GAFA, gare au risque boursier

La domination boursière des GAFA et de leurs équivalents chinois, les BATX, fait peser un risque sur les marchés financiers et l’économie mondiale. État des lieux des risques.

La domination boursière des GAFA et de leurs équivalents chinois, les BATX, fait peser un risque sur les marchés financiers et l’économie mondiale. État des lieux des risques.

Un coup d’œil au classement des dix premières valorisations boursières de la planète suffit pour saisir l’écrasante suprématie des valeurs de la tech sur les marchés : sept des Gafam et des BATX y ont établi leurs positions. Une omniprésence à comparer avec le classement des principales valorisations en 2010 ; les valeurs de la tech y étaient bien plus discrètes et le podium dominé par les financières, aujourd’hui reléguées parmi les vingt premières. Une domination qui ne doit pas faire oublier l’année en demi-teinte vécue en 2018 par les Gafam/BATX.

Le trône vacillant des GAFA

Après des années de croissance des cours, 2018 a vu vaciller l’engouement des investisseurs pour les valeurs de la tech. Le point haut a été atteint début août alors qu’Apple devenait la première entreprise de l’histoire à pouvoir se targuer d’une valorisation supérieure à 1 000 milliards de dollars – soit plus que le PIB d’un pays comme l’Indonésie, seizième économie mondiale. Cette grande première a cependant ouvert la voie à une période de doutes et d’incertitudes. Incertitudes alors que s’essoufflaient les effets de la réforme fiscale de Donald Trump et que la banque centrale américaine, la Fed, relevait ses taux directeurs. Et doutes devant les valorisations atteintes par certains Gafam/BATX, en miroir de leurs bénéfices.

Depuis son sommet d’août 2018, le cours d’Apple a reculé de près de 40 %, passant de 227 $ à 142 $. Les ventes d’iPhones, en particulier en Chine, sont montrées du doigt mais le mal est plus profond : les attaques et critiques contre le modèle économique et la stratégie des Gafam se multiplient. La question de l’utilisation des données personnelles et l’affaire Cambridge Analytica ont évidemment joué sur le cours de Facebook. Il en a été de même pour l’application du règlement général européen sur la protection des données (RGPD) ou encore les menaces anti-trust et les accusations d’abus de position dominante qui ont pesé et pèseront encore sur Amazon, Microsoft, Alphabet ou Facebook. Les BATX n’ont pas été plus épargnés. Sur 2018, le cours d’Alibaba perd 26 % et celui de Baidu 34 %.

Les difficultés boursières des Gafam/BATX devraient se poursuivre en 2019 dans un contexte de ralentissement économique mondial et de guerre commerciale jamais vraiment apaisée entre Washington et Pékin.

Trouver de nouveaux moteurs

Or l’emprise des Gafam/BATX sur les bourses mondiales a pris une telle ampleur que le moindre de leurs trébuchements se répercute sur l’ensemble de la cote. Selon les données de Lazard Frères Gestion, à fin août 2018, la capitalisation boursière cumulée d’Alphabet, Amazon, Facebook et Apple atteignait les 3 441 milliards de dollars, comptant pour 13,5 % de la valorisation de l’ensemble des 500 entreprises composant le S&P 500. Si les valeurs de la tech ont pu tirer la performance de Wall Street jusqu’à l’été 2018, elles en sont depuis un des principaux facteurs de ralentissement.

Début janvier 2019, le décrochage de 9 % du cours d’Apple dans le sillage de l’annonce du recul des ventes d’iPhones, déclenchait une vague baissière générale des deux côtés de l’Atlantique. Parmi les premiers touchés, le secteur des semi-conducteurs et tous les fournisseurs des constructeurs de smartphones. Mais aussi les grands noms du luxe Kering, LVMH ou Hermès dont la croissance, à l’instar d’Apple, dépend largement de la bonne santé du marché chinois.

Les Gafam/BATX sont emblématiques. De la puissance économique et technologique des États-Unis et de la Chine. De la capacité de ces pays à produire de la croissance. Et de marchés boursiers conquérants. Si l’étoile de la tech pâlit, les marchés boursiers et l’économie mondiale devront se trouver de nouveaux moteurs.

Cécile Chevré

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