D’après une étude menée par BCG, les entrepreneures récoltent deux fois moins de fonds que leurs homologues masculins et génèrent deux fois plus de revenus pour un même montant levé. L’accès aux fonds d’investissement s’avère donc profondément inégalitaire.

« Sur les dix plus grosses sociétés de gestion, 97 % des fonds sont décernés à des hommes alors que 15 à 20 % des entrepreneurs sont des femmes », avance Tatiana Jama, serial entrepreneuse et membre du collectif Sista – pour imposer la mixité dans l’économie numérique. C’est ainsi que s’est ouverte la table ronde, organisée par Mirova et ONU Femmes, sur l’accès des femmes au financement. La question de l’inégalité placée au centre du débat a donné la parole à des femmes entrepreneures et à des acteurs du financement.

Olivier Millet, membre du directoire d’Eurazeo, estime que le non-coté a fait des pas de géant en extra-financier ces dix dernières années. Les femmes représentent 30 % des effectifs du private equity en moyenne, 14 % dans les équipes d’investissement et 6 % en senior management. Il ajoute : « Pour que la profession se féminise, et pour le bien de tous, il faut sortir des horaires de nuit. Le plus grand progrès serait d’arrêter de penser qu’un deal de private equity c’est la guerre. »

Compter pour dresser un constat fiable et objectif

« Le gène de l’entrepreneuriat n’existe pas », explique Tatiana Jama. L’argument selon lequel les femmes ressentiraient plus d’aversion au risque n’est pas recevable, autant que ne l’est pas celui d’une ambition moins forte que chez les hommes, mais qui s’exprime différemment. Le manque de fonds accordés aux femmes est issu d’un biais inconscient qui consiste à n’interagir ou à n’investir qu’avec des personnes qui nous ressemblent. Ajoutons à cela, qu’aujourd’hui, les fonds d’investissement n’ont pas conscience de la répartition de leurs investissements entre les start-up pilotées par des femmes et celles dirigées par des hommes. « Il faut donc compter, car sinon l’égalité n’existe pas », renchérit celle qui a déjà fondé deux entreprises.

Olivier Millet abonde et insiste sur la nécessité de produire des données sur ces sujets, qui sont fondamentaux, et d’établir des objectifs quantitatifs. « Chez Eurazeo, les boards des sociétés en portefeuille comptent 40 % de femmes. » Il y a un réel besoin d’introduire un aspect positif de mixité, d’autant plus que le private equity fait face à une pénurie de main-d’œuvre.

Les banques ne sont pas en reste

En ce qui concerne l’accès au financement bancaire, le bilan est plus mitigé selon Hélène Madar, directrice du développement marchés spécialisés de Banques Populaires : « Dans le fonds de commerce des Banques Populaires, 10 % des entreprises sont dirigées par des femmes, ». Or, 72 % de ces sociétés sont des TPE, contre 64 % chez les hommes. Aucune autre différence n’est à relever, si ce n’est un taux de sinistres légèrement plus faible chez les femmes. La filiale du groupe BPCE commence tout juste à en effectuer un recensement et à prendre conscience de l’ampleur du phénomène.

Fabienne Lichentin, directrice générale de Câblerie Daumesnil, confirme : « Pour les entreprises matures, il n’y a pas de différence d’accès au financement ». Pour elle, la gestion féminine est même plus sûre. En revanche, une entreprise qui démarre, et qui est dirigée par une femme, rencontre beaucoup plus de difficultés que si un homme en est à la tête. Le poids de l’histoire n’est sans doute pas étranger à ce constat.

Anne-Gabrielle Mangeret

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