France-Allemagne : deux modèles au banc d'essai

En amont de leur démarche de coopération, Paris et Berlin ont opté pour deux stratégies, certes différentes, mais complémentaires. Tentative de comparaison.

En amont de leur démarche de coopération, Paris et Berlin ont opté pour deux stratégies, certes différentes, mais complémentaires. Tentative de comparaison.

Quand on jette un œil aux unes des quotidiens allemands, un détail se révèle particulièrement frappant. Les Allemands ne se comparent pas à d’autres pays à longueur de pages. Pourtant, s’amuse Christophe Kühl, ­Rechtsanwalt et avocat au Barreau de Paris du cabinet franco-allemand Qivive, "ils pourraient dire que les Français ont de meilleurs trains, de meilleurs ingénieurs, de meilleures mathématiciennes, etc.". Chez nous, en revanche, la comparaison avec nos voisins d’outre-Rhin est un sport national.

2008 : une crise, deux ambiances

Ainsi, lors de son intervention aux conversations digitales de LHH, Muriel Pénicaud n’a pas manqué de souligner l’effort de l’État ­français, celui-ci "prenant en charge 70 % de la rémunération des salariés en activité partielle contre 60 % du salaire net en Allemagne". Depuis, le gouvernement allemand a revu sa copie. Il a même choisi d’aller à contre-courant de la stratégie ­française qui prévoit un désengagement progressif de l’État dans la prise en charge des salaires. À ­l’inverse, observe Céline Antonin, économiste à l’OFCE, ­"l’Allemagne se montre plus généreuse avec le temps". À partir du quatrième mois de référence, le taux de prise en charge grimpe à 70 % – 77 % pour les salariés avec enfants – pour atteindre 80 % ou 87 % dès le ­septième mois.

"Cette progressivité n’existait pas en 2008-2009", signe selon Céline Antonin que la crise du Covid-19 est jugée plus préoccupante que celle qui l’a précédée. L’assouplissement du dispositif de ­Kurzarbeit explique les 10 millions de demandes même si, temporise la chercheuse de l’OFCE, "il faut s’attendre à un recours effectif de l’ordre de 5 millions de personnes". La France a tiré un tout autre enseignement du tsunami des subprimes. Les quelque 300 000 demandes d’activité partielle n’ont pas permis, à l’époque, d’endiguer le marasme économique. "Les entreprises de notre pays", reconnaît Muriel Pénicaud, "ont mis une décennie à retrouver leurs effectifs et leurs compétences".

Rigueur allemande contre génie français ?

Si la France veut et peut aujourd’hui "rivaliser" avec ses 12 millions de demandes de chômage partiel, ses économies font pâle figure à côté des 26 milliards d’euros de l’homologue de l’ANPE. La rigueur ­économique de l’Allemagne lui permet d’envisager un plan de soutien massif évalué à plus de 1 000 milliards d’euros dont la moitié consacrée à la garantie des prêts des entreprises. Ces dernières apparaissent, en effet, comme les grandes gagnantes du plan de relance allemand.

L'Allemagne pourrait subir un double choc économique : le sien et celui des autres.

Mais, cela suffira-t-il à faire repartir la machine ? Automobile, fer, chimie : les piliers sur lesquels le modèle allemand est bâti ­s’effritent chaque jour un peu plus. ­L’Allemagne peut certes compter sur un maillage de PME solides, elle risque d’être rattrapée par la question des ­mini-jobs. Non éligibles au chômage partiel, les plus de 4,4 millions de ­personnes concernées par ce dispositif pourraient venir grossir les rangs des demandeurs d’emploi. Par ailleurs, ajoute Céline ­Antonin, "l’Allemagne, en raison de sa chaîne de production, est plus exposée aux autres pays que la France". Cette dimension mondialisée la contraint à devoir subir un double choc économique : le sien et celui des autres. "Les Français qui", analyse maître Kühl, "sont plus inventifs" pourraient alors tirer leur épingle du jeu. À moins, sinon, "de mélanger Français et Allemands dans un même sac pour ne garder des deux que le meilleur". Le choix de la coopération plutôt que celui de la comparaison.

Marianne Fougère

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