Fabrice Le Saché : "Nous devons gérer le Medef comme une entreprise"

Patrick Martin, Fabrice Le Saché et Pierre Brajeux, trois des neuf prétendants en lice pour succéder à Pierre Gattaz à la tête du Medef ont annoncé une candidature commune, revendiquant une dynamique de « rassemblement ». Même si Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot font toujours figure de favoris, cette nouvelle alliance pourrait changer la donne.

© Romuald Meigneux

Patrick Martin, Fabrice Le Saché et Pierre Brajeux, trois des neuf prétendants en lice pour succéder à Pierre Gattaz à la tête du Medef ont annoncé une candidature commune, revendiquant une dynamique de « rassemblement ». Même si Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot font toujours figure de favoris, cette nouvelle alliance pourrait changer la donne.

Décideurs. Pourquoi avoir fait le choix de cette candidature commune ?

Fabrice Le Saché. Nous partageons les mêmes constats concernant leMedef. Notre organisation est confrontée à des enjeux majeurs comme la recomposition de ses missions traditionnelles (paritarisme, dialogue social et lobbying) et la nécessité d'améliorer son attractivité pour peser dans le futur. Pour l'avenir de notre mouvement, je suis persuadé que l’unité et le collectif doivent primer. La modernisation du Medef ne doit pas être un effet de style ou une volonté d’être politiquement correct. C’est une absolue nécessité. Il faut repenser les outils et les process. Nous devons gérer le Medef comme une entreprise.

« Le Medef doit assumer une posture de service »

Vous ambitionnez de doubler le nombre d’adhérents. Comment comptez-vous améliorer l’attractivité de votre organisation ?

Pour accompagner au mieux les entreprises, nous devons assumer une posture de service auprès de nos adhérents. La digitalisation va nous permettre de prendre ce virage en étant plus efficaces au niveau de nos données. Le Medef ne peut plus fonctionner à l’Excel à l’heure de l’intelligence artificielle. Nous devons produire de l’information de qualité au-delà du social et du fiscal sur les enjeux de société et la distribuer de manière personnalisée.

Le dialogue « made in France » est souvent critiqué. Comment l’améliorer ?

Je ne pense pas que tout soit à jeter. Il faut surtout être conscient que le dialogue prend du temps mais c’est un facteur de force pour nos entreprises. Le dialogue doit, selon nous, se faire prioritairement dans l’entreprise, être moins formel et toucher à plus de sujets.

« La décentralisation du pouvoir est un enjeu majeur »

Êtes-vous favorables à ce que le Medef quitte les organismes paritaires ?

Il est difficile de faire une réponse globale tant ces structures concernent des activités diverses et variées. Néanmoins, je ne pense pas qu’une décision unilatérale soit la meilleure solution ni qu’une équipe de campagne ait seule une légitimité de décision en la matière. Nous proposerons donc une large consultation pour revoir la carte du paritarisme afin d’être plus efficaces avec nos dizaines de milliers de mandataires bénévoles. À titre personnel, je ne pense pas que l’étatisation de toutes les missions paritaires soit pertinente.

La fiscalité est l’un des enjeux majeurs pour la compétitivité de nos entreprises. Quelles réformes proposez-vous dans ce domaine ?

Le coût du travail est effectivement un vrai problème. Nos entreprises ne se sont pas encore remises de  de la centrifugeuse des 35 heures. Aujourd’hui, la fiscalité est trop décorellée de la réalité des sociétés. L’exemple de la surtaxation des contrats courts en est le parfait exemple. Les secteurs de l’hôtellerie ou de la restauration ont besoin de ces types de contrats. De quel droit les pénaliser ? En France, on alourdit les charges avant même que nos entreprises aient pu générer du chiffre d’affaires. Il faut mettre en place une fiscalité intelligente.

Quelle est votre position par rapport au plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte) qui souhaite intégrer l’objet social dans les statuts de l’entreprise ?

Aujourd’hui, les enjeux sociétaux et humains sont déjà pris en compte par de très nombreuses entreprises. Dans certains cas, c’est même l’élément central de leur stratégie. C’est pourquoi, je pense qu’il n’est pas nécessaire ni souhaitable de réglementer sur ce point. On risque de déstabiliser les entreprises en judiciarisant leur processus de décision. Instaurer une telle loi serait contreproductif alors que nous assistons enfin au retour de la croissance. Selon moi, la pression des consommateurs est suffisante car elle permettra l’essor de nouvelles pratiques qui pourront, par la suite, être généralisées si elles font leur preuve.

Propos recueillis par Vincent Paes

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