Entretien avec Tristan Savin, rédacteur en chef, Long Cours

« Face à la pression d’Internet, un business model de presse ne peut plus reposer sur la publicité. »

« Face à la pression d’Internet, un business model de presse ne peut plus reposer sur la publicité. »

Décideurs. Comment avez-vous été amené ? créer la revue Long Cours en août dernier ? Pourquoi avoir choisi le modèle du mook ?
Tristan Savin.
Le groupe Express-Roularta réfléchissait à de nouveaux supports de presse qui s’éloignent du schéma traditionnel. Depuis trois ans, il pensait à créer un mook [contraction entre « magazine » et « book », revue trimestrielle], traitant de sujets de société. Mais la multiplication des mooks sur ce thème l’a convaincu de se distinguer et le thème de l’évasion et du voyage a finalement été retenu. C’est à ce moment qu’il a fait appel à moi, puisque j’avais une expérience du voyage et des contacts dans le monde littéraire, tandis que j’évoluais au sein du groupe L’Express depuis quelques années. Quant aux mooks, ils permettent d’intégrer deux niveaux de diffusion (kiosque et librairie).

Décideurs. Comment la rédaction de Long Cours s’organise-t-elle ?
T. S. La revue fonctionne en fait comme un laboratoire : elle n’a pas d’équipe de rédaction fixe, tout au plus une équipe de pigistes. C’est également à la fois une revue de presse et d’édition.

Décideurs. Etes-vous plus proche du style photojournalisme ou du style romanesque et littéraire ?
T. S. Nous sommes une revue hybride qui s’intéresse à plusieurs modes d’expression : récits graphiques, récits littéraires, illustrations, reportages, photoreportages… L’important est de parvenir à un bon équilibre entre textes et illustrations. Les lecteurs et les libraires semblent apprécier notre dosage, ce qui nous conforte dans les choix que nous avons faits jusqu’à maintenant.

Décideurs. La presse française traverse actuellement une crise importante. Comment se positionne Long Cours dans cet environnement hostile ?
T. S. Long Cours se situe quelque peu en dehors de tous ces problèmes, notamment parce que nous n’avons pas recours à la publicité. La revue coûte quinze euros mais les lecteurs sont familiers avec l’idée que ce prix se justifie quand on cherche une information haut de gamme. Ils sont souvent déçus par les médias traditionnels, qui n’ont plus le temps de prendre de recul. Les lecteurs apprécient que des journaux prennent le temps nécessaire pour produire des enquêtes et mener de vrais reportages qui ont aussi un coût.

Décideurs. Avez-vous un parti pris contre la publicité ?
T. S. Pas du tout ! Il a simplement été prouvé que face à la pression d’Internet, on ne pouvait plus compter sur un business model reposant sur la publicité. Les revenus continuent de s’effondrer tandis que les jeunes n’achètent plus de journaux et peuvent consulter à loisir les sites online des grands médias. Le problème, c’est que sur le Web la plupart des sites se reprennent les uns les autres sans vérifier l’information. Cependant, XXI a montré que les jeunes peuvent s’intéresser à des articles de fond, pour peu qu’ils apportent quelque chose que ne permet pas le Net. Le choix de ne pas faire appel à la publicité vient tout simplement du fait que personne ne trouverait normal que des revues contenant de la publicité soient vendues en librairie.

Décideurs. Le nombre de mooks a décollé en France depuis quelques années. Que vous inspire la réussite de ce modèle ?
T. S. Il y a incontestablement un effet de mode autour des mooks en ce moment, mais les succès de certains d’entre eux me semblent durables. Ils ont déjà trouvé leur place et leur public. Express-Roularta considère tout à fait ces nouveaux supports comme un avenir possible de la presse : ils permettent de revenir au métier de base des journalistes en faisant de l’investigation et du reportage.

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