Forum pour la paix 2019 : quelle troisième voie pour l’économie mondiale de demain ?

L’édition 2019 du Forum pour la paix rebat les cartes de l’ordre international : quelles modalités de coopération économique sont-elles possibles entre le Nord et le Sud, alors que la Chine s’impose comme la première puissance mondiale ?

L’édition 2019 du Forum pour la paix rebat les cartes de l’ordre international : quelles modalités de coopération économique sont-elles possibles entre le Nord et le Sud, alors que la Chine s’impose comme la première puissance mondiale ?

Ouvert hier par Emmanuel Macron devant une trentaine de chefs d’État et de dignitaires venus du monde entier, le deuxième Forum de Paris pour la paix, qui se tient jusqu’au 13 novembre, s’annonce-t-il comme un pis-aller ? Alors qu’Angela Merkel et Vladimir Poutine ont dépêché des représentants officiels de l’Allemagne et de la Russie, Donald Trump boude la manifestation : aucun représentant des États-Unis ne prendra part aux réflexions menées à la Grande Halle de la Villette pour faire émerger les conditions d’un nouvel ordre mondial. Cette absence notable a peut-être libéré la parole. Dans ses allocutions, le président français a insisté sur « la crise sans précédent que traverse notre système économique et politique mondial, le libre-échange, le système de marché ». S’il s’est révélé efficace ces sept dernières décennies, le capitalisme né des deux guerres mondiales nécessite aujourd’hui un second souffle.

Vers un nouvel élan diplomatique

Pour impulser une nouvelle dynamique, Emmanuel Macron appelle à « plus de coopération entre les pays ». Refusant l’unilatéralisme, une inclination dangereuse au repli géopolitique, le président français cherche à refonder le multilatéralisme autour de trois zones : l’Asie, l’Afrique, qui « prend son destin en main » et l’Europe, véritable « tiers de confiance entre les États-Unis et la Chine ». Pourtant, cette redistribution des rôles ne semble pas tout à fait convenir aux pays du Sud présents lors de cette édition 2019 du Forum. « Il y a une injustice manifeste dans la représentation des décideurs du monde politique dans les grandes organisations internationales. Les pays d’Afrique ne siègent pas comme membres permanents au Conseil de sécurité des Nations unies », explique Louise Mushikiwabo, ancien ministre des Relations Étrangères du Rwanda et actuelle secrétaire générale de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie). Elle ne se fait aucune illusion quant à « l’inclusion tardive des pays du Sud. Mais cela suppose-il que l’on soit attentiste ? Ensemble, les nations sudistes pourraient faire bien davantage. » 

Des initiatives régionales sont ainsi nées pour que les pays de l’hémisphère sud unissent leurs forces, notamment dans le monde arabe. « Cet espace est difficile avec les problèmes en Irak et en Syrie. Il y a aussi beaucoup d’interventionnisme de la part des puissances étrangères qui ont des intérêts financiers importants dans cette zone. Mais les pays du Sud peuvent se retrouver autour d’objectifs économiques communs, loin de la politique », argumente Hossam Zaki, secrétaire général adjoint de la Ligue arabe. La création d’un marché commun de l’électricité entre les puissances arabes en est un exemple. Le protocole d’accord ratifié au Caire, en 2017, entre quatorze puissances (l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Iran, le Liban, l’Algérie, etc.) vise à la création d’un système intégré d’approvisionnement énergétique et au doublement de sa capacité globale d’ici 2020.

Bretton Woods et le monde d’hier

La montée en puissance d’une coopération Sud-Sud est la clé de voûte de ce Forum pour la paix où d’aucuns rêvent de rebâtir l’ordonnancement, trop inégalitaire, hérité de la Seconde Guerre mondiale. Depuis, « le monde a changé, martèle Paul Biya, le président de la République du Cameroun, parfois exaspéré par la tournure trop politiquement correcte des échanges. Le FMI est né dans le sillage des accords de Bretton Woods et des puissances en présence lors de la dernière Guerre mondiale. »

Ainsi, c’est dans le but assumé de contrer la position dominante du FMI que la Chine fonde la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures : les nations émergentes considérant qu’elles ne sont pas intégrées dans les stratégies des institutions occidentales, d’autres initiatives du même type pourraient d’ailleurs voir le jour. D’autant que le Sud, « oublié » de l’économie mondiale, comprend dans ses rangs, outre la Chine, le géant indien. Leur montée en puissance matérialise un autre destin au monde non occidental, loin du mutisme auquel ils ont parfois été réduits.

Nicolas Bauche

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