Engie : En transformation

Malgré ses difficultés en Europe, le leader français du gaz se transforme pour répondre aux évolutions de son secteur. Son nouveau nom, Engie, est le symbole de ses nouvelles priorités : la transition énergétique et les marchés émergents.

Malgré ses difficultés en Europe, le leader français du gaz se transforme pour répondre aux évolutions de son secteur. Son nouveau nom, Engie, est le symbole de ses nouvelles priorités : la transition énergétique et les marchés émergents.

 

 

 

«?Nous passons de “l’ancien” au “nouveau” monde?», martèle Gérard Mestrallet à chacune de ses interventions. Le P-DG d’Engie en est convaincu?: l’heure n’est plus aux grandes productions  d’énergie centralisées et émettrices de CO². Place à la décentralisation, au renouvelable et à la digitalisation. C’est dans cette direction qu’il transforme le deuxième énergéticien français alors qu’il se prépare à transmettre le flambeau à Isabelle Kocher, directrice des opérations. Une stratégie coûteuse pour le moment. Le chiffre d’affaires de l’ex-GDF Suez a encore reculé de 2?% à 38,5?milliards d’euros, au premier semestre 2015.

Des positions historiques en difficulté

Sur ses marchés historiques, les positions d’Engie se fragilisent. En Belgique, le parc nucléaire d’Electrabel vieillit. À la fin de l’été, seuls deux des sept réacteurs que compte l’énergéticien sont en fonctionnement. Les autres sont arrêtés pour des raisons techniques, pour des fissures dans les cuves ou en raison de leur vétusté. Leur redémarrage est suspendu à la décision de l’AFCN (Autorité fédérale de contrôle nucléaire), l’organe public belge de sûreté des centrales. En France, l’ancien monopole public est aussi mis en difficulté sur ses activités traditionnelles, et la consommation de gaz a reculé de 5,4?% l’année dernière. Et si Engie reste le fournisseur dominant, il ne peut plus ignorer la concurrence. En juin, GRTgaz a révélé que le groupe a perdu 1,5?million de clients depuis l’ouverture du marché. Pour accompagner le ralentissement de cet «?ancien monde?», l’énergéticien a passé plus de quinze milliards d’euros de dépréciation d’actifs et multiplie les mesures de réduction des coûts. Lancé il y a deux ans, le plan Perform 2015 s’achève avec des économies sur l’Ebitda totalisant 2,6?milliards d’euros. En février, un programme supplémentaire a été présenté pour 2015 et 2016. Face à l’effondrement des cours du pétrole et du gaz, ce «?plan de réaction rapide?» prévoit d’économiser 500?millions d’euros sur les frais de structure et d’exploitation, de réduire les investissements de 400?millions d’euros et de reporter 1,6?milliard d’euros d’acquisitions à 2017.

« Faire d’Engie le leader de la transition énergétique?»

L’énergéticien se transforme aussi pour saisir les opportunités du «?nouveau monde?».

« Grâce aux technologies numériques, le client souhaite aujourd’hui piloter lui-même sa production d’énergie, maîtriser sa consommation et réduire son empreinte
carbone
?», analyse Gérard Mestrallet. Le changement de nom est le signe de cette évolution. Engie a été choisi «?pour accompagner ces défis et accélérer notre développement?». En attendant le plan stratégique qu’Isabelle Kocher doit présenter, le P-DG a d’ores déjà pris des positions dans les domaines des énergies renouvelables et des services. L’objectif est clairement affiché?: «?Faire d’Engie le leader de la transition énergétique.?» Depuis l’acquisition de Solairedirect début juillet, le groupe est devenu numéro un du photovoltaïque en France. Dans l’éolien, il prépare également son envol. Avec EDF, il s’apprête en effet à construire deux parcs de 500 mégawatts chacun, l’un à proximité du Tréport, l’autre entre les îles de Noirmoutier et d’Yeu.

En parallèle, la filiale Cofely, l’un des leaders européens des services énergétiques, monte en puissance. En 2014, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 15,6?milliards d’euros et compte le doubler d’ici quatre ans.

 

Pour cela, elle mise sur les start-up avec lesquelles elle collabore étroitement, comme Intent Technologies, qui développe le big data pour le bâtiment, et Eridanis, un spécialiste des objets connectés. Les récentes prises de participation de NewVenture, le fonds de corporate venture d’Engie, révèlent aussi l’importance que vont prendre ces technologies pour l’énergéticien. Sigfox, l’une des jeunes pousses les plus prometteuses dans l’internet des objets, Redbird, le leader français des drones, et Tendril, une start-up américaine spécialisée dans la gestion informatisée de l’énergie, sont autant de solutions nouvelles sur lesquelles mise le groupe.

Un potentiel de progression important dans les pays émergents

Dans le reste du monde, en Asie et en Amérique latine notamment, les métiers traditionnels de l’ex-GDF Suez restent toutefois le principal levier de croissance. En amont, dans les activités d’exploration et de production (E&P), le groupe poursuit ses investissements. D’ici 2016, il prévoit de produire 15?% de plus de gaz qu’en 2013. En Indonésie, les hydrocarbures qui seront bientôt extraits du gisement de Jangkrik ont déjà trouvé leur premier client?: Persero, le premier distributeur de gaz du pays. Pour les autres métiers, Gérard Mestrallet a profité des dernières visites officielles de chefs de gouvernement étrangers pour signer d’importants contrats. En juillet, celle du président mexicain a donné lieu à pas moins de quatre accords dont deux avec Pemex. De quoi positionner idéalement Engie dans ce pays qui entame la libéralisation de son secteur énergétique depuis un an seulement. Auparavant, en juin, à l’occasion de la venue à Paris de Li Keqiang, le Premier ministre chinois, le groupe a renforcé ses partenariats dans l’empire du Milieu, le plus grand marché gazier au monde. Avec Beijing Enterprise Group, un transporteur de gaz, le français fournira du GNL à la ville de Pékin en hiver. Avec le fonds souverain China Investment Corporation (CIC), il co-investira dans le développement d’infrastructure énergétique en Chine. Dans ces pays, la marge de progression d’Engie est encore importante. S’il est le premier fournisseur d’énergie indépendant au monde depuis l’acquisition d‘International Power en 2010, le géant du gaz réalise toujours plus de 75?% de ses ventes d’énergies en Europe. Preuve que le «?nouveau monde?» reste à conquérir.

j.-H. F.

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