G. Sanson (Bonduelle) : "Il est essentiel de maîtriser le crédit inter-entreprises"

Le réseau Lille Place Financière a publié fin mars, sur son site Internet, un manifeste pour une solidarité inter-entreprises face au Covid-19. Le message est porté par Grégory Sanson, président de Lille Place Financière et Deputy Group CEO du groupe Bonduelle.

Le réseau Lille Place Financière a publié fin mars, sur son site Internet, un manifeste pour une solidarité inter-entreprises face au Covid-19. Le message est porté par Grégory Sanson, président de Lille Place Financière et Deputy Group CEO du groupe Bonduelle.

Décideurs : De quel constat est né la nécessité pour le réseau Lille Place Financière de publier ce manifeste ?

Grégory Sanson : Avant toute chose, saluons l’extrême réactivité des pouvoirs publics et des institutions financières. Leur agilité et leur pragmatisme, très certainement issus des enseignements de la dernière crise de 2008, ont permis de mettre en place rapidement un dispositif riche dans un contexte multipartite, au niveau national et européen.

Dans ce contexte, nous avons considéré, avec Lille Place Financière, que le levier essentiel de la préservation du tissu économique régional résidait dans la maîtrise du crédit inter-entreprises. Dans les Hauts-de-France, celui-ci représente 50 à 70 milliards d’euros, contre 700 milliards d'euros à l’échelle française. C’est cinq à sept fois le montant des crédits à court terme accordés par les banques. Le danger actuel est que le mécanisme de ce crédit vienne à se bloquer et que les acteurs ne se fassent plus confiance. Cela engendrerait un effet domino négatif. L’enjeu est trop important pour ne pas se mobiliser.

Dans un contexte de crise, les raisons de ne pas payer un fournisseur peuvent être nombreuses. Qu’il s’agisse de difficultés financières, bien sûr, mais aussi d’un excès de prudence ou encore, plus simplement, d’un blocage de la chaîne de traitement dans les entreprises insuffisamment digitalisées pour travailler efficacement à distance.

De nombreux écosystèmes autour des entreprises sont affectés. En première ligne, le secteur des services est au cœur de la tourmente, et en comparaison avec la crise de 2008, il est encore plus impacté que l’industrie. Avec une trésorerie limitée et peu d’actifs à mobiliser, ces entreprises sont particulièrement exposées aux problèmes de financement et disparaîtront rapidement en cas d’impayés. C’est inenvisageable.

Le manifeste liste plusieurs bonnes pratiques afin de préserver les relations d'affaires entre les entreprises. Comment vont-elles être mises en place concrètement ?

Notre réponse est simple : nous préconisons une vigilance particulière des dirigeants dans le traitement et le paiement effectif des fournisseurs, dans le respect des délais contractuels. Et ce sont les plus grandes entreprises dont les ressources et accès aux différents outils sont plus naturels qui doivent montrer l’exemple et sécuriser leurs filières. Quand on parle de responsabilité des entreprises, là on est dans le test d’effort.

Les dirigeants sont aujourd’hui sur tous les fronts et il faut éviter cet angle mort car l’effet boule de neige serait dévastateur. Nous formulons un appel à la vigilance et à la responsabilité, mais aussi une réassurance de valeurs solidaires vis-à-vis de la population des petites entreprises. Nous déploierons tous nos efforts pour éviter de créer des problèmes supplémentaires à nos partenaires fournisseurs.

Le manifeste a été publié le 31 mars, quel écho a-t-il reçu depuis ?

C’est encore très récent, mais notre message semble avoir été très bien accueilli et a été énormément apprécié par les entreprises. Les petites comme les grandes. Ces dernières nous félicitent d’avoir identifié et mis en lumière cette problématique. Nous recevons également énormément de messages de remerciements, notamment d’institutions qui souhaitent soutenir notre initiative.

"Quand on parle de responsabilité des entreprises, là on est dans un test de l'effort"

La mission de Lille Place financière est de cristalliser les intentions. Une quinzaine d'entreprises se sont déjà engagées à respecter les termes de ce manifeste qui a reçu dès sa naissance le soutien de la région, de la métropole, du Médiateur des Entreprises, de la Banque de France, des CCI, du Medef, des places tertiaires, et des entreprises… La mobilisation doit se poursuivre.

Pourquoi ne pas mettre en place d’autres manifestes (entre créancier/débiteur ou encore entre bailleur/preneur) ?

Notre réseau est très attaché aux notions de responsabilité et de solidarité des entreprises. J’ai souhaité continuer en ce sens. Nous avons pour vocation de développer l’économie et l’emploi dans la région afin de soutenir l'économie locale. Il n’empêche que l’on peut avoir des préoccupations.

À l’heure où les études des organisations internationales nous prédisent une période économique sombre, je pense que tout ce qui démontrera la cohérence dans le moyen terme et la résilience doit être privilégié.

Dans un monde où le risque n'est plus pricé, n’oublions pas que le risque existe malgré tout. La longue période de taux bas nous a conduit à penser qu'il n'y avait plus d’aléas. Or, le risque est consubstantiel à notre société et notre économie. J’ai le sentiment que certains des enseignements de 2008 ont été quelque peu oubliés ces dernières années. Là, on assiste à un rappel à l'ordre qui nous permettra d'ériger, à nouveau, un certain nombre de principes. Dans les Hauts-de-France, nous assistons à un élan de solidarité et une approche commune de l’ensemble des acteurs. Dans ces périodes troublées, l’unicité de discours, les valeurs communes et la solidarité de ceux qui peuvent apporter des solutions sont essentielles et primordiales.

Le groupe Bonduelle fait face à la situation de crise engendrée par l'épidémie du Covid-19

Aujourd'hui, le principal challenge pour le groupe Bonduelle est d'allier à la fois la pérennité de la filière et l’approvisionnement des consommateurs, une communication de haut niveau tout en incarnant un management de proximité. La préoccupation centrale du groupe est de s'assurer que les managers soient au plus près de leurs équipes pour répondre efficacement à leurs préoccupations personnelles comme professionnelles.

Les outils de communication que nous privilégions actuellement sont aussi bien les supports vidéo, que papier. Ils nous permettent aussi de relayer les messages des membres du Comex dans le but de rassurer les équipes sur la sécurité et la solidité financière de l’entreprise.

Nous sommes particulièrement admiratifs du niveau d'engagement et de la flexibilité de nos équipes. Notre industrie tient un rôle essentiel dans cette crise et nous le rappelons à chacun de nos collaborateurs. Continuer de nourrir la population est une mission toute particulière que nous poursuivrons grâce à leur engagement.

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