LR prépare déjà l'après Pécresse

Les uns rejoignent Éric Zemmour, les autres Emmanuel Macron… Au milieu, il y a ceux qui choisissent de rester fidèles à Valérie Pécresse. Et tentent, tant bien que mal, de contenir des troupes qui s’interrogent sur l’avenir du parti, en cas de défaite de leur candidate.

Les uns rejoignent Éric Zemmour, les autres Emmanuel Macron… Au milieu, il y a ceux qui choisissent de rester fidèles à Valérie Pécresse. Et tentent, tant bien que mal, de contenir des troupes qui s’interrogent sur l’avenir du parti, en cas de défaite de leur candidate.

Should I stay or should I go ? Dans les rangs des élus Les Républicains, les désertions s’accumulent, l’unité s’étiole, le clash se profile. Il y a ceux (rares) qui se laissent tenter par les propositions d’Éric Zemmour et ceux (plus nombreux) qui cèdent aux sirènes de la macronie. Ceux qui tentent d’affirmer leur soutien à Valérie Pécresse, eux, sont à la peine. Le député LR d’Eure-et-Loir Olivier Marleix a bien tenté de publier une tribune dans les pages du Figaro, mercredi 30 mars. Une initiative jugée maladroite par les autres députés du parti : certains lui ont reproché d’être trop sévère vis-à-vis d’Emmanuel Macron, et pas assez à l’égard des deux candidats d’extrême droite, Marine Le Pen et Éric Zemmour. D’autres y ont vu un texte qui reconnaissait à l’avance la défaite de Valérie Pécresse – sans doute pas la meilleure idée de la campagne.

Zemmour, peu de monde au casting

L’étape qui a décidé certains transfuges ? Peut-être celle du congrès Les Républicains organisé en décembre pour désigner le champion de la droite. Le premier tour avait relégué le favori Xavier Bertrand à la quatrième place et débouché sur un duel final entre Éric Ciotti et Valérie Pécresse. Un peu plus à droite sur l’échiquier, un autre candidat s’était réjoui de ce rebondissement : “Heureux, cher Éric, de voir nos idées si largement partagées par les militants LR. Le RPR n’est pas mort”, tweetait Éric Zemmour. En quelques mots, le candidat a déballé sa stratégie : rassembler les droites, toucher la corde sensible des nostalgiques du RPR et de ceux qui jugent la politique de Valérie Pécresse trop proche de celle d’Emmanuel Macron. Elle a peu fonctionné.

Seules quelques personnalités de droite, essentiellement conservatrices, voire disparues des radars politiques depuis quelques années, se sont laissé convaincre. Il y a eu Guillaume Peltier, député LR du Loir-et-Cher et ancien numéro 2 du parti, devenu porte-parole de Reconquête! par manque de confiance en Valérie Pécresse – un ralliement qualifié de “lourde faute” par Éric Ciotti. Mais aussi Laurence Trochu, du Mouvement conservateur, petit parti associé aux Républicains et version politique de La Manif pour tous (LMPT), qui voit en Éric Zemmour le candidat “de l’amour de la France” ; Jean-Frédéric Poisson, qui fut maire UMP de Rambouillet, député des Yvelines, et candidat à l’investiture LR de 2016 et Christine Boutin, passée par le gouvernement Sarkozy, figure de LMPT.

Selon Éric Ciotti, les déserteurs seraient "un ramassis d’aigris, de ratés et de losers. Ça ne fait pas une victoire”

En marche… vers Macron

Un autre candidat a, lui, plus de succès au sein des rangs LR. Éric Woerth, Christian Estrosi, Renaud Muselier, Natacha Bouchart, Nora Berra, Martine Vassal… Tous ont choisi de rejoindre Emmanuel Macron. Rallier le président-candidat présente plusieurs avantages : ne pas passer pour un traître au sein de la droite élargie, maximiser ses chances de gagner un siège aux prochaines législatives, et pouvoir, éventuellement, plus tard, se rapprocher du parti d’Édouard Philippe, Horizons. Panique à droite, alors ? Éric Ciotti assure le contraire. Les déserteurs seraient “un ramassis d’aigris, de ratés et de losers. Ça ne fait pas une victoire”, déclarait-il au Figaro le 12 février.

