Entretien avec Hubert Preschez, responsable M&A France, SG CIB

Le contexte macroéconomique est plutôt favorable à l’émergence de belles opportunités d’opérations de M&A

Le contexte macroéconomique est plutôt favorable à l’émergence de belles opportunités d’opérations de M&A

Décideurs. Malgré un début d’année encourageant, la tempête aoûtienne des marchés financiers pourrait être lourde de conséquences pour le marché du M&A. Quel est votre avis sur la question ?
Hubert Preschez.
Paradoxalement, mon point de vue a changé. Au début du moins d’août, j’étais assez sceptique sur la profondeur de la reprise. Le problème de la dette grecque et l’incidence de cette dernière sur le financement bancaire en particulier laissaient présager une certaine tension sur l’activité de M&A. Je considère aujourd’hui au contraire que le contexte macroéconomique est plutôt favorable à l’émergence de belles opportunités d’opérations. L’accès au capital se polarise en ce qui concerne les clients, les grands groupes avec des bilans solides étant plus enclins à l’acquisition de sociétés en difficulté. Certaines sociétés de plus petites tailles ne sont pas épargnées par la volatilité de la Bourse, ce qui crée des opportunités pour des opérations de fusion-acquisition. Du côté des corporates, on observe une volonté de rationaliser les portefeuilles, ce qui alimente mécaniquement le marché du M&A. Par ailleurs, la conjoncture est aujourd’hui plus favorable qu’en 2008 à la reprise du M&A. De fait, les grands groupes ont en général de la trésorerie et il y a peu de croissance organique. Quant aux fonds, il est difficile de savoir s’ils sauront saisir ces opportunités. Malgré un accès bien plus restreint à la dette, un grand nombre d’entre eux ont encore des sommes importantes à investir en equity. Il est probable que certains d’entre eux profitent d’un mouvement de consolidation réalisant des transactions, même avec des leviers très bas.
Je ne dis pas que tout est rose, mais tout n’est pas noir ! En ce qui concerne la Société générale, nous n’avons pas ressenti de fort ralentissement dans notre activité de M&A, et notre deal flow de nouveaux mandats reste assez important.


Décideurs. Les corporates seront-ils plus présents que les fonds d’investissement sur les opérations de M&A ?
H. P.
Le premier semestre est assez révélateur d’un marché M&A équilibré, où les acquéreurs stratégiques comme les fonds ont été très actifs. Il n’y a pas eu de prédominance, ni des fonds ni des corporates. Ces derniers ont été présents dans des deals comme Yoplait ou Converteam par exemple, et les fonds se sont positionnés sur des opérations comme Spie. Sur les sorties, certaines entreprises ont d’ailleurs été vendues assez naturellement par des fonds à des groupes industriels. Je considère que cet équilibre est représentatif d’un marché sain. La deuxième partie de l’année a montré clairement un avantage pour les corporates.


Décideurs. On constate aujourd’hui que les processus de transaction sont plus longs. Est-ce que votre métier a changé depuis la crise financière de 2008 ?
H. P.
Effectivement, les processus ne sont plus balisés et ce constat s’est particulièrement vérifié cette année. Dans un environnement macroéconomique plus volatil, il y a des périodes de glaciation et il est normal de vouloir profiter de certaines opportunités en accélérant parfois les processus. C’était le cas quand nous avons conseillé PAI et Sodiaal dans la vente de 50 % de Yoplait à General Mills. Le calendrier d’une transaction n’est plus fixé et figé comme avant, et les process sont moins standardisés. Cela nous oblige donc à être plus créatifs dans notre approche.


Décideurs. Quelle incidence le poids des pays émergents, cibles ou prédateurs, a-t-il sur votre positionnement stratégique ?
H. P.
Il ne faut pas surévaluer le poids des groupes de pays émergents dans l’activité cross-border des M&A. Un grand nombre d’entre eux restent sur leur zone en forte croissance, à part dans certains secteurs comme l’énergie ou les matières premières. En revanche, certains fonds souverains des pays émergents ou du Proche-Orient ont beaucoup d’argent à investir dans nos économies plus matures, il y a donc des mandats à prendre. Stratégiquement, la Société générale se positionne comme une banque anglo-saxonne avec un réseau international fort. Il est toujours important de démontrer à l’acheteur notre capacité à détecter des cibles partout dans le monde, mais les acquisitions dans les pays émergents sont généralement des opérations de taille moyenne.

* Entretien réalisé le 13 octobre 2011

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