Euro, le résilient

En vingt ans d’existence, la monnaie unique a su traverser, malgré les critiques, les crises économiques et monétaires et s’est révélée vecteur d’unification et de convergence économique.

En vingt ans d’existence, la monnaie unique a su traverser, malgré les critiques, les crises économiques et monétaires et s’est révélée vecteur d’unification et de convergence économique.

L’idée de créer une monnaie unique à l’ensemble de la Communauté économique européenne (CEE) fait une première apparition dans les années 1960. Aboutissement de l’instauration d’un marché ­commun, l’euro est lancé en 1999 et mis en circulation le 31 décembre 2001. Un pas de plus dans la construction européenne qui entraînera de profonds ajustements de la politique des pays membres de la zone euro.

Croissance et stabilité

Principal d’entre eux, la création, en 1998, de la Banque centrale ­européenne qui prend en charge une partie des missions jusque-là ­dévolues aux banques centrales nationales. Véritable chef d’orchestre de la politique monétaire européenne, la BCE s’est vu fixer comme principal mandat, par l’article 127 du traité de Maastricht, d’assurer la stabilité des prix en évitant les périodes prolongées d’inflation, ou de déflation. L’objectif de hausse des prix, qui doit s’approcher des 2 % sans les dépasser, est jugé favorable à l’économie de l’ensemble de la zone euro, aussi bien en termes de ­croissance que d’emploi.

Le second mandat de la BCE, qui découle du premier, consiste à soutenir « les politiques économiques générales de l’Union ». En clair, à agir en faveur de la croissance de tous les membres de la zone euro. Sur ce point, ­l’objectif est atteint : depuis l’introduction de l’euro, le PIB par habitant dans la zone euro a ­progressé à un rythme similaire à celui des États-Unis, soit 1,1 % par an en moyenne entre 1999 et 2017.

Depuis l'introduction de l'euro le PIB par habitant dans la zone euro a progressé à un rythme similaire à celui des États-Unis

Pour mener à bien sa mission, la BCE dispose de plusieurs outils, dont la fixation de son taux ­directeur, lequel influe directement sur l’économie réelle, par ­l’intermédiaire des taux appliqués par les banques aux prêts qu’elles accordent mais aussi sur la rémunération des dépôts. La crise financière de 2007, puis la crise de la dette dans la zone euro, à partir de 2009, a non seulement éprouvé le mandat de la BCE mais l’a aussi obligé à élargir son arsenal ­d’outils monétaires en se lançant dans,une politique monétaire non conventionnelle.

À l’épreuve de la crise

Entre 2009 et 2012, plusieurs pays européens (Irlande, Portugal et l’Espagne en premier lieu) voient leur système ­bancaire fragilisé par les ­répercussions de la crise des subprimes. Pour éviter leur banqueroute, les États volent au secours d’établissements jugés « too big to fail », soit trop stratégiques pour faire faillite. Une opération de sauvetage qui impacte lourdement l’endettement public. Celui du ­Portugal passera ainsi de 83 % du PIB en 2009 à 126 % en 2012, et celui de l’Espagne de 59 % à 85 %.

À l’été 2012, l’État espagnol est attaqué sur les marchés obligataires alors que s’envole son taux d’emprunt à long terme. Craignant un phénomène de contagion au reste de la zone euro, Mario Draghi, le président de la BCE, déclare que l’institution est « prête à faire tout ce qui sera nécessaire pour préserver l’euro ». Une formule restée dans les mémoires qui a immédiatement calmé les marchés et lancé une salve d’interventions non conventionnelles par la BCE. Parmi elles, le rachat de créances douteuses des banques de l’eurozone ou celui de 220 milliards d’euros ­d’obligations souveraines de pays comme l’Espagne, l’Italie ou l’Irlande ­ (programme SMP). Depuis 2015, l’institution de Francfort a adopté un programme d’assouplissement monétaire (quantitative easing) à l’instar de celui mis en place par la Fed, la Banque d’Angleterre ou la Banque du Japon après le krach de 2007. Entre 2015 et 2018, la BCE rachète ainsi pour 2 600 milliards d’euros d’actifs.

Le défi grec

En parallèle, la crise fait ressurgir certains fantômes du passé, dont le maquillage de la dette publique grecque pour satisfaire aux critères d’intégration dans la zone euro. La crise grecque s’avérera l’un des plus grands défis lancés à la survie de l’euro et au rôle de la BCE.

