Environnement de travail : SFL compare les attentes des salariés avant et après le premier confinement

Métamorphosé par la pandémie, le monde du travail se réinvente avec la mise en place massive du télétravail. De cette pratique découle un abandon partiel des bureaux, mais pour combien de temps ? SFL publie la 7e édition de son baromètre, renseignant sur l’avenir du bureau et le ressenti des salariés. Décryptage.

Métamorphosé par la pandémie, le monde du travail se réinvente avec la mise en place massive du télétravail. De cette pratique découle un abandon partiel des bureaux, mais pour combien de temps ? SFL publie la 7e édition de son baromètre, renseignant sur l’avenir du bureau et le ressenti des salariés. Décryptage.

Et de 7. SFL vient de publier la dernière mouture de son baromètre annuel "Paris Workplace" réalisé en partenariat avec l’Ifop. Une édition particulière au regard du contexte. Pas moins de 1 500 salariés de bureaux ont été interrogé sur leurs attentes "en matière d’environnement de travail", avant le premier confinement, et 1 500 autres salariés, après. Abordant les questions des impacts du télétravail sur le moral des salariés, confrontant le rôle ancestral de l’entreprise comme lieu de présence et d’interactions sociales aux revendications de flexibilité et de tolérance des salariés, l’étude délivre un rapport complet et tente de dessiner des courbes tendancielles, décrivant au mieux l’avenir de l’immobilier d’entreprise en parallèle de celui de la pratique du télétravail.

Une envie soudaine de télétravail ?

La généralisation du télétravail durant les deux confinements a amené SFL à se demander si les Français avaient vu leurs exigences évoluer dans le domaine. En septembre 2020, 86 % des salariés interrogés expliquaient ainsi vouloir faire, idéalement, un jour de télétravail par semaine. Par ailleurs, 43 % d’entre eux estimaient que les entreprises pourraient se passer de bureaux dans un avenir proche. Toute la question est de savoir si ces réponses, très orientées en faveur d’une activité professionnelle en distanciel, forment une tendance nouvelle, influencée par les confinements. En réalité, cette envie existait déjà chez les salariés avant même les annonces de restriction des déplacements. En février, 87 % des 1 500 salariés interrogés souhaitaient pratiquer le télétravail au moins un jour par semaine, et 42 % anticipaient le déclin des bureaux dans un avenir proche. La principale nuance, chez les personnes interrogées, c’est en fait le nombre idéal de journées télétravaillées, qui passe d’en moyenne 1,5 à 2,1 jours pas semaines.

"Il faudra réhabiliter le travail en présentiel en majeur, parce que c’est aussi en travaillant ensemble qu’on fait de belles choses"

Un attachement aux bureaux qui reste solide

Si une proportion non négligeable du panel interrogé a signifié son souhait d’accéder au télétravail, peu sont ceux à vouloir basculer intégralement dans une activité en distanciel. Ainsi, seuls 8 % des salariés souhaitent faire du télétravail leur rythme professionnel par défaut, alors même que 63 % souhaitent travailler la majorité de leur temps au bureau. Toutefois, les souhaits et envies exprimées par les salariés diffèrent curieusement de leurs pronostics quant à l’avenir des bureaux. Les trois-quarts affirment que "dans peu de temps les salariés travailleront davantage en télétravail qu’au bureau", tout en étant moins de la moitié à juger cette situation souhaitable pour le futur. Mercedes Erra, fondatrice de BETC, défend l’importance de travailler ensemble : "lorsque vous n’êtes pas là physiquement, pour des créatifs par exemple, ce n’est pas pareil. Parce qu’on a besoin de travailler en binôme et en équipe, de réfléchir ensemble. Demain, je ne pense pas que le nouvel équilibre sera "deux jours à la campagne, et deux jours au bureau". Ce "nouveau monde" va être compliqué à créer car il sous-entend une proximité entre lieux de résidence et bureaux. Il faudra réhabiliter le travail en présentiel en majeur, parce que c’est aussi en travaillant ensemble qu’on fait de belles choses". La SFL en vient à la conclusion que les confinements n’ont pas radicalement fait évoluer la vision des employés sur l’organisation structurelle de l’activité professionnelle, tant géographiquement que temporellement. En revanche, l’étude indique que la crise sanitaire a agi comme un révélateur des tendances lourdes à l’œuvre depuis des années.

