G. Métifeux (Alter Egale) : "Il est urgent d’adopter une nouvelle définition du partage des richesses"

Spécialiste de la gestion de patrimoine, Géraldine Métifeux ne croit
pas à l’avènement d’un monde nouveau post-Covid. Pourtant,
l’associée fondatrice d’Alter Égale est convaincue que sa profession
a un rôle de premier plan à jouer dans l’évolution de la société
avec, en ligne de mire, la réduction des inégalités.
Géraldine Métifeux

Spécialiste de la gestion de patrimoine, Géraldine Métifeux ne croit pas à l’avènement d’un monde nouveau post-Covid. Pourtant, l’associée fondatrice d’Alter Égale est convaincue que sa profession a un rôle de premier plan à jouer dans l’évolution de la société avec, en ligne de mire, la réduction des inégalités.

DÉCIDEURS. Quels changements sociétaux et politiques la crise pourrait- elle induire ? Croyez-vous au « monde d’après » ?
GÉRALDINE MÉTIFEUX. Je ne crois pas en un « monde d’après » plus vertueux et moins égoïste. D’ailleurs, nous sommes déjà dans ce supposé « monde d’après » et peu de choses ont changé. Ce qui est certain c’est que depuis plusieurs années, le populisme n’a cessé de se développer – les Gilets jaunes, le Mouvement 5 étoiles en Italie, les
élections de Donald Trump ou de Jair Bolsonaro en sont la preuve – et que les classes moyennes sont en voie de disparition. La crise va accentuer ces phénomènes. Si rien n’est fait pour les endiguer, l’écart entre le niveau de vie des plus aisés et des plus modestes deviendra invivable.

Le contrat social ne peut pas fonctionner ainsi. Il est urgent d’adopter une nouvelle définition du partage des richesses. Cela peut passer par le développement de l’épargne salariale ou par un plafonnement raisonnable des distributions de dividendes par exemple, mais certainement pas par une augmentation de l’impôt qui serait contre-productive.

« Nous sommes déjà dans ce supposé “monde d’après” et peu de choses ont changé »

Généralisation du télétravail, volonté de s’éloigner des centres-villes, projets de réduire la taille des bureaux… Le confinement a fait naître de nouvelles aspirations en matière d’immobilier. Ces nouveaux besoins vont-ils donner lieu à des changements structurels ?
Je ne suis pas certaine que la crise rebatte vraiment les cartes en matière immobilière. Nous manquons de recul pour mesurer son impact sur le marché. En tout cas, il faut distinguer selon le type d’immobilier. Le tourisme d’affaires est sinistré et cela pourrait durer puisqu’il n’est pas certain que les gens aient envie de se réunir en grand nombre alors même que le virus continue de circuler. En revanche, le secteur du tourisme s’en sortira mieux car les Français vont passer leurs vacances sur le territoire national. Le secteur du luxe sera quant à lui durablement sinistré si les frontières ne sont pas réouvertes. Pour ce qui est des bureaux et des commerces, la crise pourrait avoir de vraies conséquences notamment si le rendement des entreprises s’affaisse. Elles ne pourront alors plus payer des loyers aussi élevés et les baux devront être revus. Le télétravail, même s’il se généralise de manière pérenne, ne devrait pas avoir de conséquence sur la taille des bureaux.

Si une nouvelle vague épidémique venait à arriver, les entreprises auraient besoin de plus d’espace pour appliquer les règles de distanciation sociale. Enfin, pour l’immobilier d’habitation, les prix n’ont quasiment pas baissé depuis la crise, une légère hausse étant même constatée. Paris et les métropoles vont conserver leur statut de valeurs sûres même si les citadins disent vouloir les quitter. Je ne crois pas à la thèse d’un exode urbain à moyen terme. Un chômage de masse couplé à une remontée des taux auraient un impact drastique sur les capacités d’investissement des ménages et donc sur les prix de l’immobilier d’habitation.

Quel sera le rôle des métiers de la gestion de patrimoine et de la gestion d’actifs dans le contexte post-crise ?
Contrairement aux précédentes crises, celle que nous vivons aujourd’hui n’est pas financière. C’est un point d’importance : les gens n’ont pas exprimé d’animosité ou de méfiance à l’égard du secteur financier. Dans ce contexte, en tant que conseil, nous aurons indéniablement un rôle à jouer, qu’il s’agisse de verdir les portefeuilles de nos clients, de développer la prévoyance ou d’inciter les chefs d’entreprise à un meilleur partage des richesses au sein de leur groupe. D’une manière générale, la crise a révélé que nous avions différents angles morts dans la protection du patrimoine de nos clients, qu’il soit financier ou pas, personnel ou professionnel. Nous allons travailler ensemble à combler ces lacunes.

Sybille Vié

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