Quel avenir pour les CFA d'entreprises ?

Innovation de la loi "Avenir professionnel", la possibilité pour les entreprises de créer leur propre centre de formation des apprentis (CFA) a reçu un accueil très positif de la part des grands groupes dont certains sont venus partager leur expérience au ministère du Travail à l’occasion de la remise d’un guide destiné à accompagner les entreprises dans cette démarche.

Innovation de la loi "Avenir professionnel", la possibilité pour les entreprises de créer leur propre centre de formation des apprentis (CFA) a reçu un accueil très positif de la part des grands groupes dont certains sont venus partager leur expérience au ministère du Travail à l’occasion de la remise d’un guide destiné à accompagner les entreprises dans cette démarche.

Avec le guide "Créer son CFA d’entreprise", la Fondation Innovations Pour les Apprentissages (FIPA) souhaite proposer un véritable mode d’emploi. Fondée en octobre 2016 et présidée par Jean-Bernard Levy, la FIPA réunit 17 grands groupes qui représentent à eux-seuls 27 000 alternants au risque de faire main basse sur l’apprentissage. Les quatre chapitres doivent permettre aux DRH et autres directeurs de la formation d’évaluer la pertinence de leur projet pédagogique, de comprendre le nouveau cadre juridique et d’articuler ce type de structure de formation au business model. En somme de devenir, pour reprendre les derniers mots de Muriel Pénicaud, "les entrepreneurs de l’apprentissage".  Pour Yann Bouvier, coordinateur des actions de la fondation, et ancien directeur du CFA d’EDF dédié aux métiers de l’énergie, le bénéfice du dispositif est net, surtout pour "une entreprise ayant une problématique de recrutement, de surcroît sur des métiers en tension ou émergeants, ou un besoin fort de reskilling de ses collaborateurs".

 "Ne rien lâcher"

 En permettant aux CFA de "développer rapidement et sans limite administrative les formations correspondant aux besoins en compétences des entreprises", la loi du 5 septembre 2018 "a initié une révolution de l’apprentissage", assurait Muriel Pénicaud, qui fait, on le sait, de cette réforme l’un des éléments saillants de son bilan au ministère du travail. En effet, les entreprises se sont pleinement emparées de la réforme. Plus de 500 déclarations d’intention de création de CFA ont été formulées. 120 centres existent déjà ou sont en passe de sortir de terre. Rue de Grenelle, l’ancienne DRH a cependant fait part de son inquiétude de voir le "boom de l’apprentissage" fléchir du fait du contexte actuel. L’aide élargie à l’embauche d’apprentis, annoncée début juin, vise précisément à s’assurer de "ne pas baisser la garde sur l’apprentissage", Muriel Pénicaud estimant "intolérable de sacrifier une génération".

 Olivier Hérout, DRH adjoint chez Engie, approuve. "L’alternance, expose-t-il, a été le seul poste actif de recrutement pendant la période". Chaque année, et ce indépendamment de la conjoncture économique, le fournisseur d’énergie fait face au même défi : comment pourvoir quelques 2000 emplois ? La création d’un CFA hors-les-murs s’est imposée comme la solution idéale pour "constituer son propre vivier". À partir de novembre prochain, quatre promotions d’une douzaine d’apprentis seront donc accueillies sur les bancs de la Engie Academy.

Héberger en interne un CFA offre aux entreprises la possibilité de disposer de formations sur-mesure qui répondent non seulement à leurs besoins en termes de contenu ou de calendrier mais aussi à l’évolution des métiers et des compétences.  Ainsi, avec l’ouverture de son CFA prévue pour octobre, Saint Gobain envisage "de se diriger vers l’usine 4.0". Régis Blugeon, le directeur des affaires sociales groupe et DRH France, souligne la nécessité d’"investir dans le capital humain".

Intérêt stratégique, intérêt RH, intérêt financier, le CFA se présente également comme un "outil global de développement des compétences dans l’entreprise". Mais, logé en interne, sur le site historique de l’entreprise, il prend une toute autre dimension. Jean-Baptiste Vallée, directeur du développement RH du groupe Lactalis, explique qu’il peut "incarner à lui-seul la culture de l’entreprise, son histoire, ses valeurs" et donc, in fine, "les transmettre" aux jeunes apprentis.

En bonne intelligence

Le géant laitier ne se positionne pas en concurrent des CFA et continuera, promet, Jean-Baptiste Vallée, "de les soutenir". Complémentaire, son propre CFA a vocation "à assurer la pérennité de [ses] savoir-faire". Chez Orange non plus, il n’est pas question de "désengagement ni de retrait" assure Élisabeth Fonteix, la directrice de la formation et du développement des compétences. "Les CFA demeurent des partenaires sur le terrain" tout comme le CNAM avec lequel l’opérateur téléphonique a choisi de travailler pour son CFA hors-les-murs destiné aux métiers du cloud et de la cybersécurité.  

Sur le sujet de l’apprentissage, les entreprises ont surtout compris l’importance de travailler en bonne intelligence les unes avec les autres. Les CFA inter-entreprises commencent à voir le jour. Et l’enjeu des mois et des années à venir consistera à ouvrir les voies de l’apprentissage aux plus petites entreprises. La FIPA travaille en ce sens sur des parcours d’alternance partagée. Le guide, remis hier, représente un autre moyen de faciliter l’intégration des TPE-PME dans l’écosystème de l’apprentissage.

Marianne Fougère

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