F. Mazzella (Blablacar) : "En France, on ne fait pas de publicité noble pour les métiers de l’informatique"

Président fondateur de la plateforme de covoiturage Blablacar et vice-président de France Digitale, Frédéric Mazzella regrette que les métiers de l’informatique ne soient pas suffisamment valorisés en France.

Président fondateur de la plateforme de covoiturage Blablacar et vice-président de France Digitale, Frédéric Mazzella regrette que les métiers de l’informatique ne soient pas suffisamment valorisés en France.

Décideurs. Quelle est la vocation de France Digitale ?

Frédéric Mazzella. Comprendre, synthétiser et formuler les besoins éprouvés par les sociétés qui composent l’écosystème digital au sens large pour les aider à grandir et concurrencer leurs homologues américains et chinois. Le digital étant un environnement en éclosion en France, notre rôle est d’aider les pouvoirs publics à prendre des décisions éclairées dans le domaine. L’objectif est de faire émerger des géants numériques « made in France » et « made in Europe ».

L’écosystème digital français est-il suffisamment attractif pour attirer les talents internationaux de la tech ?

Clairement non car la France est très en retard dans ce secteur. C’est pourquoi nous menons plusieurs batailles dont la première consiste à faire connaître le savoir-faire digital français. Rappelons que le principal problème dans ce milieu, aujourd’hui, c’est le recrutement, quelle que soit la taille des entreprises.

Justement, pour attirer les talents et faire revenir les expatriés français dans l’Hexagone, vous aviez lancé en 2015 l’opération « Reviens Léon », rebaptisée « WonderLeon ». Où en est cette initiative aujourd’hui ?

Quand nous avons lancé « Reviens Léon » en 2015, le message initial, qui devait faire écho chez les 30-40 ans, était de dire aux expatriés français dans le monde « Reviens Léon, on innove à la maison ! » Un message positif qui nous a permis de communiquer et de valoriser l’écosystème digital français aux yeux des expatriés qui l’avaient un peu oublié et surtout qui avaient conservé une image obsolète du numérique « made in France ». Deux ans plus tard, en 2017, nous avons souhaité donner une envergure internationale à cette opération en la rebaptisant « WonderLeon ». Début 2019, et parce que France Digitale compte désormais plus de 1 400 start-up, nous avons créé une entité RH dédiée aux talents, FD Talents, car nous sommes convaincus que cette problématique RH est cruciale pour le développement des start-up et scale-up françaises. Pour cela, nous organisons des rassemblements de dirigeants et responsables RH de sociétés en hypercroissance, toutes confrontées aux mêmes problématiques de recrutement et de changement de culture rapide. Nous avons également un programme spécifique pour le développement des scale-up, le « Scale-up job fair », en partenariat avec l’Insead et qui a réuni, le 18 octobre 2018, près de 150 étudiants et 17 scale-up en recherche de nouveaux talents. L’idée était de montrer les très belles opportunités de carrière qu’offrent ces structures qui n’ont pas toujours les moyens de communiquer auprès des meilleurs candidats, comme le font les grands groupes.

"Le principal problème dans le digital c'est le recrutement, quelle que soit la taille des entreprises"

Vous avez fondé BlaBlaCar en 2006. Souffrez-vous de cette pénurie de talents digitaux ?

Oui toujours ! Et nous avons même une autre problématique de taille : nos salariés reçoivent des offres d’emplois tous les jours. Quand nous nous sommes lancés, nous avons beaucoup misé sur la qualité de nos recrutements pour n’attirer que les meilleurs. L’enjeu aujourd’hui consiste à les retenir.

Comment expliquez-vous qu’en France, le métier d’ingénieur informatique fasse si peu rêver les jeunes diplômés ?

En France, on ne fait pas de publicité noble pour les métiers de l’informatique alors qu’il s’agit d’un enjeu de souveraineté nationale ! C’est d’ailleurs tout le paradoxe français car, d’un côté nous sommes fascinés par la capacité qu’ont les Américains à générer des sociétés technologiques remarquables et, de l’autre, nous ne mobilisons pas les moyens nécessaires pour développer les métiers de demain. Par ailleurs, nos grandes et prestigieuses écoles d’ingénieurs ne forment pas assez de ceux dont l’économie française a besoin en 2020 ; à savoir des scientifiques dans les métiers du digital : Computer Scientists mais aussi Data Scientists ou Online Marketing Managers. Or ce sont les emplois de demain ! Aux États-Unis, presque la moitié des nouveaux emplois créés le sont sur des métiers du digital, ce qui témoigne de la bascule en cours. En France, nous sommes encore trop timides dans notre approche du digital pour créer massivement les emplois de demain, et donc pour compter sur l'échiquier mondial entre 2020 et 2030.

Propos recueillis par Anne-Sophie David

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