Emery Jacquillat, le e-commerce à visage humain

Redresser un groupe de vente par correspondance en faillite pour en faire une très rentable entreprise à mission avant même la naissance du concept. C’est le pari réussi du patron de la Camif.

Redresser un groupe de vente par correspondance en faillite pour en faire une très rentable entreprise à mission avant même la naissance du concept. C’est le pari réussi du patron de la Camif.

Pour beaucoup, le nom Camif évoque le catalogue de vente réservé aux profs. Une sorte de version cheap de La Redoute. Une image ringarde et peu attrayante qui a fini, en 2008, par couler un groupe par ailleurs passé totalement à côté de la révolution digitale. Pourtant, un an plus tard, un entrepreneur reprend la société en pleine liquidation judiciaire.

Repreneur audacieux

Il s’agit d’Emery Jacquillat, président et fondateur de Matelsom, vendeur de matelas en ligne. Cet entrepreneur n’a rien d’un client nostalgique ou d’un inconscient. Au contraire, il est l’incarnation du capitalisme à la française : élevé dans les beaux quartiers de Paris, fils du directeur général de Pernod Ricard, scolarisé à Saint-Jean de Passy et diplômé d’HEC. Pourtant dès son plus jeune âge, Emery Jacquillat ambitionne de concilier création d’entreprise et conscience sociale. Lorsqu’il reprend une Camif moribonde, le dirigeant a une idée précise du business model à développer : proposer en ligne une sélection de produits pour la maison (meubles, décoration…) fabriqués pour la grande majorité en France dans le respect de l’environnement. Le groupe se dote également d’un nouveau slogan reflétant ses ambitions : « Changer le monde de l’intérieur ». Une stratégie à contre-pied des concurrents qui misent sur la quantité, le prix bas et l’importation de produits étrangers, très souvent chinois. Pour mener à bien ce plan, Emery Jacquillat peut compter sur l’image mutualiste et historique de la Camif.

Précurseur

Si Monsieur Jourdain pratiquait la prose sans le savoir, Emery Jacquillat a mis en place, en 2013, une entreprise à mission, avant même que le terme ne soit inventé. La charte du groupe définit pourtant la mission de la Camif qui ambitionne de « proposer des produits et services pour la maison au bénéfice de l’Homme et de la planète. Mobiliser notre écosystème (consommateurs, collaborateurs, fournisseurs, actionnaires, acteurs du territoire), collaborer et agir pour inventer de nouveaux modèles de consommation, de production et d’organisation ».

L'Anti-Amazon

L’exact opposé d’Amazon qui livre de tout, dans le monde entier, à un prix attractif. En imposant ses conditions aux fournisseurs et aux salariés. Et faisant peu de cas des questions sociales et environnementales,  contrairement aux efforts de communication déployés pour attester du contraire. D’ailleurs, alors que les e-commerçants misent de plus en plus sur le Black Friday, la Camif ferme son site ce jour-là pour, selon son dirigeant, « s’opposer à la surconsommation de masse et irréfléchie ». Après tout, le patron n’a pas besoin de cela pour obtenir des résultats. Le chiffre d’affaires atteint 40 millions d’euros en 2019, soit 14 % de plus que l’année précédente. Emery Jacquillat entend toutefois accélérer sa croissance. Objectif : concurrencer frontalement Ikea sur le marché européen à l’horizon 2025.

Lucas Jakubowicz

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