F. Gits (Fitch Ratings) : "Analyser l’impact de la chute de l’activité à fin 2021"

Depuis le début de la crise, les agences de notation sont sur le qui-vive. Elles ont déjà procédé à la dégradation de nombreuses notes de crédit d’entreprises. Comment prennent-elles leurs décisions ? Ces révisions sont-elles temporaires ? Frédéric Gits, Group Credit Officer chez Fitch Ratings, joue la carte de la transparence et nous explique pourquoi elles ont réagi ainsi.
Frederic Gits

Depuis le début de la crise, les agences de notation sont sur le qui-vive. Elles ont déjà procédé à la dégradation de nombreuses notes de crédit d’entreprises. Comment prennent-elles leurs décisions ? Ces révisions sont-elles temporaires ? Frédéric Gits, Group Credit Officer chez Fitch Ratings, joue la carte de la transparence et nous explique pourquoi elles ont réagi ainsi.

Décideurs. Depuis le début de la crise, vous avez annoncé la dégradation de nombreuses notes d’entreprises. N’avez-vous pas réagi trop rapidement ?

Frédéric Gits. Notre approche analytique se place à travers le cycle. L’activité économique est en chute libre depuis plusieurs semaines en raison des mesures prises pour contrôler le virus. Cette pression sur l’économie est sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Les changements de notation ne s’arrêtent pas aux résultats des entreprises en 2020. Notre idée directrice est d’analyser l’impact de la chute de l’activité de l’entreprise à un horizon situé à la fin de l’année 2021.

Est-ce que ce sont des décisions transitoires ou s’inscrivent-elles sur le long terme ?

Si la crise est exceptionnelle, son impact peut être durable. Ses conséquences ne disparaîtront pas miraculeusement. Ces changements sont reflétés par notre système de notation. Plusieurs situations peuvent d’ailleurs être distinguées.

La première concerne les entreprises dont l’activité s’est complétement arrêtée ou presque. C’est notamment le cas de certaines compagnies aériennes. Leur trésorerie est sous pression. La question que l’on se pose est alors très simple : est-ce que l’entreprise va survivre au-delà de la crise ? Une gestion très serrée des liquidités augmente le risque de défaut. C’est un risque dont nous devons tenir compte. Ici, on ne peut pas parler de conséquence transitoire. La dégradation de la note matérialise ce risque.

Le deuxième cas s’applique aux sociétés dont l’activité connaît un net ralentissement, sans toutefois rencontrer un problème de liquidité majeur. Elles sont en situation de cash-flow négatif. Ces sociétés doivent emprunter pour compenser leur perte d’activité. Leur dette va augmenter et ne disparaîtra pas du jour au lendemain. L’entreprise a-t-elle la capacité de réduire sa dette rapidement une fois la crise du Covid-19 passée ? Quelle sera la trajectoire de sa reprise d’ici à 2021 ? Dans ce cadre, nous déterminons la capacité de l’entreprise à compenser ses pertes potentielles. La baisse éventuelle de la notation d’une entreprise reflète son changement de profil financier.

Enfin, troisième situation, celle des entreprises qui, malgré la crise, ne souffrent pas d’une augmentation significative de leur dette grâce à des cash flows restant positifs et pour lesquelles nous ne prévoyons pas d’impact négatif sur le profil opérationnel post-crise. Pour elles, il n’y a aucune raison de changer notre notation.

"Nous analysons l’impact de la chute de l’activité de l’entreprise à un horizon situé à la fin de l’année 2021" 

Quels sont les secteurs les plus impactés ?

Les compagnies aériennes et les entreprises évoluant dans le secteur du tourisme et de la restauration sont lourdement touchées. L’impact de la crise est aussi très fort pour les sociétés du secteur Oil & Gas, notamment aux États-Unis. Des difficultés qui concernent par ricochet les entreprises exerçant dans le secteur des ressources naturelles. Les sociétés du retail, subissant de plein fouet la fermeture de leurs magasins, ainsi que les groupes automobiles sont également sous pression.

Quels sont les secteurs les plus résistants ?

L’industrie du food retail dispose d’une activité relativement stable. Les télécoms et les utilities sont aussi préservés.

Sur quels scénarios économiques fondez-vous vos analyses pour 2020 ?

Nous prévoyons une baisse de l'activité économique mondiale de 1,9% en 2020. Le PIB américain devrait céder 3,3%. La contraction devrait être plus importante en Zone euro et Royaume-Uni, respectivement à 4,2 % et 3,9 %. La reprise de la Chine, quant à elle, sera fortement réduite par la récession mondiale. La croissance annuelle du PIB sera positive mais inférieure à 2%. Le taux de défauts cumulés des sociétés à haut rendement et des prêts à effet de levier pourrait s’établir entre 12% et 15% en Europe et aux États-Unis sur la période de 2020-2021.

Et pour 2021 ?

Le PIB américain devrait augmenter de 3,8 %, celui de l’Eurozone de 2,9 %. Ce qui signifie que nous n’envisageons pas de retour à un niveau d’activité comparable à la période précédant le virus avant la fin 2021 aux USA et en Europe. En Chine, la croissance devrait être de 7,6 %.

Propos recueillis par Aurélien Florin (@FlorinAurélien)

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