G. Rocchietta : "2020 devrait être une année acceptable pour le groupe Atland"

G. Rocchietta : "2020 devrait être une année acceptable pour le groupe Atland"
Georges Rocchietta (©D.R.)

La crise sanitaire et ses conséquences économiques impactent tous les champs de l’immobilier. Georges Rocchietta, président de l’opérateur global Foncière Atland, tire un premier bilan et dévoile ses convictions à Décideurs.

Décideurs. Quel bilan tirez-vous de votre premier semestre d'activité ? 

Georges Rocchietta. Nous avons fait un très bon premier trimestre malgré le début du confinement mi-mars, que ce soit en matière de promotion résidentielle ou de gestion de SCPI avec notre filiale Atland Voisin. Tout s’est arrêté pendant le confinement puis nous avons observé une reprise assez forte sur les ventes de logements en juin et en juillet. Reste à savoir si cette progression traduit un rattrapage ou un mouvement durable compte tenu des interrogations actuelles sur la capacité des acheteurs à boucler leur financement. Nous devions être fixés d’ici fin novembre. En parallèle, notre SCPI Epargne Pierre a levé environ 200 M€ au premier semestre, ce qui la positionne en troisième position en termes de montant collecté sur la période selon les données de l’IEIF. Toutefois, les mois de juin, juillet et août n’ont pas été du même niveau que l’an passé et tout le monde se demande actuellement vers quels types d’actifs les Français alloueront les 85 Mds€ épargnés pendant le confinement. Enfin, notre plateforme de crowdfunding Fundimmo a réalisé un bon premier semestre car les promoteurs ont plus de difficultés à trouver des financements au niveau des canaux traditionnels. Dans ces conditions, 2020 devrait être une année acceptable pour le groupe Atland sous réserve que le gouvernement n’annonce pas de mauvaises nouvelles d’ici le 31 décembre.

Quelles sont vos convictions concernant l'évolution des marchés immobiliers français ?

Le marché du résidentiel en bloc va être dopé dans les prochains mois avec le retour des investisseurs institutionnels. Cette classe d’actifs a montré sa forte résilience pendant la crise sanitaire. En ce qui concerne le résidentiel géré, les segments dédiés aux étudiants et aux séniors continueront à performer. Le vrai sujet portera sur les actifs hôteliers et tourisme. Les hôtels et résidences de tourisme qui accueillent principalement une clientèle domestique redémarreront plus rapidement que ceux qui ciblent les touristes étrangers. Mais cela prendra du temps. Au niveau des bureaux, je n’anticipe pas de baisse de prix des immeubles core car la demande reste forte pour ce type de biens alors que le niveau d’offre est bas. Les premières tendances semblent d’ailleurs confirmer cette hypothèse. A contrario, des discounts seront probablement observés sur des actifs plus risqués ou avec des locataires fragiles.

La logistique reste pour sa part un marché où les valeurs sont élevées. Les petits commerces apparaissent comme les grands gagnants de la crise sanitaire tandis que les retail parks semblent moins attaqués que les centres commerciaux en termes de valorisation. Reste la question fondamentale de l’évolution des loyers. La crise économique et la baisse de la consommation pourrait entraîner la faillite de nombreuses enseignes. Nous restons toutefois persuadés que les bonnes zones de chalandises resteront dynamiques. Nous continuerons donc à investir dans cette classe d’actifs en étant encore plus vigilants quant à la qualité du locataire. Enfin, l’immobilier de santé a été en première ligne pendant la crise sanitaire et restera une classe d’actif recherchée par les investisseurs mais nécessitera des investissements importants en capex pour faire face aux prochaines pandémies.

"De nombreux acteurs auront des difficultés pour trouver des financements et, dans ces conditions, nous allons essayer de profiter de la diminution du nombre de concurrents pour investir avec des objectifs de rendements plus élevés"

Dans ces conditions, comment évolue votre thèse d'investissement en France ?

Nous ne sommes pas encore présents sur la santé mais nous réfléchissons à réaliser des investissements dans ce secteur. Les bureaux restent dans notre scope avec une vigilance renforcée sur le potentiel de création de valeur à terme de l’actif, son bilan énergétique et la qualité de ses locataires. Nous privilégions les ensembles de moins de 10 000 m² avec un focus particulier sur le créneau 1 000 – 5 000 m² car c’est le marché le plus profond. Nous serons plus sélectifs sur le commerce et réfléchissons à lancer des produits long terme dans le résidentiel.

En matière de localisations, nous apprécions la province. Nous allons analyser avec attention l’impact de la crise économique sur ces métropoles régionales car la solidité des locataires et la pérennité des cashflow restent l’alpha et l’omega des marchés immobiliers. Nous devrions y voir plus clair à la fin du premier trimestre 2021. Nous avons très peu recours au financement bancaire dans le cadre des investissements réalisés par nos SCPI. De nombreux acteurs auront des difficultés pour trouver des financements et, dans ces conditions, nous allons essayer de profiter de la diminution du nombre de concurrents pour investir avec des objectifs de rendements plus élevés.  

Dans quelle mesure les nouvelles normes sanitaires vont-elles impacter la conception de vos bâtiments ?

La flexibilité des immeubles, l’organisation des flux de circulation, la qualité de l’air, la possibilité d’ouvrir ses fenêtres vont devenir des critères primordiaux dans les choix d’implantation des locataires. Nous travaillons d’ores et déjà sur les réponses à ces questions qui nécessitent une évolution dans nos processus de conception et de sélection de bâtiments tout en restant dans une équation économique contrainte.

Qu’en est-il de vos ambitions ?

Il est encore trop tôt pour savoir quel sera le niveau de nos résultats 2020. Mais cette période ne remet pas en cause notre stratégie. Nous allons continuer à réaliser des produits résidentiels pour les particuliers et les professionnels, développer nos SCPI et accompagner les investisseurs institutionnels dans leurs stratégies d’investissement.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigaut)

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