G. Cadiou (DIRE) : "Initialement, notre travail est celui de médiateur"

En première ligne depuis le début de la crise sanitaire afin de soutenir les entreprises, les pouvoirs publics ont fait preuve de réactivité et de créativité mettant en place des outils pertinents destinés à prévenir les défaillances. Guillaume Cadiou, délégué interministériel aux restructurations d'entreprises et Olivier Remy, chef de la mission Restructurations à la Direction générale des entreprises réalisent un état des lieux près de deux ans après le début de la pandémie.

© Kim Redler et Célia Bonnin

De gauche à droite, Olivier Remy, chef de la mission Restructurations à la Direction générale des entreprises et Guillaume Cadiou, délégué interministériel aux restructurations d'entreprises

En première ligne depuis le début de la crise sanitaire afin de soutenir les entreprises, les pouvoirs publics ont fait preuve de réactivité et de créativité mettant en place des outils pertinents destinés à prévenir les défaillances. Guillaume Cadiou, délégué interministériel aux restructurations d'entreprises et Olivier Remy, chef de la mission Restructurations à la Direction générale des entreprises réalisent un état des lieux près de deux ans après le début de la pandémie.

Décideurs. Quel bilan faites-vous de l’année 2021 ?

Guillaume Cadiou. Le nombre de procédures collectives a été encore plus bas qu’en 2020 grâce aux dispositifs d’urgence déployés dès le début de la crise sanitaire et au plan de relance. Cependant, les procédures amiables, certes moins visibles, sont de plus en plus nombreuses. Dans cette dynamique, notre action au sein de l’État s’est poursuivie afin d’aider les entreprises à traverser cette période de crise.

Olivier Remy. Nous avons effectivement poursuivi notre mission de soutien des entreprises en difficulté. En particulier, nous avons œuvré à l’obtention de prêts directs. Si 97 % des demandes de PGE ont été acceptées après médiation du crédit, les 3 % restants représentent des entreprises ayant besoin de liquidités. Nous avons donc ouvert 130 prêts pour un montant total de 130 millions d’euros sur l’année 2021.

Quels ont été les grands succès de l’année ?

G. C. Ils sont nombreux, mais la plupart de nos interventions doivent demeurer confidentielles pour protéger les sociétés. Pour ne citer que quelques exemples, nous pouvons mentionner la réindustrialisation sur le site de Bridgestone à Béthune qui commence à porter ses fruits ou encore le projet de création d’une nouvelle usine dans la région de Clermont-Ferrand, deux ans après la fermeture de Luxfer. Autre exemple, notre action à la suite des difficultés du groupe Liberty et la reprise des usines d'Ascoval et Hayange par Saarstahl.

O. R. Ces illustrations témoignent de la diversité de nos actions, en amont de potentielles difficultés comme en aval. Elles sont sur mesure afin de répondre aux enjeux les plus fins des dossiers.

Quels sont les outils à votre disposition ? Ont-ils évolué depuis le début de la crise ?

G. C. En complément du PGE, nous avons fortement mobilisé le dispositif d'avances remboursables et de prêts à taux bonifiés mais il ne faut pas oublier que ces outils ont été créés pour répondre aux conséquences de la crise sanitaire. Initialement, notre travail est celui de médiateur entre dirigeants, salariés, actionnaires, etc.

O. R. Par ailleurs, le dispositif "Signaux Faibles" nous permet d’intervenir en amont des difficultés. Il a connu cette année des avancées significatives notamment dans le cadre du comité national de sortie de crise. La Direction générale des finances publiques (DGFIP) a également apporté son concours et les modèles prédictifs utilisent à la fois leurs données, celles de l’Urssaf, de la Banque de France et du ministère du Travail. Bien sûr, les résultats de ces analyses sont retraités car chaque situation est différente et nous agissons au cas par cas.

"Nos actions sont sur mesure afin de répondre aux enjeux les plus fins des dossiers" O. Remy

Où en sommes-nous dans le déploiement du plan de relance ?

O. R. Le plan "France Relance", présenté en septembre 2020, s’appuie sur une enveloppe de 100 milliards d'euros. Aujourd’hui, 72 milliards ont déjà été engagés. La baisse des impôts de production et le soutien à l’investissement ont pu être déployés rapidement au bénéfice de filières fragilisées par la crise comme l’aéronautique ou l’automobile. Cela a permis d’injecter massivement des liquidités afin de permettre aux entreprises d’investir et de poursuivre leur croissance en dépit du contexte.

G. C. Par ailleurs, le président de la République a lancé en fin d’année dernière le plan d’investissement « France 2030 » afin de favoriser l’émergence de champions français dans des filières innovantes. Celui-ci permettra de préparer les prochaines étapes de notre croissance économique.

Quelles grandes tendances de marché pouvons-nous anticiper pour 2022 ?

G. C. Nous allons probablement assister à la croissance des défaillances, pour revenir au niveau d’avant-crise avec probablement un effet de rattrapage. La question reste de savoir si cette inflexion se fera lentement ou par soubresauts. Quoiqu’il en soit, nous serons prêts. En juin dernier, nous avons lancé des comités départementaux à la sortie de crise réunissant l’ensemble des professionnels intervenant auprès des entreprises. De manière régulière, ils partagent leurs informations au niveau départemental afin d’identifier les entreprises en difficulté le plus tôt possible. Comme toujours, la clef du succès est l’anticipation.

Propos recueillis par Béatrice Constans

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