Pouvoir d'achat et fiscalité : ce que la présidentielle pourrait changer

Pouvoir d'achat et fiscalité : ce que la présidentielle pourrait changer

Les questions de pouvoir d'achat et fiscalité sont explosives, notamment en période électorale. En préconisant par exemple un retour à l’ISF ou une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, les candidats à la succession d’Emmanuel Macron tentent de se faire entendre sur les sujets au cœur des préoccupations des Français. Et qui seront déterminants au moment de voter.

Loin d’avoir concerné la majorité des Français, l’Impôt sur la fortune (ISF) est pourtant bien connu de tous. Dans l’Hexagone, quatre ans après sa disparition au profit d’un Impôt sur la fortune immobilière (IFI), son avenir – ou plutôt son retour – intéresse les irréductibles Gaulois. Car, au-delà de sa capacité à remplir les caisses de l’État, le fameux ISF est devenu tout un symbole. Quel est le rapport de notre gouvernement aux personnes les plus aisées du pays ? Estime-t-il que les richesses doivent être partagées au maximum, ce qui permet de réduire les inégalités sociales et de doper la consommation, ou considère-t-il que taxer les patrimoines les mieux lotis est la meilleure façon de les faire fuir et d’affaiblir le territoire ?

L’ISF est mort, vive l'ISF !

Emmanuel Macron a tranché au début de son quinquennat en remplaçant l’ISF par l’IFI de manière à exclure les placements financiers et les liquidités avec l’objectif de relancer l’investissement dans les entreprises, et donc l’emploi. L’ancien ministre de l’Économie est ainsi allé plus loin que Nicolas Sarkozy qui, pour se ranger à sa majorité parlementaire, s’était contenté d’un allégement de l’impôt sur la fortune. Si le président sortant n’est pas revenu sur la question depuis, ses concurrents, eux, remettent le sujet sur la table. Et pas de surprise : les candidats sont là où on les attend. Quand Nathalie Arthaud souhaite exproprier les grandes fortunes, Fabien Roussel compte rétablir et tripler l’ISF.

Les candidats engagés en faveur de la planète Yannick Jadot et Anne Hidalgo plaident, eux, pour un ISF climatique. Valérie Pécresse et Éric Zemmour iraient plus loin qu’Emmanuel Macron. La gagnante de la primaire LR souhaiterait que soit évaluée une exonération à 50 % de la résidence principale dans le calcul de l’IFI tandis que le candidat de Reconquête! demande son exonération totale. Marine Le Pen propose également cette solution mais envisage de remplacer l’IFI par un impôt sur la fortune financière.

Quel héritage ?

Autre sujet de tension, la question de la transmission du patrimoine sur laquelle Emmanuel Macron n’a pas souhaité lancer de grande réforme durant son quinquennat, le risque d’embrasement étant trop grand. Actuellement, chaque enfant peut hériter de 100 000 euros défiscalisés. Un plafond que le fondateur de La République en marche veut monter à 150 000 euros. L’objectif ? Prendre en compte l’évolution des prix de l’immobilier et faire un geste en faveur de la "transmission populaire". Pour les petites et moyennes successions en ligne indirecte, il envisage de mettre en place un abattement de 100 000 euros, bien au-dessus de 15 932 euros pour un héritage vers des frères et sœurs et de 7 967 pour les neveux et nièces.

Qu’ils soient de gauche ou de droite, les candidats proposent de conserver voire dépasser le seuil actuel afin que la majorité des Français puissent transmettre leur héritage : à hauteur de 118 000 euros, par exemple, pour Fabien Roussel qu’il s’agisse d’enfants ou de petits-enfants afin de ne pas léser les familles modestes, 200 000 pour Yannick Jadot (petits-enfants compris) et Valérie Pécresse (100 000 euros pour une succession indirecte). Néanmoins, pour les candidats les plus à gauche et afin de réduire les inégalités sociales, la fiscalité des plus aisés sera revue à la hausse. Yannick Jadot propose de "supprimer toutes les exonérations sur les très riches", tout comme Fabien Roussel qui vise les niches fiscales de cette catégorie de population, quand Anne Hidalgo s’attaque aux patrimoines supérieurs à 2 millions d’euros.

