Éric Lombard (Caisse des dépôts) : "Il est possible de faire de l’industrie efficace et compétitive en France"

Dans le cadre du plan de relance, la Caisse des dépôts investira 26 milliards d’euros en fonds propres. Son directeur général, Éric Lombard, qui préside également Bpifrance, filiale à 50 % de la CDC et de l’État, présente les domaines auxquels les sommes sont destinées.

Dans le cadre du plan de relance, la Caisse des dépôts investira 26 milliards d’euros en fonds propres. Son directeur général, Éric Lombard, qui préside également Bpifrance, filiale à 50 % de la CDC et de l’État, présente les domaines auxquels les sommes sont destinées.

Décideurs. Quelle place la Caisse des dépôts tient-elle dans le plan de relance ?

Éric Lombard. La France se caractérise par une économie mixte plus poussée que dans d’autres pays. C’est une force. La CDC en est un des acteurs importants. En période de crise, des acteurs comme la CDC peuvent prendre un peu plus de risques. D’où notre place particulière dans la relance. Rappelons que le plan s’appuie sur trois piliers constitués par l’Union européenne, l’État et la CDC, qui engage 26 milliards de fonds propres. Ce montant sera augmenté dans les cinq prochaines années de 70 milliards de prêts issus de l’épargne des Français, notamment du Livret A.

Les financements mis en œuvre par la CDC sont mobilisés sur quatre axes : la transition énergétique et écologique, le logement, la cohésion sociale et les entreprises.  Le soutien aux entreprises relève de notre filiale commune avec l’État, Bpifrance, hormis celles de l’économie mixte.

Comment seront répartis ces 26 milliards d’euros de fonds propres ?

Du fait de l’urgence climatique, la transition énergétique et écologique constitue le premier axe avec 6,3 milliards d’euros. Au total, 40 milliards d’euros de financements seront déployés d’ici 2024 dans le cadre du mandat de banque du climat que nous partageons avec Bpifrance. Le deuxième sujet relève du logement, notamment au travers du plan de construction de 40 000 logements de CDC Habitat, qui dispose de 11,1 milliards d’euros.

Les entreprises bénéficieront de 8,3 milliards d’euros. Bpifrance se dote par ailleurs de moyens accrus à travers une réorganisation de sa structure de tête et la création du fonds Lac 1. La Caisse investit également en actions dans le cadre de son activité de gestion d’actifs, qui gère des volumes importants de liquidités de fonds d’épargne. Nos participations stratégiques, comme la Compagnie des Alpes ou Transdev, que nous soutenons, participent également à l’action. Le plan tourisme, géré conjointement avec Bpifrance est également important, car il y a urgence.

Enfin, en tant qu’acteur historique de la gestion des retraites, nous n’oublions pas l’action sociale, de la formation au handicap en passant par la dépendance, à laquelle nous dédions 500 millions d’euros.

"Les entreprises bénéficieront de 8,3 milliards d’euros"

Comment votre soutien aux entreprises s’articule-t-il ?

La nouveauté réside dans la mobilisation de 10 milliards d’euros de fonds de tiers. Le fonds Lac 1 dispose aujourd’hui de 4,2 milliards dédiés à l’accompagnement de long terme des multinationales françaises cotées. Le fonds vient de réaliser son premier investissement dans le champion français de la chimie, Arkema. La CDC participe également aux fonds Nov, qui ont levé près de 2 milliards d’euros auprès des assureurs français, en vue de renforcer le bilan d’entreprises dans les secteurs de la santé et du tourisme.

En ce qui concerne la transition énergétique et écologique, nous contribuons à des initiatives de place qui mobiliseront aussi des capitaux privés. Ainsi, 600 millions d’euros serviront à financer le développement durable, avec l’objectif d’atteindre les ambitions du Club de Paris, au travers du fonds Ambition Climat.

Du point de vue sectoriel, le plan tourisme mobilise 1,3 milliard d’euros à travers une série de fonds, régionaux ou nationaux, dédiés aux acteurs du tourisme. La Caisse, qui gère le fonds Tourisme Social Investissement, investira 26 millions dans un véhicule géré par Montefiore. Par ailleurs, l’enveloppe de Bpifrance pour les prêts tourisme a été augmentée et compte désormais 1 milliard d’euros.

