Équipementiers télécoms : la guerre des trônes

Avec le déploiement de la 5G, la bataille pour la souveraineté s’est accentuée entre Européens, Américains et Chinois autour de Nokia,
Ericsson et Huawei. Mais, depuis quelque temps, d’autres acteurs émergent. De quoi rebattre les cartes ?

Avec le déploiement de la 5G, la bataille pour la souveraineté s’est accentuée entre Européens, Américains et Chinois autour de Nokia, Ericsson et Huawei. Mais, depuis quelque temps, d’autres acteurs émergent. De quoi rebattre les cartes ?

La concurrence était rude ? Elle s’intensifie. Voilà plusieurs années que le finlandais Nokia, le suédois Ericsson et le chinois Huawei contrôlent l’essentiel du marché des équipements de téléphonie mobile. De quoi donner des cheveux blancs aux Américains qui, avec le déploiement de la 5G, redoutent de ne posséder plus aucun acteur bien établi dans ce secteur où la souveraineté s’avère déterminante. Peur des écoutes de l’empire du Milieu, risque pour la sécurité nationale… Si le pays de l’Oncle Sam dispose d’une place de choix dans de nombreux secteurs stratégiques, sur l’équipement mobile, ce sont bien les Européens et les Chinois qui tirent leur épingle du jeu.

Les Américains en embuscade

C’est pourquoi les États-Unis lorgnent sur les champions du Vieux Continent et ne s’en cachent pas. En 2020, Bill Barr, alors ministre de la Justice, proposait lors d’un colloque que son pays "prenne le contrôle" d’Ericsson ou de Nokia "soit directement, soit à travers un consortium d’entreprises privées ou américaines et alliées.  [...] L’inquiétude principale par rapport [à ces deux acteurs], c’est qu’ils n’ont ni la taille de Huawei, ni le soutien d’un pays puissant avec un vaste marché comme la Chine." Plusieurs choses sont à retenir de cette intervention. D’abord, Huawei est en pole position en matière de 5G. Ensuite, l’Europe ne soutient pas ou n’est pas suffisamment forte pour soutenir ses pépites. Enfin, tous les moyens seraient bons pour ravir une technologie et lui donner une "échelle à l’américaine".

En 2020, le ministre américain de la Justice proposait que son pays "prenne le contrôle" d’Ericsson ou de Nokia

Sur le sujet du numérique et des technologies plus généralement, l’Europe sort pourtant de plus en plus les griffes. Surtout depuis l’arrivée de Thierry Breton, commissaire au marché intérieur et fervent défenseur d’une souveraineté économique et technologique. La France renforçait quant à elle en 2019 son arsenal législatif avec une loi sur la sécurité des réseaux. "Nous allons donner des autorisations pour plusieurs années pour des équipements à des opérateurs qui ont accès à trois ou quatre équipementiers. Il y a Nokia, Ericsson et Huawei qui sont aujourd’hui présents sur le marché français. Il y aura peut-être prochainement Samsung, qui semble s’intéresser à l’Europe", expliquait Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État lors d’un débat organisé par l’Institut Montaigne.

L'open ran, trouble-fête ?

À ce billard à plusieurs bandes vient se greffer une nouvelle donne : l’émergence d’acteurs alternatifs. Des équipementiers déploient du matériel sur le modèle Open RAN (réseau d’accès radio ouvert). Contrairement à ce que pratiquent les équipementiers classiques qui ne proposent pas de solutions interopérables, ces entreprises peuvent fonctionner en coalition et fournir, à plusieurs, des opérateurs. C’est le cas de Vodafone qui va équiper un certain nombre de ses sites au Royaume-Uni grâce à Dell, Nec, Samsung, Wind River, Capgemini Engineering et Keysight Technologies. Si Nokia et Ericsson adoptent peu à peu ces nouvelles solutions, un boulevard concurrentiel est en train de s’ouvrir. Quitte à rebattre les cartes ? L’Europe veille au grain mais le secteur connaîtra quoi qu’il en soit des bouleversements, avec des gagnants et des perdants.

Olivia Vignaud

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