Gérard Collomb : l'homme du Président

PORTRAIT. Chargé par le Président de mettre en œuvre certaines réformes sécuritaires controversées, le ministre de l’Intérieur, soutien invétéré d’Emmanuel Macron depuis l’été 2016, est aujourd’hui pointé du doigt par plusieurs associations pour son manque d’humanité. Portrait d’un homme de terrain.

PORTRAIT. Chargé par le Président de mettre en œuvre certaines réformes sécuritaires controversées, le ministre de l’Intérieur, soutien invétéré d’Emmanuel Macron depuis l’été 2016, est aujourd’hui pointé du doigt par plusieurs associations pour son manque d’humanité. Portrait d’un homme de terrain.

Dimanche 14 mai 2017. Dans les couloirs de l’Élysée, Gérard Collomb ne peut cacher son émotion. Après plusieurs mois de campagne, son candidat est officiellement investi président de la République. Une victoire pour l’ancien maire de Lyon et premier cadre du PS à avoir rallié la cause d’Emmanuel Macron. Dès l’été 2016, alors que l’ancien ministre de l’Économie est loin d’être pressenti pour l’emporter, il lui apporte outre son réseau d’élus locaux, son expérience de la vie publique locale et sa capacité à dépasser les clivages. Une thématique que ce socialiste réformiste connaît bien. « Il a toujours été favorable à l’ouverture, assure-t-on à Lyon. Les idées d’En marche! sont celles qu’il défend depuis longtemps. » Très vite, il s’impose auprès d’Emmanuel Macron comme un conseiller ancré dans la réalité du terrain. Comme un homme de main opérationnel sur lequel le Président peut s’appuyer pour mener à bien des réformes sécuritaires controversées, telles que la loi antiterroriste, le projet dit « asile-immigration » ou encore la lutte contre le cannabis. « Devenir ministre de l’Intérieur était un rêve pour lui, rapporte une ancienne collaboratrice. C’est une fonction qui l’intéresse depuis longtemps. »

 

Caractère bien trempé

Si Gérard Collomb est loin de faire l’unanimité, certains lui reprochant son manque d’humanité sur la question migratoire, nul ne peut douter de sa capacité à agir et de sa connaissance de l’administration. Engagé sous la bannière socialiste depuis le milieu des années 1970 à Lyon, l’élu réputé pour son caractère bien trempé et sa ténacité, s’investit pleinement dans chacune des missions qu’il entreprend. D’abord au conseil municipal, puis à l’Assemblée nationale, au Sénat et à la tête de sa ville. Pendant trente ans, il a une obsession : mettre sur pied la métropole de Lyon, un projet d’aménagement et de développement à la fois économique, écologique, éducatif, culturel et social. « Ce n’était pas facile de convaincre de l’intérêt du projet. La bataille au Sénat a été épique, se souvient une proche. Il a véritablement mouillé la chemise. » Après plusieurs années de négociation, la nouvelle collectivité  ̶  créée par la loi du 27 janvier 2014   ̶ , voit le jour le 1er janvier 2015 et absorbe, sur le territoire, les compétences du département. « Cela simplifie la gestion et permet la création de synergies », précise-t-on au sein de la métropole. 

« Devenir ministre de l’Intérieur était un rêve pour luiC’est une fonction qui l’intéresse depuis longtemps. »  Une ancienne collaboratrice 

Omniprésent

« Il a été un président de métropole réformateur, poursuit-elle. Il ne s’est jamais contenté de rester assis dans un fauteuil. Son engagement était total. Encore aujourd’hui, il connaît parfaitement les dossiers. » Présent, voire omniprésent, Gérard Collomb agace parfois ses adversaires, l’accusant de placer la ville sous tutelle. Peu importe. Les Lyonnais lui font confiance. Élu maire en 2001, il est renouvelé dans ses fonctions en 2007 et en 2014. « Il bénéficie d’une image positive, constate-t-on à la rédaction du journal Lyon CapitaleAujourd’hui encore, ses méthodes et sa manière de faire sont bien perçues. » Son secret ? Sans doute une grande exigence, envers lui-même d’abord et envers ses équipes ensuite. « Avec lui, on va forcément de l’avant », assure ses anciens collaborateurs. Mais aussi une volonté inébranlable d’œuvrer pour la collectivité. D’origine modeste – sa mère était femme de ménage, son père ouvrier –, il ne bénéficie d’aucun piston et fait ses premières armes de militant lors des manifestations de mai 1968. Sa réussite, c’est à lui seul qu’il la doit.

