Gaëlle Girre et Frédérique Lagarde (Tchiki films) : « Faire un film sur le cancer dont les gens sortent avec l'envie de se batt

Faire du cancer du sein un sujet de film, ce n’est pas nouveau. En faire un sujet de comédie, ça l’est davantage. C’est pourtant avec cette ambition que Gaëlle Girre et Frédérique Lagarde, toutes deux productrices de cinéma, entendent aborder le sujet dans un projet pluridimensionnel : un film, une web-série et un site internet. Objectif : changer le regard sur une maladie qui, aujourd’hui encore, effraie et isole. Combattre l’exclusion sociale qui, invariablement, l’accompagne dès l’annonce du diagnostic. Eduquer et divertir. Rien que cela.

Faire du cancer du sein un sujet de film, ce n’est pas nouveau. En faire un sujet de comédie, ça l’est davantage. C’est pourtant avec cette ambition que Gaëlle Girre et Frédérique Lagarde, toutes deux productrices de cinéma, entendent aborder le sujet dans un projet pluridimensionnel : un film, une web-série et un site internet. Objectif : changer le regard sur une maladie qui, aujourd’hui encore, effraie et isole. Combattre l’exclusion sociale qui, invariablement, l’accompagne dès l’annonce du diagnostic. Eduquer et divertir. Rien que cela.

Décideurs. Comment vous est venu ce projet ?

Frédérique Lagarde. Tout est parti d’une interview de Delphine Apiou, rédactrice en chef de Biba, entendue à la radio à l’occasion de la sortie de son livre : « Avant j’avais deux seins ». Elle était très drôle et je me suis dit que quelqu’un qui parvenait à faire rire en parlant du cancer… il y avait quelque chose à creuser. J’ai lu le livre, qui m’a encore beaucoup fait rire, puis je suis allée voir Gaëlle avec qui j’avais déjà travaillé – notamment sur la collection Maupassant réalisée pour France Télévisions entre 2005 et 2011 – pour lui proposer d’en faire une adaptation.

Gaëlle Gire. Ce livre était la preuve qu’il était possible de rire d’un sujet aussi grave que le cancer et surtout, d’en rire intelligemment. C’est cette façon d’aborder la maladie, avec humour tout en incitant à se poser les bonnes questions sur les différentes étapes du traitement, qui nous a plu et nous a donné envie de bâtir ce projet en s’inspirant d’Intouchables dans le ton et dans le processus puisque, là aussi, il s’agit d’un livre-témoignage qui débouche sur une adaptation cinématographique et la crédibilise. Seule différence : nous allons y ajouter l’étape web.

Quel sera l’apport du web dans ce dispositif ?

G. G. Le web permet d’aller jusqu’au malade, de l’accompagner dans son lit, à l’hôpital, d’être dans la proximité pour lui apporter un peu d’humour à chaque étape, c’est essentiel. C’est ce qui fait que, pour nous, ce projet  n’est pas seulement cinématographique et artistique, mais également sociétal.

F. L. L’idée est de faire changer le regard sur cette pathologie. Tous les témoignages que nous avons pu recueillir décrivent, dès l’annonce du diagnostic, le même embarras, la même mise à distance du malade. Les gens n’osent plus vous approcher, ils n’osent plus vous dire bonjour et encore moins vous demander « comment ça va ? » ce qui montre bien à quel point la maladie reste un vecteur d’exclusion sociale. Elle isole. Pour combattre cet isolement, nous voulons montrer que les gens ne sont pas que des malades.

Votre projet comprend plusieurs volets, comment s’articulera-t-il ?

G. G. Nous avons imaginé un dispositif global : un film dans trois ans et, courant 2018, une web-série et un site qui comprendra des mini-films, des bons plans, des conseils, des contacts et des relais vers des associations.

F. L. À cela s’ajoute notre contribution à un programme d’échange interdisciplinaire auprès d’élèves d’une classe de troisième. Là encore, il s’agit d’un dispositif global : les élèves étudient le livre en classe de français, ils aborde son sujet en sciences naturelles et suivent notre projet sur le plan entrepreneurial. Il est également prévu qu’ils écrivent eux-mêmes des petits films qui seront diffusés sur le web.

L’ambition est donc multiple sur ce projet. Comment la résumeriez-vous ?

G. G.  Il s’agit de divertir – quand on pense maladie on pense que cette notion de divertissement est secondaire, nous pensons au contraire qu’elle est essentielle –, d’accompagner et aussi d’éduquer à l’ouverture et à la compréhension.

F. L. Lorsqu’on est malade on tombe sous le coup d’une double peine : la maladie et l’isolement que nous impose le regard des autres. C’est cette double peine que nous voulons combattre. Pour cela, il est impératif de lever certains freins émotionnels.

Pourquoi avoir choisi la comédie pour aborder ce sujet ?

G. G. Parce que nous voulons introduire le rire dans la vie des malades, les inciter à l’autodérision, à la critique positive et aussi dédramatiser le sujet pour leur entourage. On le dit rarement mais ce sont souvent les proches qui s’effondrent et qui font s’effondrer le patient.

G. G. L’idée consiste à produire populaire et intelligent ; à aborder ce sujet s’ordinaire traité sous l’angle du drame sans pathos, avec légèreté et combativité. On ne veut pas que les gens sortent de ce film en larmes. On veut qu’ils en sortent avec l’envie de se battre.

Pourquoi ce titre, « L’ombre du zèbre n’a pas de rayures » ?

G. G. Parce ce film vise aussi à aborder la question de l’image et notamment celle de la femme. L’idée est de dire que même malade, même avec un sein en moins, une femme reste une femme.

F. G. Faire passer ce type de message me paraît d’autant plus essentiel à une époque où le poids de l’apparence est devenu écrasant. Cela aussi contribue à la dimension sociétale de notre démarche.

Propos recueillis par Caroline Castets

 

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