Le bureau, créateur de liens sociaux

En point d’orgue de l’étude statistique, les réponses des salariés ont confirmé des tendances observées depuis maintenant quelques temps : le bureau n’est plus seulement considéré comme lieu de performance professionnelle, mais aussi comme créateur de liens sociaux. Avant le confinement, les salariés viennent au bureau d’abord pour "la vie sociale avec leurs collègues" à 47 %, après le confinement à 55 %. Ce constat est d’autant plus vrai pour les jeunes : 55 % des 25 – 30 ans estiment que leurs collègues sont également leurs amis, contre 29 % des plus de 50 ans. Enfin, malgré la prolifération des méthodes de communication alternatives pendant ces périodes de confinement (Zoom, BBB, Teams…), la majorité des interrogés préfèrent converser avec leurs collègues de vive voix (83 %). Aude Grant, directrice générale adjointe ssset management et investissements explique que "d’un point de vue sanitaire, réduire l’accessibilité aux bureaux s’entend évidemment, mais une fois la crise passée, quel sera le prix à payer ? L’immobilier d’entreprise, c’est l’endroit où se créé le lien qui nourrit l’engagement des salariés dont leur performance découle. Une entreprise, aussi, doit retrouver ses racines. L’immobilier, c’est cet endroit "incarné" qui permet de "faire le plein" d’échanges transversaux, de management, de leadership".

"24 % des télétravailleurs réguliers avouent qu’il leur arrive d’avoir peur d’être licenciés"

Ce rôle fédérateur et rassurant qu’endosse de plus en plus fréquemment le bureau, contraste fortement avec la pratique du télétravail, aux vertus isolatrices. Plus de la moitié (60 %) des télétravailleurs réguliers se sentent isolés de leur entreprise, quasiment tous les jours de la semaine. A cette situation inconfortable se rajoute d’autres formes de stress, alimentées par la distance, les conditions économiques difficiles et le manque de communication. De fait, 24 % des télétravailleurs réguliers avouent qu’il leur arrive d’avoir peur d’être licenciés, c’est moitié plus que ceux qui télétravaillent rarement ou jamais (15 %). D’ailleurs, l’activité professionnelle à distance fragilise et détériore la qualité des relations entre salariés. Plus le nombre de jours télétravaillés par semaine est conséquent, moins la note attribuée par les employés à leurs relations professionnelles est bonne, passant de 7,44 sur 10, avec moins d’un jour de télétravail par semaine, à 6,83 sur 10 pour une activité tous les jours ou presque en télétravail.

Une nouvelle géographie du travail

Pour finir, le baromètre met en lumière une nouvelle organisation géographique du travail. Les distances entre lieux de domiciliation et de travail ont tendance à se raccourcir. Pour 44 % des 25-30 ans, le quartier a été important dans le choix de rejoindre leur entreprise, contre 29 % chez les 50 ans et plus. Les jeunes souhaitent travailler près de chez eux, et admettent être réticents à passer un temps important dans les transports. Les jeunes se déclarent même capables de sacrifier une partie de leur rémunération pour, en contrepartie, travailler plus près de chez eux, un phénomène bien moins observable chez les plus âgés. Ainsi, une majorité de jeunes (59 %) seraient même prêts à baisser leur rémunération pour pouvoir travailler plus près de chez eux. Il apparaît donc que le bureau est très loin de disparaître. En effet, si les confinements ont participé à développer une plus grande flexibilité dans la pratique du travail, tant géographiquement que dans les horaires, l’entreprise comme lieu de rencontre et de sociabilisation semble rester un incontournable.

 

Thomas Gutperle

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