G. Bragadir (Ring Capital) : « Nous ne faisons pas de chasse à la licorne »

Geoffroy Bragadir et Nicolas Celier créent Ring Capital afin de transformer les jeunes entreprises innovantes françaises en PME et ETI. Au carrefour de la finance et de l'expertise sectorielle, l'axe stratégique du nouveau VC repose aussi sur un réseau de mentors capables de conseiller les participations. Le deal Adikteev vient déjà d'être bouclé.
Nicolas Celier, à gauche, et Geoffroy Bragadir, à droite.

Geoffroy Bragadir et Nicolas Celier créent Ring Capital afin de transformer les jeunes entreprises innovantes françaises en PME et ETI. Au carrefour de la finance et de l'expertise sectorielle, l'axe stratégique du nouveau VC repose aussi sur un réseau de mentors capables de conseiller les participations. Le deal Adikteev vient déjà d'être bouclé.

 

Dealmakers. Vous lancez Ring Capital ? Quelle est votre expérience dans l'investissement ?

Geoffroy Bragadir. Ring Capital est le fruit de ma rencontre avec Nicolas Celier, l’autre co-fondateur de Ring. Nous avons toujours été dans des environnements proches. Nicolas est un ancien de la banque d’affaires. Il fait partie des pionniers du venture capital dans la tech en France : il a d'abord travaillé pour Crédit Lyonnais Venture avant de contribuer au développement d'Alven Capital. De mon côté, j’ai fait du conseil en stratégie et co-fondé mon entreprise de courtage en services financiers, Empruntis, revendue en 2008 à Covea. Par la suite, j’ai commencé à investir comme business angel dans de petites entreprises innovantes. J'ai rapidement co-investi avec des professionnels, des personnes qui faisaient ça depuis longtemps, particulièrement Nicolas. C'est un métier et l'expérience compte beaucoup.

Vous avez ensuite professionnalisé votre démarche ?

Oui, un fonds a été créé, Aurinvest Capital 3. Ce véhicule était la troisième génération d'un fonds de business angels présent au capital d'Empruntis et leur très bon multiple de sortie avait resserré nos liens d'affaires ! Nous avons investi ce fonds « early-stage tech » de 22 millions d'euros à partir de 2012. Aujourd'hui, il est en phase de désinvestissement. Cette période m’a permis de bien réfléchir sur les fondamentaux du marché et de faire quelques constats d'ordre général.

Quelles sont alors les caractéristiques du marché de l'innovation et de son financement ?

L'early-stage prend très souvent plus de temps que ce que les entrepreneurs espèrent. De leur côté, les fonds sont structurés d'une telle façon qu'en cinq à six ans, ils doivent être sortis. Or en six ans, il est rare de valider la phase early-stage dans sa totalité, de construire une société solide et de générer un multiple significatif. Ce constat vaut surtout pour les start-up qui mettent un peu de temps à se développer, soit la majorité des cas. Quand la pépite technologique grandit vite, ce qui arrive aussi, l'intérêt est d'arriver tôt au capital. Cela permet au financier de se préparer pour les tours de table suivants. Mais en tant que VC early-stage, il est souvent difficile de déployer autant d'argent que ce que l'on souhaite : d'autres confrères interviennent et chaque nouveau tour de financement dilue davantage le VC initial. À cette dilution financière s’ajoute la naturelle dilution de la relation avec le management qui a plus d'interlocuteurs et donc plus de zones d'influence...

Le pire dans tout cela, ce sont les couches de liquidation de préférence rajoutées après chaque tour de table. Elles donnent des pouvoirs importants aux gros tickets, les investisseurs des dernières séries. Prenons l'exemple « Shazam ». La société valait 1,02 milliard de dollars « post money » après sa dernière augmentation de capital en 2015 mais elle s'est finalement vendue à Apple pour plus de 400 millions de dollars. Les derniers qui sont entrés au capital ont peut-être fait de beaux multiples. En revanche, le VC qui est entré en seed ou en early-stage, du fait des multiples couches de liquidation de préférence, a seulement récupéré sa mise, dans le meilleur des cas. C'est la politique du « dernier payé en premier » et c'est assez cruel car les investisseurs qui prennent le plus de risques sont relégués aux dernières places au moment de la cession.

Et pourtant vous allez faire de l'early-stage...

