Guillaume Poitrinal (Woodeum) : «La ville de demain ne se construira pas avec les matériaux d’hier»

Guillaume Poitrinal en est convaincu : avec le CLT, l’industrie du bâtiment «dispose d'une occasion unique d’inverser la pompe à carbone et de piéger le CO2 émis par les autres». Entretien.

Guillaume Poitrinal en est convaincu : avec le CLT, l’industrie du bâtiment «dispose d'une occasion unique d’inverser la pompe à carbone et de piéger le CO2 émis par les autres». Entretien.

Décideurs. Woodeum a introduit en France le procédé CLT, développé par Stora Enso, promettant d’être plus écologique, d’offrir une meilleure capacité technique ainsi qu’une plus grande rapidité d’exécution. Avez-vous déjà pu éprouver toutes ces qualités sur le terrain ?
Guillaume Poitrinal.
Le CLT, ou bois massif lamellé croisé, est un matériau multiusage qui permet aussi bien de réaliser des maisons individuelles que du logement collectif, des hôtels, des bureaux et du commerce. Depuis dix ans, 1 500 bâtiments ont été réalisés en Europe par notre partenaire industriel Stora Enso. À Milan, un complexe de 129 logements, constitué de quatre bâtiments de neuf étages chacun, a été achevé en 2014. À Londres, le quartier d’Elephant & Castle, actuellement en cours de construction, est, pour partie, réalisé en CLT. Il comprend 3 000 appartements, 17 500 mètres carrés de magasins et 5 400 mètres carrés de bureaux. En France, les promoteurs, les collectivités et les architectes ont aussi pris conscience que la ville de demain ne se construira pas avec les matériaux d’hier. C’est pourquoi les chantiers de Woodeum se multiplient. Le premier complexe commercial entièrement en bois, Marques Avenue à Aubergenville (78), va ouvrir dans quelques mois. Dans le centre-ville de Toulouse, Adoma a conçu un ensemble de logements sociaux entièrement en CLT, dont la livraison est prévue au premier semestre 2015.

Décideurs. Quels volumes de projets comptez-vous dans votre pipeline ?
G. P.
Aujourd’hui, nous travaillons sur plusieurs ensembles résidentiels dans l’ouest parisien, des opérations de logement social, des hôtels, des bureaux, du commerce. Au total, ces projets représentent près de 150 000 mètres carrés.

Décideurs. Le procédé promet également d’être, au final, plus compétitif sur les prix que d’autres matériaux. Comment y parvient-il ?
G. P.
Construire en bois massif CLT coûte à peine plus cher qu'en matériau traditionnel. Mais quand on prend en compte la rapidité des chantiers, l'allègement des fondations, la facilité de pose... on arrive à des bilans économiques très favorables, sans compter le gain issu des performances en matière d'isolation thermique. J'ajoute que le CLT peut être laissé visible à l'intérieur : plus besoin de peinture ou de revêtement en plâtre. Ce procédé permet en parallèle des économies considérables sur la gestion du chantier, le volume des fondations, l’épaisseur des isolants à ajouter… Au total, en coût complet, c’est un matériau très compétitif sur le plan du prix. Demain, quand le CLT sera utilisé à plus grande échelle, et, que le système constructif deviendra standardisé, il sera probablement encore moins cher.

Décideurs. Il n’existe pas encore d’usine de CLT en France. Les projets pour intégrer le procédé dans la filière bois française avancent-ils ?
G. P.
La France a pris du retard en matière de bois pour la construction. Il ne tient qu’à elle de le rattraper car elle a tous les atouts : d’un côté, des forêts immenses et un tissu industriel, de l’autre des architectes, des promoteurs et des clients qui veulent passer à autre chose. Woodeum s’emploie, chaque jour, à développer l’utilisation du CLT, en particulier dans les grands projets de développements urbains. Si la demande est là, alors l’offre se mettra en place naturellement avec probablement une production française.

Décideurs. Eiffage Construction a choisi de développer un nouveau concept de logements collectifs en utilisant votre procédé. De premières opérations sont-elles déjà lancées ?
G. P.
Ce nouveau produit d’habitation collectif d’Eiffage Construction est destiné en priorité aux logements sociaux et familiaux. Réalisé avec le CLT Woodeum, il s’adapte aussi à des projets de résidences pour étudiants ou encore à des établissements pour personnes âgées. C’est un concept plein d’avenir qui permet une modularité topographique et volumétrique, et qui offre la possibilité d’intégrer des logements évolutifs. J’espère qu’une première opération sortira dans l’année qui vient.

Décideurs. Vous comptez, parmi vos partenaires, des architectes de renom comme Jean-Paul Viguier et Jean-Michel Wilmotte. Sur quels projets travaillez-vous ensemble ?
G. P.
Avec Jean-Paul Viguier, nous travaillons sur un projet d’hôtel entièrement en CLT à Paris. Par ailleurs, nous avons développé avec Jean-Michel Wilmotte un concept de logements collectifs dont les premiers programmes devraient sortir de terre en 2015 en Île-de-France.

Décideurs. En France, les constructions en bois ne représentent encore qu’une faible part de la production. Qu’anticipez-vous pour les années à venir ?
G. P.
Tout segment confondu, la construction bois représente 10 % des mises en chantier. Sur le segment du logement collectif, la part de marché du bois est encore inférieure puisqu’elle atteint moins de 5 %. C’est peu, mais les choses sont en train changer. Pour la prochaine décennie, nous estimons que 20 % du logement neuf pourrait être conçu en bois massif.

Décideurs. Pensez-vous que le bois massif peut révolutionner l’industrie de la construction, notamment pour tout ce qui concerne les questions environnementales ?
G. P.
L’industrie du bâtiment, jusqu’ici considérée comme l'une des plus polluantes, dispose avec le CLT d'une occasion unique d’inverser la pompe à carbone et de désormais piéger le CO2 émis par les autres ! C’est une chance qu’on ne peut pas laisser passer. Avec le CLT, nous allions aux qualités naturelles du bois une dimension technique remarquable car les murs et les planchers en CLT ont des capacités de report de charge proches de celles des bétons armés traditionnels. À performance égale, le CLT est aussi un matériau cinq fois plus léger que les matériaux de construction conventionnels. Transporté en état de produit fini, directement sur le chantier, la mise en place des éléments est très rapide : la vitesse de réalisation du gros-œuvre se trouve multipliée par deux avec une division des rotations de camions par cinq ou six. Écologie, capacité technique et rapidité d’exécution sont les trois qualités principales de ce procédé qui est en train de révolutionner l’industrie du bâtiment.

Propos recueillis par Sophie Da Costa

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