Gérard Mardiné (CFE-CGC) : "Certaines entreprises surinterprètent la consigne de télétravail"

Le président de la République a demandé aux entreprises de poursuivre leur activité et Muriel Pénicaud a regretté quant à elle une forme de précipitation à suspendre le travail chez certaines. Gérard Mardiné, secrétaire général de la CFE CGC, déplore pour sa part que le temps de la réflexion et du dialogue n’ait pas été systématique.

Le président de la République a demandé aux entreprises de poursuivre leur activité et Muriel Pénicaud a regretté quant à elle une forme de précipitation à suspendre le travail chez certaines. Gérard Mardiné, secrétaire général de la CFE CGC, déplore pour sa part que le temps de la réflexion et du dialogue n’ait pas été systématique.

Décideurs. Quelle est la situation des populations cadres dans cette crise sanitaire ?

Gérard Mardiné. Pour les cadres du tertiaire, le télétravail est appliqué massivement sans que cela ne soulève de problème particulier, d’autant qu’il était pratiqué auparavant. Nous avons toujours souligné l’intérêt qu’il y avait à s’habituer au télétravail pour se préparer à ce type de situations. Mais de nombreux cadres exercent dans des établissements qui reçoivent du public ou travaillent dans des secteurs d'activité où l'activité se poursuit : banques, alimentaire, industrie... Pour eux, le
quotidien consiste à définir des solutions d’exploitation viables et qui préservent la santé des salariés.

Comment les entreprises font-elles fait face à la réorganisation de leur activité ?

Chez certaines, nous avons assisté à une surinterprétation de la consigne du télétravail. Si bien que des ressources qui auraient dû être sur place pour se charger d’organiser le travail étaient indisponibles. Le discours du président de la République prononcé lundi dernier était incomplet. Il aurait fallu simultanément évoquer la poursuite d’activité des entreprises. Il aurait fallu les inviter à prendre dès le lendemain le temps de discuter des conditions dans lesquelles le travail
pouvait s’effectuer. Cela aurait évité des maladresses. D’autant qu’il s’agit de procéder au cas par cas. Une usine dans laquelle les machines sont très présentes ne se trouve pas dans la même situation qu’un atelier où les salariés sont proches physiquement. Prendre le temps de réfléchir, se dire que la situation va durer au moins un mois, consulter les représentants du personnel, la médecine du travail, l’encadrement… Ce bon sens n’a pas été appliqué partout.

Attendre trois jours pour réfléchir et dialoguer n’est-il pas une perte de temps en période de crise ?

Ce n’est pas du temps perdu, c’est du temps de gagné. Le temps de la réflexion est toujours positif, comme le fait de parvenir à un consensus . Quand il y a un problème dans un avion, le pilote n’improvise pas, il déroule sa check list… même si ça lui prend un peu de temps !

Certaines entreprises l’ont-elles fait ?

Oui. Airbus, par exemple, a commencé par arrêter trois jours son activité, avant de se repositionner. Ses salariés sont désormais en état de reprendre le travail, ce sera le cas lundi 23 mars. Autre exemple,celui de STMicroelectronics. Un accord a été signé dès mercredi dernier avec les représentants du personnel sur les conditions de la reprise d’activité et l’application des gestes barrière.

"Quand il y'a un problème dans un avion, le pilote déroule sa check-list, même si cela prend un peu de temps"

Les mesures mises en place par le gouvernement à destination des entreprises sont-elles satisfaisantes ?

L’arsenal initial me semble adapté à l’état d’aujourd’hui. Le projet de loi inclut plusieurs volets pour sécuriser les entreprises. Il va falloir qu’il passe l’épreuve des faits.

Voyez-vous déjà se dessiner les enseignements que nous pourrons tirer de cette période ?

C’est un peu tôt. On peut déjà faire une remarque : jusqu'ici, les plans de continuation d’activité n’envisageaient pas le cas de l’épidémie. Il faudra désormais l’inclure dans les scénarios…

Propos recueillis par Marie-Hélène Brissot

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