Emmanuelle Wargon à la CRE, une nomination controversée

Emmanuelle Wargon à la CRE, une nomination controversée

© M. Bouquet/Terra

Mercredi, les parlementaires se sont exprimés majoritairement contre l’arrivée d'Emmanuelle Wargon à la tête de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), sans pour autant réunir la majorité qualifiée nécessaire pour empêcher le choix du roi.

Défaite dans le Val-de-Marne il y a quelques semaines, Emmanuelle Wargon a présenté sa candidature à la tête de la Comission de régulation de l'énergie (CRE) pour remplacer Jean-François Carenco devenu ministre chargé des Outre-Mer. Les parlementaires se sont majoritairement opposés à sa nomination avec 48 voix contre versus 43 voix pour. Parachutée par l'Elysée, la Constitution établit pourtant qu'il faut "au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés" pour s’opposer à une nomination suggérée par le président. Portrait. 

Parcours

Avec un père plusieurs fois secrétaire d’État sous les présidences Giscard d’Estaing et Mitterrand, et une mère énarque, Emmanuelle Wargon avait quelques dispositions pour la politique. Suivant une voie similaire, elle passe par HEC, Sciences Po et enfin l’ENA. Elle commence sa carrière au sein de l’administration, dans le domaine de la santé, avant de rejoindre en 2007 le cabinet de Martin Hirsch, alors haut-commissaire aux Solidarités actives contre les pauvretés. Empruntant un chemin semblable à celui de son père, Emmanuelle Wargon continue à travailler pour le gouvernement après 2012, malgré l’alternance politique. Elle quitte finalement son poste en 2015 pour rejoindre le groupe Danone, devenant directrice de la communication des affaires publiques.  

Ascension ministérielle  

Elle revient à la chose publique en 2018, lors du remaniement du gouvernement Philippe 2. Elle devient alors secrétaire d’État à l’Écologie auprès de François de Rugy. L’Élysée l’envoie en première ligne, lors de la crise des gilets jaunes, en tant qu’animatrice du "grand débat national". À l’occasion du remaniement ministériel de juillet 2020, Emmanuelle Wargon devient ministre déléguée chargée du Logement, auprès de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. La gestion du parc immobilier français n’est pas une tâche facile, tant les enjeux sont forts. La période entamée durant les Trente Glorieuses d’incitation des nouvelles couches sociales à accéder à la maison individuelle semble révolue. Le contexte à la fois écologique, économique et social penche, à présent, plutôt en faveur de "maisons groupées", selon les termes de la ministre. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle fasse l’objet d’une levée de boucliers, tant dans l’opposition que dans l’opinion publique.  

Logis des villes, logis des champs  

Emmanuelle Wargon défend, par son action, un axe écologiste et social. Consciente de l’impasse du modèle du "tout construction", elle souhaite accélérer les rénovations de logements dans le pays. Cette vision se matérialise par l’initiative "ma prime renov", servant à financer les travaux simples mais efficaces comme le remplacement d’un système de chauffage ou l’isolation thermique. Afin de permettre à chacun d'accéder au logement, Emmanuelle Wargon maintient l’encadrement des loyers, loi mise en place durant le quinquennat Hollande.  

La ministre déléguée chargée du Logement est consciente de l’intérêt renouvelé pour les villes moyennes, intérêt amplifié par la crise du Covid. Plus encore, elle estime que le retour à la ruralité permettrait de réduire l’inégalité d’accès au logement dans le pays. Reste à savoir si la montée du prix du carburant ne viendra pas entraver ce choix.  

Refuge de l’axe progressiste 

Présidente du Conseil national de Territoire et Progrès, Emmanuelle Wargon revendique le bilan du président Macron auprès de l’électorat de gauche, qui lui avait accordé sa confiance en 2017 : "Le quoi qu’il en coûte, c’est aussi une très belle mesure de gauche." Plutôt que la "vieille maison", la ministre du Logement souhaite offrir un abri aux plus modérés de l’électorat traditionnel du Parti socialiste. Face aux perditions des partis traditionnels, clamant qu'il "n'y a plus vraiment de gauche de gouvernement", Emmanuelle Wargon appelle au "dépassement" des clivages, à l’adhésion au programme macroniste. 

Émile Le Scel 

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