 

Socialisme réformiste

Pur produit de la République, cet agrégé de lettres classiques ne cache pas son appartenance à la franc-maçonnerie, là où d’autres préfèrent rester discrets. Gérard Collomb assume ses choix et ses prises de positions, comme ses relations avec le monde de l’entreprise. « Pour lui, le progrès vient par l’économie, note une ancienne collaboratrice. Ce n’est pas habituel pour un socialiste. Au début, les cadres du parti le regardaient bizarrement. » 

« L’idée de dépasser les clivages est présente chez lui depuis longtemps »

Une proximité avec le secteur privé loin d’être anodine qui, tout au long de sa carrière, éveille les soupçons non seulement de ses détracteurs mais aussi de la presse locale. Pas question de corruption, mais plutôt d’une « logique de deal, souligne le rédacteur en chef de Lyon CapitaleDisons qu’il passe souvent par-dessus la logique des marchés publics. » Une allégation que réfutent les proches de Gérard Collomb. « Nous avons fait un important travail sur les partenariats public-privé et avons toujours été en conformité avec la loi », assurent-ils. Ouvert sur le plan économique, le socialiste l’est aussi au niveau politique, n’hésitant pas à solliciter des personnalités issues de différents bords au conseil municipal. La preuve : lors de sa deuxième mandature, il s’entoure notamment d’un adjoint aux finances ouvertement sarkozyste.

Cohérent

« L’idée de dépasser les clivages est présente chez lui depuis longtemps », assure ses anciens collaborateurs. Si bien qu’en 2016, lorsqu’il quitte le PS pour rejoindre Emmanuel Macron, son entourage n’est pas surpris. « Sa décision a sûrement heurté certaines personnes, mais elle est cohérente avec ce qu’il a toujours fait », témoigne son entourage à Lyon. Lors de la campagne, le Lyonnais s’impose comme l’une des cartes maîtresses du leader d’En Marche! et rallie progressivement à sa cause un grand nombre d’élus locaux. Nommé ministre d’État et ministre de l’Intérieur à la suite de la victoire de son candidat, il devient très vite l’une des figures de proue du gouvernement d’Édouard Philippe. C’est à lui qu’incombe la responsabilité de porter la première réforme controversée du quinquennat : la loi antiterroriste. Objectif ? Renforcer la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme en pérennisant certaines mesures prévues dans le cadre de l’état d’urgence. Un texte jugé « liberticide » par certains, « trop mou » par d’autres. Pas de quoi déstabiliser le « premier flic de France », qui, avec ce texte entré en vigueur le 1er novembre dernier, promet d’apporter une « réponse durable face à une menace durable »

 

Circulaire Collomb

Si cette loi a finalement vu le jour sans véritable opposition, la question migratoire suscite d’ores et déjà de plus vives réactions. En cause : la « circulaire Collomb » du 12 décembre dernier organisant le recensement des migrants dans les centres d’hébergement d’urgence. Outre le Défenseur des droits, qui, dans une déclaration du 19 janvier dernier, remet en question la légalité de de la mesure, l’association ATD Quart Monde l’assure : la circulaire est incompatible avec le code de l’action sociale et des familles, prévoyant que toute personne en situation de détresse a droit à un hébergement quels que soient sa nationalité ou son statut administratif. Autre polémique : le projet de loi dit « asile-immigration », présenté mi-janvier par le gouvernement et distinguant les réfugiés des migrants économiques. Une réforme jugée dangereuse par un grand nombre d’observateurs, craignant d’assister à un recul de la dignité humaine sur le territoire français.

« Son expérience de maire le distingue d’autres ministres. Lorsqu’un problème se présente, il tient à le résoudre. Il est efficace, n’a pas de tabou et pense qu’il faut sortir des idéologies.» Son entourage 

Sortir des idéologies

Des critiques caricaturales et disproportionnées selon Gérard Collomb, défendant avec fermeté l’équilibre des mesures qu’il porte. Il faut dire que, du haut de ses 71 ans, l’homme a le cuir épais. « Il en a connu d’autres », assurent ceux qui le côtoient. Pragmatique, il en est convaincu : c’est en reproduisant à l’échelle nationale ce qu’il a pu entreprendre au niveau local qu’il obtiendra des résultats. « Son expérience de maire le distingue d’autres ministres, explique un proche. Lorsqu’un problème se présente, il tient à le résoudre. Il est efficace, n’a pas de tabou et pense qu’il faut sortir des idéologies. » Particulièrement à l’écoute de ses équipes, Gérard Collomb ne s’emporte jamais sans raison d’après son entourage. Capable de passer de l’énervement au rire en quelques minutes, le ministre réputé pour son autodérision et son humour, aura dans les mois à venir encore fort à faire place Beauvau pour convaincre de l’efficacité de ses réformes Et après ? Il retournera à Lyon. Sans aucun doute.

 

Capucine Coquand

@CapucineCoquand

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