Entretien avec Didier Saint-Georges, Carmignac Gestion

« Nos analystes peuvent être amenés à analyser une société comme Google en la comparant avec Baidu »

« Nos analystes peuvent être amenés à analyser une société comme Google en la comparant avec Baidu »

Décideurs. Doit-on craindre un essoufflement durable de l’économie de certains pays émergents ?

Didier Saint-Georges. Je pense qu’aujourd’hui il ne faut pas considérer les pays émergents comme un bloc homogène. La situation économique ou politique varie largement d’un pays à un autre. Certains d’entre eux disposent d’un potentiel de réformes qui est très attractif pour les investisseurs. En Chine par exemple, un plan décennal a été dévoilé en novembre qui nous laisse présager de belles perspectives. Au Mexique, l’élection de Enrique Peña Nieto l’année passée est aussi un signe d’assainissement car il a entrepris de grandes réformes, notamment dans le domaine énergétique. D’autres pays à l’inverse déçoivent particulièrement. C’est le cas du Brésil, les premiers sondages indiquant une réélection de Dilma Rousseff, alors qu’elle n’a pas mis en place les réformes attendues, notamment pour redresser la dérive budgétaire.

Décideurs. Les récents propos tenus par le FMI, à propos d’une éventuelle crise des devises émergentes, ne doivent-ils pas inciter à la prudence ?

D. S.-G. Encore une fois la situation est disparate. Plusieurs pays disposent d’une balance courante. Ils n’ont pas besoin de financements extérieurs et les pressions sur leurs devises sont moindres. À l’inverse, les pays présentant un fort taux d’endettement comme le Brésil, la Turquie ou l’Afrique du Sud avec une situation économique plus instable, appellent à plus de prudence car les flux étrangers tendent à se raréfier, affectant très largement le taux de change de leur monnaie. Chez Carmignac Gestion, nous couvrons aujourd’hui le risque de change sur le real brésilien, la livre turque ou le rand sud-africain.

Décideurs. Quel est selon-vous le prochain défi que les pays émergents devront affronter ?

D. S.-G. Aujourd’hui, nous pensons que le prochain défi des pays émergents est en miroir de ce qui se passe en Europe et aux États-Unis. Quand nos pays doivent repenser leur économie en se désendettant et en étant moins dépendants des importations à bas coûts en provenance des pays émergents, ceux-ci doivent dorénavant transformer leur modèle de croissance en axant beaucoup plus sur la consommation intérieure. Le revenu par habitant est toujours largement inférieur à celui des pays développés : 10 000 dollars/habitant en Chine contre plus de 50 000 dollars/habitants aux États-Unis. Une homogénéisation des modes de consommation n’est donc qu’un horizon à long terme.

Décideurs. Les actions émergentes disposent-elles encore d’un potentiel de hausse important ?

D. S.-G. Depuis quelques années, les places boursières émergentes sous-performent les indices européens ou US. Certaines valorisations sont donc particulièrement attrayantes. Cependant, nous insistons particulièrement sur la réactivité et la flexibilité qui doit être inhérente à toute gestion. Malgré une tendance à long terme visant à une amélioration de ses fondamentaux, les places émergentes restent soumises aux soubresauts de l’occident créant une forte volatilité, comme cet été. La reprise de la croissance, aux États-Unis dans un premier temps puis en Europe, offre de belles opportunités pour ces pays car elle favorise la reprise des exportations.

Décideurs. Comment choisir les places boursières dans lesquelles investir ?
D. S.-G. De nos jours, un gérant doit être agnostique. Les belles opportunités existent sur les places émergentes mais elles doivent être comparées aux alternatives que sont les entreprises locales cotées à l’étranger ou encore les entreprises occidentales dont le modèle de développement est tourné vers les pays émergents. Nos analystes sectoriels ont donc une vision globale de leur marché et peuvent être amenés à analyser une société comme Google en la comparant avec Baidu (son concurrent chinois).

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