Éloge de la vraie liberté par François-Henri Briard

Vivre libre, c’est quoi ? Promouvoir l’ordre public et le principe de sécurité, respecter la fonction libératrice de la règle de droit et ne jamais oublier que liberté et responsabilité individuelle sont inséparables, dans le service du bien commun estime l’avocat François-Henri Briard dans un ouvrage qui génère débats et réflexions.
François Henri Briard est notamment avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation

Vivre libre, c’est quoi ? Promouvoir l’ordre public et le principe de sécurité, respecter la fonction libératrice de la règle de droit et ne jamais oublier que liberté et responsabilité individuelle sont inséparables, dans le service du bien commun estime l’avocat François-Henri Briard dans un ouvrage qui génère débats et réflexions.

Décideurs. Pourquoi avoir décidé d’écrire un livre sur les libertés ?

François-Henri Briard : J’ai eu l’idée de ce livre pendant le premier confinement de l’année 2020, notamment en prenant connaissance des restrictions sanitaires et en écoutant celles et ceux de mes compatriotes qui déploraient les atteintes aux libertés individuelles. Cet ouvrage a deux finalités, qui correspondent d’ailleurs aux deux parties de l’ouvrage. La première est en quelque sorte pédagogique, pour que le grand public prenne la mesure de ce que je nomme « la galaxie juridique des libertés », c’est-à-dire l’ensemble immense, international et interne, des instruments juridiques de protection de la liberté. Jamais dans l’histoire humaine il n’a existé autant de textes, de conventions et de procédures dans ce domaine. Il est important de prendre la mesure de cette gigantesque machinerie et de son fonctionnement efficace avant de se plaindre d’être privé de liberté. Ensuite, paradoxalement, cette hypertrophie s’accompagne d’une forte perte du sens des libertés. La seconde partie de l’ouvrage invite à cette fin les lecteurs à revisiter tout ce qui accompagne l’exercice des libertés : les exigences de la vie en société, le rôle de la loi, les nécessités de l’ordre public, la sécurité et la responsabilité, autant de concepts qui sont aujourd’hui trop souvent oubliés, dans une vision narcissique et revendicative de la liberté.

Vous semblez avoir été très inspiré par Antonin Scalia, juge de la Cour suprême des Etats-Unis de 1936 à 2016. Vous lui dédiez d’ailleurs votre livre. Ce juge américain était pourtant très conservateur non ?

J’ai eu en effet la grande chance de bien connaître Justice Scalia et d’être proche de lui pendant plus de vingt ans. J’étais « l’ami français », avec qui il pouvait échanger sur de nombreux sujets. Antonin Scalia était et demeure une icône du droit aux États-Unis. Il a profondément marqué la jurisprudence de la Cour suprême de 1986 à 2016. Conservateur sans doute, mais au sens anglo-saxon, c’est-à-dire des idées "classiques". Justice Scalia était d’une grande intelligence, très jovial et ouvert à toute opinion différente de la sienne. Il aimait dire : "un juge qui rend des décisions conformes à ses idées personnelles ne peut pas être un bon juge". Sa meilleure amie au sein de la Cour était d’ailleurs Ruth Ginsburg, réputée pour ses idées « progressistes » et célébrée par les démocrates. Il était surtout un grand juriste, doté d’une immense culture. Il connaissait l’Esprit des Lois par cœur et vénérait Montesquieu. L’un de ses thèmes favoris, s’agissant de la liberté, était que la séparation des pouvoirs est une garantie bien supérieure à toutes les déclarations de droits.

"Jamais il n'a existé autant de textes et de conventions pour défendre la liberté"

Dans votre ouvrage, vous proposez une réflexion nourrie par votre expérience professionnelle et transatlantique trentenaire et par vos convictions. Vous soulignez que les libertés paraissent menacées aux yeux de certains alors que nulle époque n’a connu un arsenal juridique si étoffé pour les protéger. Avons-nous trop de liberté ? Comment résoudre la méfiance de l’opinion dominante ?

La méprise la plus répandue au sujet de la liberté est que beaucoup y voient un concept absolu alors qu’elle ne peut être que relative, à l’exception bien sûr de ce que les spiritualistes appellent la liberté intérieure. En réalité, les libertés publiques doivent nécessairement être conciliées entre elles car elles sont souvent contradictoires et appartiennent de façon égale à tous les membres du corps social. C’est l’une des grandes finalités de mon livre : faire comprendre que la vie en société et le respect de l’autre impose le sens de l’altérité en matière de liberté. Et seule la puissance publique, notamment la justice, peut imposer cet équilibre.

Vous citez Victor Hugo : "Être libre, rien n’est plus grave ; la liberté est pesante, et toutes les chaînes qu’elle ôte au corps, elle les ajoute à la conscience. Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité". La responsabilité est-elle vraiment indissociable de la liberté ?

Mon éditeur a mis en exergue cette phrase de notre héros national que je cite dans mon livre et il l’a fait à juste titre ; cet immense poète, romancier et dramaturge qui fait la fierté des Français a tout dit : plus je suis libre, plus je suis responsable. Cette vérité doit être rappelée avec insistance aujourd’hui car beaucoup n’ont de la liberté qu’une vision simpliste et autocentrée : "je suis libre donc je fais ce que je veux. La vraie liberté c’est plutôt : je suis libre car je veux ce que je fais, dans le respect attentif et responsable de la liberté de l’autre".

Vous avez une approche assez différente de celle de vos confrères avocats qui ont plutôt tendance à déplorer les atteintes aux libertés plutôt que de se féliciter de ce qui existe ; pourquoi avez-vous cette posture ?

Comme tous mes confrères, je suis bien sûr attaché aux libertés fondamentales. Mais je privilégie sans doute davantage l’intérêt collectif, ou du moins je le réintroduis dans le débat public quand on parle de libertés. Ce livre est aussi un appel à la réflexion sur le sens des libertés et à la conscience, aussi bien civique que morale. Nous en avons besoin en ce moment ; cela ne peut que renforcer la cohésion nationale et l’esprit citoyen.

Vivre libre, de François-Henri Briard, Editions Ipanema, 17,90 euros. Préface du général d'armée Jean-Louis Georgelin.

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