Taxation, l'éternelle question

Face au nombre élevé de candidatures pour cette élection présidentielle, l’un des principaux objectifs des successeurs potentiels d’Emmanuel Macron consiste à arriver à imprimer au moins une ou deux grandes idées dans l’esprit des Français. Fabien Roussel l’a bien compris. Le communiste a commencé à sortir du lot lorsqu’il s’est dit prêt à "défendre le bifteck des Français" pour qui la gastronomie consiste en "un bon vin, une bonne viande, un bon fromage", prenant ainsi le contre-pied de certains écologistes, souvent sectaires sur l’alimentation. Mais ce n’est pas ce type de querelles qui convaincront les citoyens. La question du pouvoir d’achat sera bien plus centrale pour les électeurs lorsqu’ils choisiront de mettre un bulletin dans l’urne les 10 et 24 avril prochains.

Selon un sondage Odoxa 54% des Français affirment que la question du pouvoir d'achat déterminera le vote

Selon un sondage Odoxa BackBone Consulting pour Le Figaro, 54 % d’entre eux le considèrent comme le sujet qui comptera le plus au moment du vote. Ce qu’avait bien compris dès 2017 Emmanuel Macron qui avait réussi à marquer les esprits avec sa proposition de supprimer la taxe d’habitation, mise en œuvre une fois élu. Cette fois, le président sortant propose de supprimer la redevance audiovisuelle, laquelle finance le service public audiovisuel, France Télévisions et Radio France. Ce qui permettrait aux contribuables, qui déclarent posséder une télévision, d’économiser chaque année 138 euros. Cette mesure est également portée par Valérie Pécresse et Éric Zemmour. Pourtant, les voix des deux candidats sur le sujet ont été moins audibles que celle du président Macron, le discours de la candidate LR ayant du mal à se faire entendre de manière globale et celui du représentant de Reconquête! imprimant davantage sur les sujets d’immigration que sur ceux de pouvoir d’achat.

Emmanuel Macron souhaite supprimer la redevance audiovisuelle. Et il n'est pas le seul

L’inflation rebat les cartes

Alors que la hausse des prix de l’énergie et plus généralement de l’accélération de l’inflation, les candidats à la succession d’Emmanuel Macron envisagent de baisser voire de supprimer la TVA sur certains biens. Alors que les prix de l’essence flambent, Matignon a annoncé rendre la TVA dès avril, à travers une remise de 15 centimes par litre. Et le fait à la veille de l’élection présidentielle. Là encore, les prétendants à l’Élysée suivent leur ligne. Anne Hidalgo encourage l’Europe à adopter des taux de TVA réduits sur les produits verts, tandis que Yannick Jadot propose de moduler la TVA en fonction des produits énergétiques (toujours 20 % de taxe sur l’essence mais 5,5 % sur les transports peu carbonés). Du côté du RN, les produits énergétiques (carburants, fioul, gaz, électricité) passeraient d’une TVA de 20 % à 5,5 % en leur qualité de biens de première nécessité. La présidente de la région Île-de-France souhaite, quant à elle, supprimer la TVA sur les taxes pesant sur l’électricité, la réduire sur les biens culturels et sur les produits d’hygiène féminine.

D’autres batteries de mesures sont inscrites dans le programme des candidats mais visent des catégories de population plus ciblées ou s’avèrent moins marquantes pour les esprits. Valérie Pécresse et Marine Le Pen, par exemple, présentent des propositions pour soutenir les familles, telles qu’une hausse de 15 % des allocations familiales pour les parents de deux ou trois enfants pour la candidate LR ou la création d’un prêt à taux zéro pour les jeunes familles françaises transformé en subvention pour les couples qui auront un troisième enfant pour la présidente du RN. Les propositions sont légion chez les prétendants à la fonction suprême mais peu d’entre elles sont retenues par les Français, pourtant en demande de solutions. La faute à des discours moins centrés sur leurs priorités ?

Olivia Vignaud

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