En partie seulement, nous avons une poche de 10% du fonds dédiée à de l’early stage. L'objectif est d'investir intelligemment en apportant notre ADN mi-financier mi-entrepreneur, et notre réseau de plus de 75 mentors. Nous ne nous inscrivons pas dans une chaîne de financement A, B, C ou D. En première intention, nous investirons de trois à sept millions d'euros par dossier. Il sera possible d'aller jusqu'à douze millions d'euros en cas de belle opportunité. Notre portefeuille sera donc d'une quinzaine de tickets à dix millions d'euros. Ces montants peuvent être gonflés avec la participation directe de certains de nos souscripteurs. La priorité est de rendre nos participations autonomes afin qu'elles ne soient pas tributaires d'un nouveau tour de table.

Mais toutes les start-up lorgnent sur de nouveaux tours de table afin d'aller chercher d'autres marchés, non ?

J'ai plein de bonnes adresses de fonds qui raisonnent de la sorte mais ce n'est pas la vision de Ring Capital. On ne fait pas de chasse à la licorne. L'écosystème des start-up tricolores est nourri par ce mythe de la licorne. En France, on est frustrés de ne pas avoir nos GAFA. On est très pragmatiques. On veut seulement aider les sociétés tech à devenir des PME et des ETI. Nous ne recherchons pas des business plan qui affichent des pertes colossales pendant plusieurs années. La priorité de l'entreprise doit être la croissance avec une maîtrise des coûts, et la création de cash-flows.

L'écosystème des start-up tricolores est nourri par ce mythe de la licorne

Vos premiers investissements correspondent à cette vision ?

Oui, nous avons réalisé un premier investissement dans Adikteev, une plateforme de marketing digital qui répond à l’ensemble des problématiques de communication des annonceurs, des agences média et des développeurs d’application. La société existe depuis plus de quatre ans, fait un chiffre d'affaires important (à deux chiffres) et est déjà rentable. Nous connaissons les entrepreneurs depuis qu'ils se sont lancés.

Tikehau fait partie de vos soutiens. Comment s'est conclu ce partenariat ?

C'est une institution financière qui partage notre esprit de l'entrepreneuriat. Leur création remonte à 2004 et ils ont déjà 10 milliards d'euros d'actifs sous gestion. Quelque part, c'est une licorne. Ensuite, le soutien de Tikehau comme partenaire institutionnel est un gage de crédibilité pour Ring Capital. Je crois que Tikehau, dans ses différentes activités financières, avait ressenti la progression du digital comme tendance transversale à tous les secteurs d'activités. Ils n'avaient pas encore d'axe fort sur le segment du capital-innovation. Avec Ring Capital, ils vont bénéficier de notre expertise sectorielle, et certains dossiers pourront même faire l'objet de co-investissements.

Nous sommes aussi souvent sollicités par des fonds de small caps généralistes pour co-investir avec eux dans des entreprises technologiques ou digitales, leur apporter notre compréhension des enjeux tech et notre connaissance de l’écosystème. Cette approche complémentaire est très pertinente et très appréciée des entrepreneurs.

Outre Tikehau, Danone fait aussi partie des institutionnels qui nous accompagnent.

Vous comptez aussi beaucoup sur votre réseau de mentors pour accompagner vos sociétés ?

Oui, nous essayons de fonctionner en architecture ouverte avec notre communauté de 75 entrepreneurs, CEO, CTO expérimentés pour nous permettre de toucher davantage de sujets en y apportant systématiquement un angle industriel et financier. L’apport du savoir-faire et de l’expertise de nos mentors dans le passage à l’échelle des entreprises contribuera directement à l’accélération du développement des sociétés de notre portefeuille.

Concernant les secteurs d'activité des entreprises ciblées, avez-vous des préférences ?

Nous sommes généralistes dans le digital et nous ne nous interdisons aucun type d'investissement. D'ailleurs, l'une de nos qualités consiste à pouvoir traiter des dossiers de deep tech comme des business digitaux plus communs. De préférence, nous souhaitons déployer nos liquidités vers des sociétés qui font du digital un actif technologique fort, et pas seulement un énième moyen de distribution online d'un produit ou service. En revanche, ce n'est pas parce que nous regardons, en principe, tous les types de métiers que nous leur donnons le même degré de maturité. Par exemple, la blockchain est un sujet très riche mais certainement encore un peu jeune. A priori, nous n'investirions pas de gros montants sur ce marché pour le moment... 

 

FS

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