H. d'Ursel : "L’art va au-delà de l’investissement, il relève d'une passion quotidienne"

Depuis plus de quarante ans, Hubert d’Ursel accompagne et conseille des amateurs qui s’intéressent à l’art, autant par passion que par souhait de diversifier leur patrimoine à travers des œuvres. Un univers séduisant qui requiert une grande connaissance, car bien comprendre les subtilités du marché est un art en lui-même.

Depuis plus de quarante ans, Hubert d’Ursel accompagne et conseille des amateurs qui s’intéressent à l’art, autant par passion que par souhait de diversifier leur patrimoine à travers des œuvres. Un univers séduisant qui requiert une grande connaissance, car bien comprendre les subtilités du marché est un art en lui-même.

Décideurs. Comment se fait-il que le marché de l’art contemporain soit devenu mûr aussi rapidement ?

Hubert d’Ursel. L’art contemporain s’était endormi jusqu’en 2000. En effet, nous avons constaté à partir des années 1990, une chute du marché de l’art due à une crise financière au Japon. Les Japonais, qui étaient à l’époque de grands spéculateurs en art impressionniste, achetaient des tableaux dans le but de les revendre par la suite à profit. Ce phénomène a pris une ampleur considérable et a duré plusieurs années avant que le pays ne disparaisse des radars, entraînant ensuite un écroulement du marché de l’art et des prix. C’est seulement dans les années 2000 que l’art contemporain a pris de l’ampleur, notamment pour certains artistes comme Anselm Kiefer, qui, à l’époque, a battu le prix de vente le plus cher pour un artiste vivant. Depuis, nous constatons un afflux d’artistes devenus très célèbres. Grâce au phénomène de mondialisation, de nombreuses fortunes se sont créées dans plusieurs pays auparavant en voie de développement, comme la Chine,  la Russie, le Brésil, ou encore la région du Moyen-Orient.

La création de richesse s’allie au marché de l’art et au prestige…

Tout à fait ! Les personnes fortunées achètent de l’art et ce phénomène se répète dans l’histoire. Nous l’avons vécu de manière accélérée car le monde évolue plus vite aujourd’hui. L’art contemporain a pris le dessus sur l’art moderne impressionniste et les œuvres de ces deux courants se vendent à prix d’or grâce à la pléthore d’offres.

"Les personnes fortunées achètent de l’art et ce phénomène se répète dans l’histoire "

On constate également, dans tous les pays émergents – au Moyen-Orient mais surtout en Chine –, la création de musées et centres d’art publics ou privés. Très intelligemment, les grandes salles de ventes et les galeries chinoises faisaient, il y a déjà trente ans, de nombreuses ventes dans les grandes villes et lorsque la Chine – second marché mondial de l’art après les États-Unis –, a vu le vent tourner ces quinze dernières années, le pays a commencé à promouvoir des artistes occidentaux très à la mode tels que Jeff Koons, Christopher Wool, ou encore Louise Bourgeois. Ils ont alors présenté leurs pièces aux Chinois fortunés dans des foires à Shanghai ou Hongkong, ce qui a permis à l’empire du Milieu d’intégrer le marché de l’art.  Finalement cette période très courte, marquée par une accélération phénoménale où l’offre et la demande ont créé un boom dans l’art contemporain, a permis au marché de se mondialiser.

En quoi l’art est-il un véhicule d’investissement pertinent ?

L’art a de la valeur et celle-ci est déterminée par l’offre et la demande. Ainsi, plus les investisseurs misent sur un artiste, plus sa valeur monte et en général, la qualité va de pair avec la demande. Faisant partie intégrante du patrimoine, l’art va du-delà de l’investissement et  relève d’une passion, contrairement aux actifs non réels. Certes, l’art constitue une niche qui représente une faible part du patrimoine et n’apporte pas de revenus constants mais il reste essentiel dans la vie des investisseurs. Il offre également un investissement tangible, aspect qui s’est notamment révélé essentiel lors de la crise sanitaire. Finalement, l’art peut être galvaudé par des œuvres à des prix exorbitants alors que l’on trouve des créations à portée de tous qui constituent  de bonnes opportunités d’investissement.

Quelles sont les tendances actuelles du marché de l’art ?

Ce secteur évolue considérablement. On se souvient du mouvement Pop art représenté par Andy Warhol, artiste emblématique, suivi par l’art abstrait. Ces dernières années, la tendance est à la couleur et au figuratif. Certains peintres, notamment Magritte, sont revenus au surréalisme, dévoilant des tableaux haut en couleurs, remplis de poésie. Parmi les matériaux utilisés fréquemment dans l’art contemporain, on distingue la faillance et la porcelaine. En dépit de ses attraits, le marché de l’art comporte de nombreux risques qui nécessitent d’avoir recours à des spécialistes et d’y consacrer du temps  pour ne pas se tromper dans ses investissements.

La pandémie a-t-elle modifié l’investissement dans l’art ?

La crise sanitaire a été un électrochoc incroyable dans le sens où l’accès à l’art était limité. Les grandes foires ont pratiquement toutes été annulées pendant deux ans et les galeries ont fermé plusieurs mois. Le moment a été capital pour ceux qui ont survécu et se sont engouffrés massivement dans l’ère digitale : salles de ventes et grandes galeries ont multiplié leurs offres numériques d’une manière accélérée, à tel point que leur visibilité est restée intacte et qu’ils ont su tirer leur épingle du jeu. En quelque mois, les grandes sociétés de ventes aux enchères comme Christie's se sont parfaitement adaptées, permettant à l’art de devenir résilient et de continuer à vendre malgré les fermetures. Sorties de la pandémie, les foires sont revenues en masse.

"Le monde a changé mais les salons de ventes traditionnels perdureront "

Par ailleurs, le digital reste un outil considérable :  en mars dernier à Londres, j’ai assisté à une grande vente digitale de Christie’s et je suis resté plusieurs heures, ébahi, à observer en live les enchères allant de New York à Hongkong, en passant par toutes les capitales mondiales. Il est certain que le monde a changé mais les salons de ventes traditionnels perdureront car rien ne remplace une œuvre d’art en vrai, d’autant plus si elles ont de la valeur.

Comment bien investir dans l’art en 2022 ?

La meilleure façon est d’observer les nouveaux artistes et les tendances du moment en se faisant conseiller par un expert indépendant qui vous guidera dans l’achat. De plus, il faut vérifier que les œuvres soient en bon état, avec un bon pedigree. Pour finir, acheter avec le cœur est primordial ! Mieux vaut investir peu mais bien et se consacrer aux meilleures œuvres d’un artiste. Tous présentent des périodes meilleures que d’autres, d’où l’intérêt de se faire accompagner par un bon expert.

Propos recueillis par Juliette Woods

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