E.Vaudoyer (Club Med) : "La crise sanitaire a renforcé notre position de business partner"

Le secteur du tourisme a été durement touché par les mesures gouvernementales de lutte contre l’épidémie du Covid-19. Malgré la fermeture de tous ses centres de vacances, Club Med a gardé la tête hors de l’eau, et cela notamment grâce à l’action de sa direction juridique. Lauréate d’une mention spéciale lors de la dernière édition du Sommet du Droit en Entreprise, la directrice juridique de la célèbre entreprise Emmanuelle Vaudoyer revient, aux côtés de Fanny Mahler, qui représente le cabinet d’avocats Magenta, sur cette année si particulière.
Emmanuelle Vaudoyer, directrice juridique de Club Med, et Fanny Mahler, avocate counsel chez Magenta

Le secteur du tourisme a été durement touché par les mesures gouvernementales de lutte contre l’épidémie du Covid-19. Malgré la fermeture de tous ses centres de vacances, Club Med a gardé la tête hors de l’eau, et cela notamment grâce à l’action de sa direction juridique. Lauréate d’une mention spéciale lors de la dernière édition du Sommet du Droit en Entreprise, la directrice juridique de la célèbre entreprise Emmanuelle Vaudoyer revient, aux côtés de Fanny Mahler, qui représente le cabinet d’avocats Magenta, sur cette année si particulière.

Décideurs Juridiques. Quel était le rôle de la direction juridique de Club Med lors de la gestion de l'urgence ?

Emmanuelle Vaudoyer. C’est en adoptant une position adéquate que Club Med est entré dans cette crise inédite qui a eu de lourdes conséquences sur tous les acteurs du tourisme, nous y compris. Nous avons réagi rapidement et vigoureusement pour en limiter l’impact et en gérer les différentes phases, et ce, grâce à la direction juridique qui a eu un rôle clé.

Lors de la première phase, celle de l’urgence absolue, nous avons relayé les mesures gouvernementales touchant à nos activités en mettant en place une veille active. Nous avons accompagné la fermeture des resorts, suspendu les contrats compte tenu des événements de force majeure, communiqué auprès de nos clients et reporté leurs séjours en mettant en place un mécanisme d’avoir. Début avril, tous les resorts Club Med dans le monde étaient fermés, une première en soixante-dix ans.

Pendant la seconde phase, celle de la maîtrise de l’impact de la crise, nous avons collaboré aux actions de réduction des coûts, en particulier les négociations avec nos partenaires pour des réductions de loyer.

Côté conseil, de quelle manière avez-vous accompagné les entreprises du secteur du transport et du tourisme durant cette période ?

Fanny Mahler. Nous nous sommes mobilisés, dès le début de la crise, pour aider nos clients à se familiariser avec les normes juridiques complexes édictées quasi quotidiennement par le gouvernement pour gérer la crise, en leur communiquant des alertes régulières. Nous les avons également massivement accompagnés dans le cadre de négociations contractuelles (application de la clause de force majeure, résiliation anticipée de tel ou tel contrat, etc.) ainsi que dans le cadre de précontentieux et de contentieux.

Lors de la reprise de vos activités, sur quelles questions juridiques la direction juridique de Club Med a-t-elle été mobilisée ?

E. V. Club Med a rapidement préparé le rebond. La direction juridique a bien entendu poursuivi la veille active des mesures gouvernementales (fermetures administratives, restrictions d’exploitation et de voyage) qui ont continué à évoluer de manière quotidienne. Nous avons également veillé à sécuriser un plan de développement ambitieux. La direction juridique est ainsi intervenue pour préparer l’ouverture de nouveaux resorts (Club Med La Rosière dans les Alpes et Club Med Seychelles) et la signature de nouveaux projets comme Club Med Tignes. L’équipe travaille aujourd’hui sur 15 projets de nouveaux resorts et 10 de rénovation et extension de resorts existants.

Et votre cabinet d’avocats, Fanny Mahler ?

F. M. Son rôle est multiple et dépend principalement des besoins exprimés par le client. Il peut s’agir de l’aider à réduire ses coûts en mettant fin aux engagements qui ne lui apparaissent plus strictement nécessaires. Ou de l’assister dans le cadre de contentieux offensifs pour obtenir le paiement de sommes indues ou d’indemnités et/ou de l’aider à comprendre les conditions d’éligibilité aux dispositifs d’aides mis en place par le gouvernement.

"Nous avons assisté à une baisse des contentieux de type réglementaires (contestation de tel ou tel texte) dont les bénéfices escomptés ne sont pas directs"

Les grandes entreprises ont-elles adopté de nouvelles stratégies de gestion de leurs litiges en raison de la crise ? 

F. M. Chez nos clients, nous avons constaté une augmentation du nombre de précontentieux/contentieux contractuels. Nous avons en revanche assisté à une baisse des contentieux de type réglementaires (contestation de tel ou tel texte) dont les bénéfices escomptés ne sont pas suffisamment directs ou à suffisamment court terme et qui sont donc mis entre parenthèses ou abandonnés en raison des mesures de réduction de coûts mises en œuvre à tous les niveaux des entreprises.

Chez Club Med, comment votre direction juridique est-elle restée soudée tout au long de cette période inédite ?

E. V. La direction juridique est restée très soudée malgré la brutalité de l’arrêt de l’activité, de la période de chômage partiel consécutive et du télétravail. L’engagement, la résilience et l’esprit combatif de chaque juriste, chaque assistante, chaque manager en est la raison première et je les en remercie. Dans ce contexte, j’ai veillé à maintenir une communication régulière pour donner le sens de notre action et informer l’équipe sur la situation, l’impact de la crise et notre objectif de rebond.

Avez-vous conçu de nouveaux outils de communication ou adopté de nouvelles solutions numériques pour assurer vos missions ?

E. V. La transformation de nos outils digitaux a débuté avant 2020, mais le télétravail total l’a accélérée. Les outils collaboratifs d’Office 365 nous ont assuré un confort de communication immédiat qui a contribué à gommer l’éloignement physique. Nous avons également pu immédiatement généraliser la signature électronique pour les contrats, le corporate, et la signature des pouvoirs et des autorisations internes. Cette période a finalement été l’occasion de faire évoluer rapidement certains process pour une meilleure efficacité.

Cette période a-t-elle aussi fait évoluer la place de votre direction au sein du groupe ?

E. V. La direction juridique de Club Med avait déjà un rôle reconnu de business partner. Cette période inédite a renforcé ce rôle, tout en légitimant plus que jamais la dimension de protection qu’il véhicule dans un contexte d’urgence et de cadre juridique incertain.

 

 

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