En 2009, l’ampleur du déficit (plus de 12 %) et la dette publique (près de 120 % du PIB) grecs prennent les marchés de court, et Athènes se retrouve dans l’incapacité de se refinancer auprès des marchés obligataires. En quelques mois, la situation empire au point que le scénario d’un défaut sur la dette grecque gagne en crédibilité. Une sortie du pays de la zone euro est même envisagée pour lui permettre de dévaluer sa monnaie.

Au-delà de la crise économique, le cas grec débouchera sur une crise de gouvernance au sein de la zone euro et mettra à rude épreuve les fondements de la solidarité européenne. Très observée depuis l’étranger, la gestion de la crise voit alors s’affronter les ­partisans, menés par l’Allemagne du pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997 par les membres de la zone euro et les pays en difficultés économiques. ­Malgré les oppositions, parfois fortes, la solidarité européenne l’emporte, et Mario Draghi parvient à imposer sa ligne directrice : celle du maintien de la cohésion et de la solidarité. En tout, ce sont 288,7 milliards ­d’euros qui seront prêtés à Athènes pour éviter la faillite.

La zone euro est-elle sortie renforcée de cette crise ? Elle a en tout cas fini par démontrer sa solidité. En juin 2018, la crise grecque est officiellement déclarée terminée et, depuis 2012, la zone euro s’est dotée du Mécanisme européen de sécurité, disposant d’une force de frappe de 700 milliards d’euros destinés à venir en aide aux États membres ou aux banques en difficulté.

Monnaie internationale

En deux décennies, l’euro s’est imposé comme devise majeure et deuxième monnaie de réserve au monde, derrière le dollar. Son ­principal point faible, l’absence d’un État unique décidant de sa politique monétaire, a aussi joué en sa faveur sur le plan international face à un dollar souvent utilisé comme une arme économique et géopolitique par Washington.

L'euro est utilisé dans 36% des transactions internationales en 2017

Monnaie du premier exportateur de biens et services de la planète, l’euro était utilisé dans 36 % des transactions internationales en 2017. Un rôle dans le commerce mondial que l’Europe voudrait encore renforcer sur le plan financier aussi bien que commercial. En décembre 2018, la Commission européenne publie une recommandation incitant les acteurs économiques (États comme entreprises) à promouvoir l’euro dans le secteur de l’énergie, encore largement dominé par le dollar. « Le renforcement du rôle international de l’euro en matière d’investissements et d’échanges commerciaux dans le domaine de l’énergie contribuera à réduire le risque de ruptures ­d’approvisionnement et stimulera ­l’autonomie des entreprises européennes », déclare Miguel Arias Cañete, le commissaire à l’énergie et à l’action climat.

L’euro est aussi une référence ­monétaire. Andorre, Monaco, Saint-Marin et la Cité du ­Vatican l’utilisent comme monnaie ­officielle et, selon la Commission européenne, une soixantaine de pays ou territoires – soit 175 millions de personnes – ont lié leur devise à la monnaie unique par des taux de change variables ou fixes. C’est le cas du Danemark, de la Bosnie-Herzégovine ou des pays utilisant le Franc CFA.

L’adhésion des peuples

De projet politique soutenu par une poignée d’Européens convaincus, l’euro a su évoluer pour devenir plus qu’une construction ­technocratique. La monnaie unique a rempli sa mission de rallier les peuples vers un destin commun. Malgré les critiques, malgré les crises, malgré le chemin qui reste encore à parcourir, le taux d’approbation de l’euro est en hausse. D’après l’Eurobaromètre de 2018, 75 % des citoyens de la zone euro estimaient que la monnaie unique était une bonne chose pour l’UE. Ils n’étaient que 67 % en 2011.

75% des citoyens de la zone euro estiment que la monnaie unique est une bonne chose

En juin dernier, Mario Draghi déclarait : « L’euro est la monnaie de 340 millions de personnes et jouit à présent d’un soutien à hauteur de 74 % parmi les citoyens de la zone euro ; en outre d’autres pays veulent rejoindre l’euro dès aujourd’hui […] On peut conclure ce que l’on veut mais l’une de ces conclusions est que (l’euro) est irréversible parce qu’il est fort, parce qu’on en veut et parce que personne n’a rien à gagner à discuter de son existence », estime le président de la Banque ­centrale européenne.

Yacine Kadri et Cécile Chevré

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