comment expliquez-vous une telle différence de prix d’acquisition entre un club comme le PSG et Bordeaux ?

Le contexte de l’époque était peu favorable à la vente. Colony Capital s’était d’ailleurs mis dans une « seringue » en faisant connaître clairement sa volonté de vendre, et les qataris l’avaient très bien compris ! Le levier de négociation était donc très fort de leur côté, et cela nous a aidé à obtenir une valorisation relativement basse au vu du potentiel de rayonnement du club de la capitale.

Les sollicitations étaient nombreuses pour Bordeaux, et on aurait tout à fait pu contracter avec une autre partie

Pour le Groupe M6, c’est autre chose. Les connaisseurs du milieu du « foot » savent que Nicolas de Tavernost est très attaché au club. Pour lui, cette décision n’a pas été prise à la légère. De plus, les sollicitations étaient nombreuses pour Bordeaux, et on aurait tout à fait pu contracter avec une autre partie.

M6 s’est donc retiré car il a jugé qu’il n’avait plus les moyens de soutenir les Girondins de Bordeaux dans leurs joutes sur la scène nationale et, a fortiori, continentale ?

La volonté de bien faire va de paire avec l’attachement que le groupe M6 a pour les Girondins de Bordeaux. Compte tenu de l’arrivée d’investisseurs solides et internationaux au capital du PSG, de Marseille ou encore de Monaco, Bordeaux n’avait pas d’autre choix que d’investir considérablement. Cet avis n’engage que moi, mais si les synergies entre un Groupe comme M6 et un club de foot existaient (et M6 a d’ailleurs obtenu récemment des droits de diffusion des matchs de l’équipe de France pour plusieurs années), elles ne permettaient probablement pas de justifier auprès des actionnaires les investissements importants rendus nécessaires par l’arrivée de ces nouveaux venus pour maintenir les Girondins de Bordeaux au niveau qui est le sien.

En ce qui vous concerne, peut-on vous classer de spécialiste du « M&A sportif » ?

C’est en partie un hasard. J’ai le plaisir de travailler pour le Groupe M6 en M&A depuis une douzaine d’années, mais sans représenter les Girondins ce qui m’évitait tout conflit d’intérêts potentiel avec le PSG. Cela étant, cette vente nous a peut-être été confiée en raison de notre première expérience concluante dans ce domaine. La vente d’un club de foot n’est pas une vente comme une autre. On vous dira que chaque industrie a ses spécificités, ce qui est vrai, mais rares sont les activités où l’actif est essentiellement humain… La valeur d'une équipe sportive repose sur quelques personnes dont les joueurs en premier lieu. Cela induit une forte versatilité des opérations qui, encadrées par la saisonnalité des périodes de transferts de joueurs (mercatos), débouchent sur de nombreux flux de cash-in et de cash-out qui s’étalent dans le temps et qui peuvent varier très significativement à la suite de blessures, mauvaises performances, etc.

La vente d'une club de foot n'est pas une vente comme une autre

D’une manière générale, entre la valeur d’un joueur, ses primes, celles de son agent et la gestion de ses droits d’image, la lisibilité du bilan d’un club de foot est compliquée. En l’espèce, la vente du joueur Malcolm a eu un rôle important dans le dénouement de la vente.

Était-ce d’ailleurs une condition suspensive à la réalisation du deal ?

Les conséquences de ce transfert devaient être appréhendées par l’entreprise. Evidemment, le montant du transfert a impacté la valeur de l’entreprise. Mais ce n’était ni une obligation ni une condition à la vente des Girondins de Bordeaux.

Les due diligences sont-elles classiques ?

Les due diligences sont traditionnelles, comme pour tout autre deal. Il n’y a que pour les joueurs que nous avons dû prendre quelques précautions supplémentaires. L’un d’entre eux était blessé et des rapports médicaux complets ont été mis à disposition de l’acheteur. Le processus s’est déroulé au travers d’une data room virtuelle.

Les clubs de football sont très médiatisés. Les opérations de M&A sont très confidentielles. Comment s’organiser pour ne pas commettre d’impair en la matière ?

Sur le plan médiatique, une fois connue, la vente du PSG a frisé l’hystérie ! Heureusement que nous avions réussi à protéger le secret des discussions jusque un stade très avancé. Mais dès que les informations ont commencé à fleurir dans la presse, les conséquences furent étonnantes. J’ai reçu par exemple l’appel d’un journaliste me demandant de placer son CV auprès du PSG pour décrocher un job… En ce qui concerne Bordeaux, les péripéties ont commencé avec la fuite, en mars dernier, du dossier d’investissement de GACP dans la presse, ce qui a notamment donné lieu à la publication d’une double-page dans L’Equipe. Nicolas de Tavernost a alors indiqué qu’il y avait des discussions en cours sans qu'aucune partie ne soit encore liée.

 

Firmin Sylla

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