Gauche : l’Union, un (second) tour de force…

Souvent innovante au niveau local, parfois déroutante au niveau national, la gauche aborde ce second tour des municipales en ordre dispersée avec cette sempiternelle ritournelle : reconquérir en étant à la fois plurielle et universelle.

Souvent innovante au niveau local, parfois déroutante au niveau national, la gauche aborde ce second tour des municipales en ordre dispersée avec cette sempiternelle ritournelle : reconquérir en étant à la fois plurielle et universelle.

Après la gauche plurielle : "la Gauche plus rien", on se souvient de ce titre assassin de "Libération" au lendemain des législatives de 2017. Mais trois ans auparavant, Martial Foucault et Florent Gougou, du CEVIPOF, avaient d’ores et déjà anticipé le naufrage qui attendait la gauche dans leur "bilan des élections municipales françaises de 2014 dans les villes de plus de 9 000 habitants", en usant d’expressions implacables : "revers retentissant", "perte de 196 villes", "plus bas niveau depuis 35 ans"…

N’en jetez plus, la coupe était pleine. Pire, elle débordait pour le PS comme l’analysait ci-après les auteurs : "Les victoires à Paris et Lyon ne sont pas l’arbre qui cache la forêt comme lors des élections municipales de 2001 : elles sont plutôt la bouée de sauvetage qui fait la différence entre une débâcle et un cataclysme".

Alors que le second tour des municipales, est programmé pour le dimanche 28 juin et qu’il ne reste que quelques heures aux différentes listes pour finaliser leurs tractations, ce rapide retour en 2014 permet de tirer quelques enseignements sur les échéances qui attendent l’opposition de gauche.

Quand l’atomisation permet l’union

On ne le savait pas encore mais 2014 marquait déjà la fin du "vieux monde", en tous les cas celui des vieilles alliances qui caractérisaient "les forces de progrès" depuis plusieurs décennies, à savoir une coalition ou des fusions de listes PS/PCF/EELV menée et dirigée par le parti des éléphants. Le tsunami politique de l’élection d’Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017 a considérablement chamboulé le paysage politique et la gauche, bien évidemment, n’y a pas échappé.

Éparpillée façon puzzle dans les urnes, elle s’est également considérablement fragmentée en termes de partis et autres mouvements citoyens. Le politiste Rémi Lefevbre, dans un remarquable article publié dans la revue AOC et intitulé "Municipales : impasse ou laboratoire de l’Union de la gauche" insiste sur l’émergence de candidatures du "nouveau monde" dans cette campagne municipale (La France Insoumise, Génération.s, Place Publique, Nouvelle Donne…) et sur les conditions de l’union retrouvée dans bon nombre de villes : "Elle s’explique largement par l’affaiblissement des partis et leur balkanisation. Les partis nationaux ne semblent plus avoir guère de prise sur des alliances qui s’opèrent essentiellement en fonction de logiques locales et des spécificités territoriales. Localement, les organisations sont trop faibles et anémiées pour constituer des listes seules," où comment l’atomisation a pu engendrer une ré-union : étonnant non ? Le politiste poursuit : "Les alliances à gauche ont aussi été fertilisées et dynamisées par deux phénomènes assez inédits : l’écologisation des agendas électoraux et l’ouverture régénératrice des listes "citoyennes".

Du ménage à trois au ménage à six

L’incontestable "écologisation des agendas" avait d’ailleurs permis à Yannick Jadot et à EELV de remporter un franc succès (13,5%) lors des dernières européennes. Fort de ce nouveau poids électoral, les partenaires politiques habituels des écologistes ont vu des "Verts" murir et leurs ambitions fleurir. Résultat : au grand dam du Parti Socialiste, EELV a choisi de se présenter seul dans la quasi-totalité des grandes villes y compris parmi celles où il faisait partie intégrante de la majorité municipale !

Pourquoi se priver en effet ? Après sa déroute historique aux présidentielles et aux européennes, le PS semblait avoir trouvé une humilité à laquelle ses alliés n’avaient guère été habitué…Mais comme le rappelait Frédéric Says dans son billet politique des "Matins de France Culture" lundi dernier, au vue des résultats du premier tour des municipales, et en dépit de faits d’armes spectaculaires (à Bordeaux, Toulouse ou Strasbourg notamment) "le pari de l’hégémonie des verts n’a pas fonctionné, les bastions du PS ont bien résisté", l’éditorialiste en voulait pour preuve la résistance des exécutifs sortants à Paris, Dijon ou Lille, tout en ajoutant : "et c’est comme quand vous affrontez un animal sauvage, soit vous le tuez, soit vous le laissez tranquille, mais vous ne pouvez pas le blessez. En l’occurrence, l’animal est un éléphant socialiste…"

Alors, restons dans ce champ lexical animal et reprenons le cri du "Guépard" de Visconti : faut-il que "Tout change pour que rien ne change" et que la gauche retrouve un mode opératoire qui ne lui a que modérément réussi dernièrement, pour le dire pudiquement ? Les leçons à tirer du premier tour des municipales et les négociations inter-partis qui en ont suivi sont contrastées mais elles peuvent à tout le moins inquiéter les électeurs de gauche.

Si le ménage à trois (PCF, PS, EELV) semble avoir été renvoyé aux oubliettes, le ménage à 4, 5, 6 qui se dessine dans nombre de municipalités peut autant permettre une résurrection provisoire de la gauche que signifier une prochaine mise au tombeau. Car, en même temps (sic), les instances nationales de ces différents partis s’illustrent tant par leur silence (il suffit notamment de constater avec sidération leur couverture des municipales via leurs sites internet) que par la multiplication des tribunes appelant à la nécessité de l’union. Un double jeu déroutant qui rappelle que cette nouvelle majorité plurielle, aux comportements parfois singuliers, devra résoudre l’équation posée par les citoyens à chaque élection : la loi du nombre.  

Sébastien Petitot

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