G. Gibault (Le Slip français) : "Le made in France, un engagement sociétal"

Entrepreneur invité à la première édition de l’université d’été de l’économie de demain (UEED), Guillaume Gibault dresse le bilan du made in France. Une labellisation sur laquelle son entreprise, Le Slip français, a prospéré.

Entrepreneur invité à la première édition de l’université d’été de l’économie de demain (UEED), Guillaume Gibault dresse le bilan du made in France. Une labellisation sur laquelle son entreprise, Le Slip français, a prospéré.

Décideurs. Le Slip Français s’est construit avec sa spécificité hexagonale et arbore les couleurs bleu blanc rouge jusque sur ses produits. En quoi le made in France est-il un avantage concurrentiel sur le marché ?

Guillaume Gibault. Le made in France représente, tout d’abord, une contrainte de prix. Fabriquer dans l’Hexagone coûte entre 30 % à 100 % plus cher que dans un autre pays. Un produit que nous vendons entre 25 € et 30 € a un coût de fabrication de 10 € à 12 € en France. Si on le fabriquait au Portugal, il reviendrait aux alentours de 7 € à 8 €. Fabriqué en Afrique du nord, l’ordre de prix serait de l’ordre de 5 € à 6 €. En Chine, on en aurait pour 3 € à 4 €. Le coût du travail influe étroitement sur le prix du produit. Ces conditions de production sont le signe d’un engagement sociétal et environnemental : avec le made in France, le Slip français soutient l’emploi local. Par produit, nous avons deux à trois fournisseurs, tous français. Aujourd’hui, nous travaillons avec un réseau qui fédère 27 fournisseurs. Nos deux usines principales sont Lemahieu, une entreprise familiale, dans le nord de la France, et Eminence, une marque importante qui fabrique pour notre compte dans le sud de la France.

Sur le plan opérationnel, produire sur notre territoire nous permet de gagner du temps et de la réactivité avec nos sous-traitants. Nos interlocuteurs ont la même culture que nous, ils comprennent nos besoins plus vite, ils sont tout au plus à 1 heure ou 2 heures de TGV. Certes, cette réactivité et ce savoir-faire reviennent plus chers, mais ils poussent à se poser les bonnes questions quant à la gestion des coûts. Le made in France donne du sens et accentue notre positionnement marketing bienveillant. Au bout du compte, ces contraintes fortifient notre compétitivité sur le marché.

"Les contraintes du made in France fortifient notre compétitivité sur le marché"

Comment avez-vous construit votre marque à partir de cette forte identité française ? Est-ce que cela a modifié votre positionnement marketing initial ?

Le Slip Français est parti d’un pari entre amis. Aujourd’hui, la marque en garde quelque chose de profondément ludique. C’est un avantage pour se faire connaître auprès du grand public. Désormais, nous souhaitons fabriquer un produit à fort impact environnemental et sociétal. Les sous-vêtements sont des produits d’équipement difficilement achetables en seconde main. Or, on achète trop et de manière peu citoyenne. Depuis que la thématique environnementale a émergé dans le secteur de la mode, les lignes bougent, on parle davantage du recyclage du coton ou des collectes de vêtements.

Quel est l’état financier du Slip français après huit ans d’existence ?

Les deux premières années, notre chiffre d’affaires était de 40 000 euros. Fin 2019, il va flirter avec les 30 millions d’euros. Nos ventes, quant à elles, vont atteindre environ 1,3 million de produits, écoulés à 90 % en France. Malgré tout, nous restons un petit acteur économique. Dim représente 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Eminence affiche 130 millions d’euros annuels.

Notre masse salariale se compose de 110 personnes. Des emplois directs à notre siège et dans nos 16 boutiques. Avec les emplois indirects, nous atteignons les 200 emplois, notamment les ouvriers dédiés à notre marque dans les usines.

Pourquoi ne pas avoir davantage développé la visibilité et les ventes à l’international ?

Quand on se positionne sur une identité made in France, l’international se teinte d’une certaine ambivalence. Si l’on veut fabriquer localement avec un impact positif décisif, le modèle traditionnel consistant à vendre un peu partout dans le monde n’est pas forcément pertinent. Produire en France et vendre en Grande-Bretagne, en Espagne ou en Allemagne reste cohérent. Le marché allemand connaît un engouement pour les produits durables. Et ces destinations sont à peine plus éloignées que Toulouse. Il y a une logique économique qui se tient.

En revanche, fabriquer un produit en France pour aller le vendre aux États-Unis ou au Japon, cela nous questionne. Ne vaut-il mieux pas exporter son savoir-faire, par exemple le fait de bien connaître une chaîne de fabrication ? Si vous voulez démarrer aux États-Unis, ne vaut-il pas mieux confectionner localement avec le coton américain et créer une marque dédiée à ce marché ? Notre priorité commerciale reste la France. Produire sur notre territoire et vendre dans le monde entier en affrétant nos produits par avion, cela n’a pas beaucoup plus de sens que de le fabriquer en Chine et de l’importer…  

Propos recueillis par Nicolas Bauche

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