Eric Piolle : « François de Rugy n’a pas réellement d’ambitions de transformation »

Porteur d’une politique « verte » dans sa ville de Grenoble, Eric Piolle, maire EELV à l’initiative de projets locaux ambitieux en matière d’environnement, regrette de voir le gouvernement « larguer les amarres » sur la question de la transition écologique.

Porteur d’une politique « verte » dans sa ville de Grenoble, Eric Piolle, maire EELV à l’initiative de projets locaux ambitieux en matière d’environnement, regrette de voir le gouvernement « larguer les amarres » sur la question de la transition écologique.

Quel regard portez-vous sur la démission de Nicolas Hulot? 

Il n’était pas entendu par ­Emmanuel Macron et Édouard Philippe, et a pris conscience qu’il faisait partie d’un gouvernement qui ne se saisit pas ­véritablement du sujet de la transition ­écologique et ne comprend pas la transversalité des enjeux. Nicolas Hulot a donc estimé qu’il devait continuer son action ailleurs. Je crois qu’il a pris sa décision en son âme et conscience.

Ce choix vous déçoit-il?

Non. Je discutais souvent avec lui et le soutenais dans ses combats. La façon dont il est parti a eu l’effet d’un électrochoc à la fois dans les sphères écologiques et au-delà. Je crois que cela est dû à son talent et à sa crédibilité sur ces ­questions. Nicolas Hulot souhaitait mettre la France sur les rails de la transition écologique de façon irréversible, mais a réalisé que ce n’était pas possible au sein de ce gouvernement.

François de Rugy est-il l’homme de la situation ?

Il est engagé sur les questions écologiques depuis de nombreuses années. Je crois qu’il n’est dénué ni d’idées ni de convictions. Mais il s’inscrit dans une logique de satellite du pouvoir. Il est proche ­d’Emmanuel Macron, dont la ligne est ouvertement ultralibérale sécuritaire. Je crois que François de Rugy n’a pas ­réellement d’ambitions de transformation. J’espère toutefois qu’il fera ­avancer certains dossiers et je serai, comme d’autres élus, à ses côtés pour le soutenir.

En quoi la ligne actuelle du gouvernement n’est-elle pas adéquate pour répondre aux enjeux en matière écologique?

Nous ne sommes pas dans une véritable logique de transformation au niveau national. Un grand nombre de sujets sont aujourd’hui cruciaux – comme la politique agricole commune –, mais on préfère se concentrer sur la suppression des logements aidés, ou de la taxe d’habitation. C’est pour moi un choix cynique; celui d’une majorité qui, sur la question de la transition écologique, a ­­largué les amarres.

L’écologie politique doit, selon vous « changer de posture…

Effectivement. Nous ne devons plus nous considérer comme des lanceurs d’alerte mais comme des protagonistes ­responsables de la mise en actes de cette transition. Il nous faut impérativement sortir de la position de contre-pouvoir pour assumer nos ­ambitions. La logique des « petits pas » n’est plus à la hauteur des défis auxquels nous devons désormais faire face.

Quelles sont les priorités?

Le plus important à mon sens, c’est la cohérence et la transversalité du ­projet politique. Dans tous les domaines, nous devons protéger et chérir les biens communs, le vivant. Nous le faisons à 
Grenoble. Comme nous avons par ailleurs constaté que la société civile est en avance dans plusieurs secteurs, nous devons articuler des relations avec elle pour aller plus vite et construire un nouveau modèle de société pour demain.

La politique grenobloise est aujourd’hui reconnue sur les questions écologiques. Quelles mesures concrètes avez-vous mises en œuvre?

Je pourrais vous citer plusieurs exemples, comme la suppression de la publicité dans les espaces publics. Nous luttons bien sûr contre la pollution et avons pour cela mis en œuvre plusieurs projets précurseurs, comme le plan de développement du vélo. 15 % des trajets entre habitation et lieu de travail se font dorénavant grâce à ce moyen de transport. Et nous savons que la marge de progression est grande, surtout si l’on compare ce chiffre à celui d’autres pays du nord de l’Europe. Par ailleurs, l’électricité fournie aux Grenoblois ne sera plus ni fossile ni nucléaire à partir de 2020. Nous aidons également les ­artisans, défendons la liberté d’expression, luttons contre la discrimination dans les lieux publics. Nous mettons en œuvre des politiques cohérentes dans l’ensemble. Cela nécessite de la transversalité, car la transformation écologique et solidaire doit intervenir dans tous les domaines.

Les solutions pour la transition écologique viendront-elles des collectivités locales?

Il est vrai que, dans les territoires, nous ne nous contentons pas de participer à ­l’élaboration de lois ou de réglementations, mais nous mettons véritablement en acte et touchons directement du doigt les projets et leurs impacts sur les citoyens. Beaucoup d’initiatives voient le jour et je pense qu’une majorité ­culturelle, consciente de l’importance de cette ­transition écologique, existe. Nous devons désormais la transformer en majorité politique au niveau national. J’espère, par exemple, que le gouvernement acceptera de lancer une première voie d’autoroute dédiée au covoiturage en France.

EELV peine à tirer son épingle du jeu dans l’échiquier politique. Comment le parti pourra-t-il exister dans les prochains mois, notamment en vue des élections européennes? 

L’ambition d’EELV ne se limite pas à avoir cinq ou six députés européens, car cela ne changera rien au fond. Nous devons porter la transformation et mener une politique qui mettra en acte un projet permettant à chacun d’avoir une place dans la société, d’être accompagné en cas de difficulté. C’est le sens de mon engagement. Je ne me place pas dans une logique partisane. Nous avons d’ailleurs, à Grenoble, construit une majorité avec des élus du Front de gauche et des socialistes, unis autour d’un projet commun.

Capucine Coquand

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