S’engager à siéger

Pourtant, le député LR Guillaume Larrivé a plaidé, mi-mars, pour la construction d’une “nouvelle majorité” avec Emmanuel Macron en cas d’élimination de la candidate LR au premier tour. L’idée a fait sourire Bruno Retailleau, à la tête des sénateurs LR, autant qu’Éric Ciotti. Au Figaro, toujours, il a réaffirmé le 30 mars sa fidélité à sa famille politique et s’est montré plutôt confiant : “Beaucoup d’incertitude pèse sur cette élection. Emmanuel Macron vient de perdre près de 6 points en quelques jours dans les sondages, il y a de gros doutes sur la participation et l’on ne connaît pas ceux qui iront voter”. Le député LR a d’ailleurs un message à adresser à ceux qui seraient tentés de basculer vers Emmanuel Macron : “À la tête de la commission nationale d’investiture des Républicains, aux côtés de Christian Jacob, nous veillons à choisir des candidats dont nous connaissons la loyauté et la fidélité. Ils devront tous s’engager par écrit à siéger au groupe LR à l’Assemblée, au lendemain de leur élection”.

L’après second tour

Reste à savoir ce qu’il se passera après l’élection, d’autant qu’Éric Zemmour a récupéré plus de 80 signatures d’anciens parrains de François Fillon. Christophe Girard, conseiller de la métropole de Lyon, Gérard Francisci, maire d’un village de Haute-Corse, Jean-Pol Richelet, maire d’une commune des Ardennes… Ces élus soutiennent, dans les colonnes de Marianne, qu’ils voteront certainement Les Républicains et qu’ils ont agi par “devoir démocratique", pour permettre à un candidat qui dépasse les 10 % d’intentions de vote d’entrer dans la course. Mais 10 %, c’est justement le seuil en dessous duquel Valérie Pécresse vient de tomber, selon un sondage BVA pour Orange et RTL publié le 1er avril. Pour l’heure, certaines figures de la droite évitent le sujet, à l’image de Nadine Morano : “La seule question qui se pose, pour moi, c’est de faire gagner Valérie Pécresse”, assurait-elle à Marianne début février. Mais dans le même temps, elle voit aussi en Éric Zemmour un ami, aux propositions intéressantes, quoiqu'un peu “faciles”.

Éric Ciotti, lui, est le seul Républicain à avoir affirmé qu’il voterait pour Éric Zemmour en cas de second tour entre Macron-Zemmour. Il affirmait, début février, que “seule Valérie Pécresse peut battre Emmanuel Macron”. Mais un échec de sa candidate à la présidentielle ou un score élevé d’Éric Zemmour pourraient provoquer un exode au sein des Républicains. Lors de la défaite d’Éric Ciotti au congrès LR, déjà, le vice-président d’Osez la France, Sébastien Meurant, laissait planer le doute sur un éventuel soutien à Éric Zemmour. Etienne Blanc, sénateur du Rhône, reconnaît quant à lui que “la droite doit prendre à bras-le-corps certaines idées”, parmi lesquelles se trouvent la souveraineté, le déclin, l’immigration, soit les thèmes de prédilection de Reconquête!. De son côté, Gilles Platret  a choisi le silence : le maire de Chalon-sur-Saône et vice-président des Républicains est décrit comme un “fantôme” par un proche de Valérie Pécresse… mais avait évoqué un “cheminement qui se poursuit” sur CNews, début janvier.

Quant aux électeurs LR, la désunion est tout aussi palpable : à l’issue du second tour, 23 % souhaitent une alliance avec le Rassemblement National, 21 % avec Emmanuel Macron, 17% avec Reconquête!, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro. Les autres rêvent simplement que le parti conserve son indépendance.

Olivia Fuentes

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