Essilor : Visionnaire

Près de deux ans après la plus importante acquisition de son histoire, Essilor veut pouvoir soutenir une croissance annuelle à deux chiffres. Le spécialiste de l’optique ophtalmique mise désormais sur la diversification.

Près de deux ans après la plus importante acquisition de son histoire, Essilor veut pouvoir soutenir une croissance annuelle à deux chiffres. Le spécialiste de l’optique ophtalmique mise désormais sur la diversification.

«?La mauvaise vision est le premier handicap au monde, il concerne quinze milliards d’yeux, voilà notre mission?», clamait haut et fort Hubert Sagnières devant ses actionnaires début mai. Voilà qui devrait soutenir le rythme de l’activité d’Essilor International qui a connu l’une des croissances les plus importantes du CAC 40 au cours des dernières années (11,9?% en moyenne depuis 2010). À coups d’acquisitions et d’innovations, le leader mondial de l’optique ophtalmique a réussi à bâtir un empire au chiffre d’affaires colossal?: 5,7?milliards d’euros. Ses concurrents saluent unanimement ce succès édifié sur un marché de niche?: le verre correcteur. En 2015, le groupe espérait transformer l’essai en accélérant sa diversification. Ses objectifs financiers pour 2018 sont clairs?: un chiffre d’affaires porté à 8,2?milliards d’euros, un Ebitda proche de deux milliards d’euros et surtout un désendettement complet.

 

« Nous ciblons un marché de vingt-sept milliards d’euros?»

 

C’est en 2008 que débute la diversification d’Essilor. L’acquisition de l’équipementier optique suisse Satisloh préfigure une série de rachats stratégiques. En 2010, l’américain FGX International tombe dans l’escarcelle du géant qui s’empare un an plus tard de Stylemark. Tous deux sont des spécialistes des lunettes de soleil et prémontées. Très ciblées, ces opérations dessinent déjà les contours des nouvelles divisions du groupe?: équipements et Sunglasses & Readers.

 

En 2013, Essilor passe à la vitesse supérieure. Les rachats successifs de Polycore, Xiamen Yarui Optical, Suntech Optics et Costa lui permettent d’agréger de solides expertises dans le segment du solaire. Outre le champion des verres de performance Costa, le groupe s’est emparé de marques leaders sur leurs marchés, comme «?Bolon maître du milieu de gamme en Chine?» à l’occasion du rachat de Xiamen, rappelle Laurent Vacherot, le directeur général adjoint.

 

Boulimique, le français ne s’arrête pas là. En 2014, il réalise la plus importante acquisition de son histoire en prenant le contrôle de Transitions Optical pour un montant record de 1,85?milliard de dollars. Essilor devient ainsi le premier fabricant mondial de verre à teinte variable. Au même moment, Hubert Sagnières met également un pied dans le segment de la distribution par Internet en s’emparant du canadien Coastal.com pour 282?millions d’euros. Une stratégie qui se poursuit début 2015 avec des acquisitions de distributeurs locaux comme le britannique Fabris Lane, le turc Merve et le sud-coréen Optimax. Ces opérations tous azimuts n’ont qu’un seul but?: trouver de nouveaux relais de croissance pour un groupe qui contrôle déjà 40?% de son marché d’origine. Avec cette diversification au niveau mondial, «?nous ciblons un marché de vingt-sept milliards d’euros, en croissance de 6?% à 7?% par an?», insiste Paul du Saillant, l’un des trois lieutenants d’Hubert Sagnières.

 

Seule ombre au tableau?: une dette importante. Suite au rachat de Transitions Optical, elle a été multipliée par cinq pour atteindre 1,8?milliard d’euros en 2014. Pas de quoi inquiéter Laurent Vacherot qui promet pour 2015 «?une nouvelle année de croissance?». Et à 9,3?% de sa capitalisation boursière, l’endettement du groupe est encore très inférieur à celui des autres entreprises du CAC 40 qui atteignent en moyenne 21?%. Le groupe garde donc de solides capacités d’investissement. Et si les conditions sont toujours favorables à des acquisitions, le géant de l’optique ne perd pas de vue sa croissance organique. «?Nous voulons la porter à 6?%?», précise l’un des DGA qui se félicite des 3,7?% atteints en 2014 malgré un effet de change négatif.

 

Une marge opérationnelle de 20?%

 

Après avoir conquis le segment des verres de prescription, Essilor part à l’assaut de celui des lunettes de soleil évalué à 8,5?milliards d’euros. Le géant lorgne également sur l’Eldorado de la distribution sur Internet qui représente à ce jour 5,8?milliards d’euros. D’ici à 2018, les perspectives de croissance s’établissent à 14?% par an. En se positionnant sur de nouvelles activités, l’industriel souhaite se rapprocher des clients finaux. « Le consommateur est au cœur de nos priorités?», martèle Jean Carrier-Guillomet, l’un des trois DGA. Si les laboratoires de prescription et les opticiens resteront encore longtemps ses interlocuteurs privilégiés, Essilor s’étend sur la chaîne de valeur pour absorber les marges de ses intermédiaires. Pour conquérir son nouveau public, le français redouble donc d’efforts sur le marketing. Plus de deux cents millions d’euros seront investis dans ce domaine en 2015, une augmentation d’un tiers par rapport à l’année précédente. D’ici trois ans, ce mouvement vers l’aval doit lui permettre de gagner les quelques points manquants à sa marge opérationnelle pour atteindre 20?% du chiffre d’affaires.

 

Une course à la marge dans laquelle Essilor souhaite mettre à profit son avance technologique. Chaque année, il dépense 180?millions d’euros en R&D, soit 75?% des montants totaux investis par le secteur de l’optique. Fort d’un portefeuille de 7?200 brevets, il entre donc sur les marchés où il peut apporter des innovations. Comme l’explique Jean Carrier-Guillomet, «?nous effectuons un transfert de briques technologiques de notre activité de base vers nos nouvelles activités, notamment le solaire, un secteur qui a peu évolué et où il existait peu de différenciation?». Au moment où Essilor fête ses quarante ans en Bourse, son avenir semble balisé. Et si les perspectives venaient à manquer, le géant pourrait se tourner vers les lentilles de contact, produit qu’il ne fabrique pas encore. Prometteur, ce segment de l’optique est évalué à dix milliards de dollars à l’échelle mondiale. Une opportunité alléchante à ne pas perdre de vue.

 

J.-H. F.

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