Giovanni Ferrero, focus sur le patron de Nutella

Italien de naissance et Bruxellois de résidence, Giovanni Ferrero, président de l’empire du chocolat hérité de sa famille en 2011, entend en doubler la taille au cours des prochaines années en préférant, à la croissance organique privilégiée par son père, une politique d’acquisitions tous azimuts.

Italien de naissance et Bruxellois de résidence, Giovanni Ferrero, président de l’empire du chocolat hérité de sa famille en 2011, entend en doubler la taille au cours des prochaines années en préférant, à la croissance organique privilégiée par son père, une politique d’acquisitions tous azimuts.

De lui, on dit qu’il est l’Italien le plus riche du monde mais également qu’il est le chocolatier le plus prospère de Belgique. Lui, c’est Giovanni Ferrero, 55 ans, une fortune estimée à près de 25 milliards d’euros, une activité de romancier et, depuis 2011, une autre de président du groupe familial. Ce groupe né dans les années 1940 d’une petite pâtisserie ouverte dans le Piémont par Pietro Ferrero, son grand-père, transformé en usine puis en multinationale par son père, Michele, et devenu un géant de l’agroalimentaire, propriétaire de category-killers tels que Nutella mais aussi Kinder, Mon Chéri, Tic-Tac et Ferrero-Rocher, présent dans 170 pays et doté d’un chiffre d’affaires qui, en hausse constante, dépasse aujourd’hui les 10 milliards d’euros…

Héritier

Né en Italie, élevé à Bruxelles où, dans les années 1970, sa famille a emménagé pour fuir les années de plomb et les menaces de kidnapping qui pèsent sur les riches industriels, puis aux États-Unis, Giovanni Ferrero fait ses premiers pas dans l’entreprise comme responsable des ventes de Tic-Tac en Belgique avant d’occuper divers postes à l’international qui le font passer de l’Allemagne au Brésil, de l’Argentine au Mexique... En 1997, Michele, fils du fondateur et artisan de la transformation de la petite affaire familiale en empire mondial, confie la direction de l’entreprise à Giovanni et son frère aîné, Pietro. Durant quatorze ans, les deux frères s’emploient à poursuivre la stratégie initiée par leur père : celle d’un développement intensif à l’international. Le décès accidentel de Pietro, survenu en 2011, va bousculer les équilibres. Suivi quatre ans plus tard de la mort de son père, Michele, il va laisser Giovanni seul aux commandes, avec la double fonction de CEO et de président.

Croître…

Une charge qu’il assume un temps, avant de se décider en 2017 à confier la direction opérationnelle de l’entreprise à un "étranger", Lapo Civiletti – pour la première fois de son histoire, lui-même ne conservant que le titre de président pour se consacrer à la stratégie avec une ambition qu’il confiait il y a un an au magazine Forbes : doubler la taille du groupe d’ici à 2028 afin de contrer la progression de ses concurrents : les groupes Mars et Mondelez. Pour cela, l’héritier du clan Ferrero est bien décidé à mettre les bouchées doubles, quitte à rompre avec les règles instaurées par son père, lequel, en fervent défenseur d’un capitalisme familial fait de temps long et de prudence en matière d’investissements, aura toujours privilégié la croissance organique, au point de s’opposer, il y a dix ans, au possible rachat de Cadbury.   

Rupture de style

Avec Giovanni, fini la gestion en bon père de famille ; la croissance s’accélère et passe désormais par les acquisitions, la plupart réalisées par le biais de la holding qu’il a créée à cet effet, CTH Invest, et qui, en 2016, permettra le rachat des biscuits belges Delacre, suivi l’année suivante de celui du chocolatier américain Fannie May puis du confiseur Ferrara Candy. "À 53 ans, déclarait-il il y a deux ans dans une interview, j’ai enfin la liberté pour laquelle je me suis battu." Et il ne se prive pas de l’exercer en rachetant tous azimuts. Après s’être offert les italiens Oltra group et Stelliferi (deux des plus grands négociants de noisettes au monde), il faisait récemment main basse sur le chocolatier britannique Thorntons puis, en mars 2018, sur le département confiserie de Nestlé. "Je considère que c’est mon devoir de développer la société", déclare celui qui aujourd’hui, entend renforcer l’emprise du groupe sur le marché mondial de la confiserie sans pour autant sacrifier ses fondamentaux. À commencer par son actionnariat. "Nous sommes nés comme une entreprise familiale, déclarait-il il y a peu, et nous comptons bien le rester." C’est dit.

Caroline Castets

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