Dans cette période, vos participations sont-elles solides ou sont-elles appelées à évoluer ?

Nous les soutenons évidemment. Cela fait partie de notre rôle d’actionnaire responsable. La Compagnie des Alpes dispose des moyens de traverser cette crise. Elle injectera 300 millions d’euros dans le Futuroscope – 200 millions pour la rénovation du parc historique et 100 millions pour la création d’un deuxième parc.

Pour des acteurs qui cherchent un partenaire industriel, la Compagnie des Alpes peut jouer ce rôle. S’agissant d’Icade, même si le secteur est touché par la crise, ses immeubles sont de qualité et cette grande foncière a les moyens de faire face.

"Le plan tourisme mobilise 1,3 milliard d’euros"

Ciblez-vous des zones géographiques en particulier ?

La répartition des fonds n’est pas arrêtée par région. Sur le principe, cela consiste à pourvoir les zones en difficulté pour atteindre l’équité avec les autres, en s’appuyant sur les initiatives des acteurs locaux. En revanche, nous pouvons avoir un rôle moteur dans certains domaines, comme le logement. Sur nos 40 000 Vefa [Vente en l'état futur d'achèvement, Ndlr], 5 000 sortiront de terre en outre-mer. À titre d’exemple, nous allons investir fortement dans la Vienne, dans le projet cœur de ville de Châtellerault ainsi que dans un centre flotto-voltaïque – des panneaux solaires sur des étangs. Il n’y a pas, a priori, de fléchage des fonds du plan de relance. Nous disposons de suffisamment de ressources pour que les projets viables puissent être financés où qu’ils soient.

Comment la réindustrialisation s’intègre-t-elle au plan de relance ?

Les efforts d’aménagement du territoire ces trois dernières années sont importants, notamment avec les plans Cœurs de ville, Villes de demain et Territoires d’industrie. Ces projets sortiront renforcés par le plan de relance. À titre d’exemple, Chalon-sur-Saône mène la rénovation d’une friche Kodak où des entreprises sont en train de s’implanter. En ces temps difficiles, il faut que nous soyons encore plus engagés qu’auparavant. En cela, les fonds régionaux, montés avec les différentes régions de France, sont une très bonne échelle d’intervention.

La complexité du plan réside dans la multitude de formes et de canaux d’intervention. Le soutien précieux que nous pouvons apporter est de porter le foncier des entreprises industrielles. Pour Vallourec Umbilicals, nous avons acheté un terrain avec la commune de Venarey-Les-Laumes et la région Bourgogne- Franche-Comté pour construire une nouvelle usine. Il est possible de faire de l’industrie efficace et compétitive en France, car nous disposons de talents et de méthodes de production modernes.

"Nous disposons de suffisamment de ressources pour que les projets viables puissent être financés où qu’ils soient"

Attendez-vous un retour sur investissement du plan de relance ? Jusqu’où peut aller votre intervention dans les sociétés en portefeuille ?

Oui, nous attendons un retour sur investissement, car nous gérons des fonds qui nous sont confiés par les Français. Pour nos activités d’intérêt général, la règle est de dégager une rentabilité sur fonds propres de l’ordre de 4 %, ce qui correspond à l’inflation et à la croissance à long terme. Quant à nos activités concurrentielles, elles visent des standards de marché autour de 8 %. Notre rôle consiste à protéger les fonds de la CDC, en les faisant fructifier chaque année.

Pour nos investissements stratégiques, mettons en œuvre les bonnes pratiques. Quand nous sommes minoritaires, nous participons activement aux assemblées générales et notre politique de vote est déterminée. Nous avons un dialogue actionnarial très suivi avec les entreprises de notre portefeuille sur la base d’une grille de lecture exigeante. Ainsi, nous votons contre les rémunérations excessives des dirigeants, pour la dissociation de la présidence et de la direction générale, en faveur de la parité et jouons un rôle actif avec nos participations pour qu’elles s’engagent dans la lutte contre le réchauffement climatique. Si nous vendons une participation dans une entreprise, nous n’avons plus de levier pour la faire évoluer et elle continuera à être peu vertueuse, alors qu’avec un dialogue actionnarial exigeant et renforcé, nous incitons cette entreprise à accélérer sa transition !

Propos recueillis par Anne-Gabrielle Mangeret

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