Fintechs : à l’ombre des banques

Les fintechs jouissent aujourd’hui d’une maturité qui leur permet de faire jeu égal avec les banques. Mais ces dernières n’ont pas dit leur dernier mot. Elles profitent de leur taille pour dicter leur loi.

Les fintechs jouissent aujourd’hui d’une maturité qui leur permet de faire jeu égal avec les banques. Mais ces dernières n’ont pas dit leur dernier mot. Elles profitent de leur taille pour dicter leur loi.

Pumpkin, rachetée par Crédit mutuel Arkéa, Compte Nickel par BNP Paribas ou encore KissKissBankBank & Co par la Banque postale. L'année 2017 aura été marquée par une vague de rapprochement sans précédent entre fintechs et institutions financières. Une tendance qui illustre la complexité des relations entre, d’un côté, un acteur moderne et innovant et, de l’autre, des grands groupes fonctionnant autour de systèmes anciens. Certains craignent que les banques ne survivent pas à la tornade fintech et soient, sur le long terme, remplacées par ces nouveaux acteurs. Elles ont donc tout intérêt à créer une relation intelligente et durable avec eux. Mais celle-ci peut prendre plusieurs formes. Passage en revue.

La force de frappe des banques contre l’innovation des fintechs

La première étape de cette relation est l’incubateur. Ces structures d'accompagnement de projets de création d'entreprise marquent le premier grand rôle tenu par les banques, qui en sont généralement des partenaires ou les fondateurs. D’après Étienne Mallengier, directeur de la stratégie et des activités suisses chez Neuroprofiler, fintech spécialisée dans le profilage de risque, les incubateurs sont « un gage de qualité ». Au-delà d’une prise de contact, les banques représentent un réel plus en termes de capital. En investissant dans des fintechs elles leur offrent cohérence et fiabilité.« Cela nous permet de changer de dimension et de gagner en crédibilité » résume Olivier Goy, président de Lendix, société de financement participatif pour les entreprises. Les banques partagent leurs infrastructures, leur base clients et leurs relations institutionnelles. En échange, les fintechs apportent leur savoir-faire et technologie. Les acteurs classiques peinent à s’adapter aux nouveaux modes de consommation : la voix du client se digitalise et ses attentes évoluent vers des services plus innovants.

« Cela nous permet de changer de dimension et de gagner en crédibilité »

L’apport des fintechs semble alors primordial. Expérience fluide et omnicanal : le consommateur bancaire cherche une relation à la frontière entre proximité physique et virtuelle tout en disposant de solutions innovantes évoluant au même rythme que son mode de vie. Sharepay propose par exemple une alternative au compte joint classique tandis que Pumpkin, elle, donne accès à ses clients à une plateforme de remboursement instantané. Autant d’offres démontrant que les fintechs manient à la fois, maîtrise technologique et jeunesse d’esprit. Une fois ce genre de collaborations misent en place, il faut les rendre les plus efficientes possibles.

Prise de participation

Pour marquer leur territoire, les banques n’hésitent pas à investir dans les fintechs. D’après une étude menée par le cabinet de conseil Accenture, sur les 22,3 milliards de dollars investis dans des fintechs, cinq milliards proviennent des banques. Des chiffres qui montre d’ores et déjà le fort intérêt des institutionnels à leur égard. Des échanges de connaissances, de capitaux et d’expériences qui mènent souvent, au-delà de simples collaborations, à des rachats. « Les prises de participations majoritaires restent souvent le meilleur moyen pour les fintechs de croître rapidement et avec ambition » affirme Hugo Sallé de Chou, cofondateur de Pumpkin. Pour lui, peu de fintechs ont les capacités de mener à bien leur évolution sans se faire absorber. Rachetée par Arkéa Crédit Mutuel après sollicitations de plusieurs banques, Pumpkin a vu dans ce nouveau partenaire un acteur prêt à investir, comprenant leur vision et prêt à les « laisser autonome et indépendant dans leur gestion de l’entreprise ». Un rachat qui porte ses fruits et satisfait les deux parties tout en offrant aux clients les solutions qu’ils demandent. Différemment mais aussi efficacement, Lendix a gagné la Banque européenne d’Investissement à son portefeuille client. Olivier Goy, fondateur et président de la société, se réjouit même que « les banques leur apportent des dossiers sur lesquels elles ne sont pas en mesure de répondre ». Autant de partenariats chacun adaptés au type de relation dans un but commun : construire l’innovation. Pourtant, banques et fintechs ont souvent du mal à communiquer entre elles.

Mise en garde

Malgré l’attirance des banques pour l’innovation, elles ont tendance à la cannibaliser avec des process lourds et complexes. L’organisation pyramidale et l’éclatement des services rendent aussi difficile les prises de décisions.  De plus, David Finel président de Sharepay confit qu’exposer son projet représente un risque dans le cas où le partenariat ne voit pas le jour. Dans certains cas, l’idée en question est développée ultérieurement par la banque elle-même. C’est donc un challenge de grande ampleur qu’ont réussi les fintechs en ayant totalement bouleversé le business modèle du secteur. Aujourd’hui pour maintenir et pousser vers l’avant ces relations nouvelles, il faut passer de la confrontation à la coévolution. 

Morgane Al Mardini 

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Pumpkin, rachetée par Crédit mutuel Arkéa, Compte Nickel par BNP Paribas ou encore KissKissBankBank & Co par la Banque postale. 2017 aura été marquée par une vague de rapprochement sans précédent entre fintechs et banques. Qui sort vraiment gagnant de ces opérations ? Analyse et entretiens.
Sommaire Olivier Goy (Lendix) : « Une entreprise a une réponse sous 48 heures » Étienne Mallengier (Neuroprofiler) : « Les incubateurs nous permettent de créer un premier lien avec les banques » Hugo Sallé de Chou (Pumpkin) : « Notre communauté double tous les six mois » David Finel (Sharepay) : « Permettre aux foyers de mieux gérer leur argent »
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