Élections législatives : le Brexit à quitte ou double

Après des mois de blocage parlementaire, Boris Johnson tente le tout pour le tout avec des élections législatives anticipées qui vont lui permettre d’obtenir la dissolution du Parlement et, espère-t-il, la majorité qui lui fait défaut depuis des mois. Problème, pour sortir de l’impasse et retrouver une liberté d’action, une victoire serrée ne suffira pas…

Après des mois de blocage parlementaire, Boris Johnson tente le tout pour le tout avec des élections législatives anticipées qui vont lui permettre d’obtenir la dissolution du Parlement et, espère-t-il, la majorité qui lui fait défaut depuis des mois. Problème, pour sortir de l’impasse et retrouver une liberté d’action, une victoire serrée ne suffira pas…

Preuve que tout arrive, le gouvernement britannique a fini par céder. Fin novembre, il accédait à la demande maintes fois déboutée de Boris Johnson d’organiser la tenue d’élections législatives anticipées. Désormais actées par la Chambre des communes, puis par les Lords, celles-ci se tiendront dans quelques jours et mèneront à la dissolution d’un Parlement qui, depuis près d’un an, aura rejeté toutes les options de sorties négociées d’abord par Theresa May, puis par Boris Johnson, ne laissant pas d’autre choix à ce dernier que de parier sur sa dissolution pour sortir de l’impasse.

Si la manœuvre se comprend aisément, la suite est plus incertaine. Car que ce soit au Royaume-Uni ou ailleurs en Europe, rares sont les observateurs des institutions britanniques à s’aventurer à un pronostic, tant les positions semblent verrouillées et les marges de manœuvre serrées.

Point positif, l’organisation des élections donne à chaque parti l’occasion de clarifier son programme et, souligne Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE et spécialiste du Royaume-Uni, de rappeler aux électeurs la façon dont, en cas de victoire, ils prévoient de la mettre en œuvre.

Les options

Les Conservateurs s’en tiennent à leur objectif de toujours qui se résume en quelques mots : « Get Brexit done ». Traduction : si le 12 décembre Boris Johnson obtient la majorité nécessaire pour avoir enfin les mains libres, la suite du programme est connue : le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne au 31 janvier avec l’accord négocié avec Bruxelles à l’automne. Commencera alors une période de transition qui ne s’achèvera qu’à la fin 2020 et au cours de laquelle instances européennes et gouvernement britannique procéderont aux derniers ajustements. Autre scénario : ce sont les Travaillistes qui, d’ici quelques jours, l’emportent. Dans ce cas, leur leader Jeremy Corbyn a clairement annoncé la couleur. Lui premier ministre, il se donne six mois pour renégocier avec Bruxelles et obtenir un meilleur accord – en termes d’emplois et de garanties économiques – que celui obtenu par Theresa May ou par Boris Johnson. Passé ce délai, il organisera un nouveau référendum dans lequel les Britanniques se verront proposer de sortir de l’Union européenne avec cet accord ou, si celui-ci ne leur convient pas, d’y rester.

Un scénario en deux temps qui, selon Catherine Mathieu, reflète la complexité, pour le leader travailliste, de concilier les différentes sensibilités au sein de son parti. « Il existe une frange du Labour qui, comme Tony Blair, souhaite que le Royaume-Uni reste au sein de l’Europe, explique-t-elle, une autre qui, indépendamment de son opinion sur l’Europe, insiste sur le fait que le vote de 2016 doit être respecté et la sortie britannique, actée, et un troisième groupe qui, lui, a clairement pris position en faveur du Brexit. » Trois approches de la situation qui expliquent sans doute que Jeremy Corbyn, pour sa part, reste sur une position de neutralité en ce qui concerne le Brexit lui-même.

Les calculs

Reste à savoir lequel des deux leaders l’emportera. « Si l’on en croit les sondages, indique Catherine Mathieu, Boris Johnson est pour l’heure donné gagnant avec 40 % d’intentions de vote contre 30 % pour Jeremy Corbyn. Même si le passé a appris aux Britanniques à rester prudents face à ce type d pronostics, le scénario le plus probable semble être celui d’une victoire des Conservateurs. »

Un bon point pour l’actuel chef du gouvernement, mais qui ne suffira pas à lui assurer la liberté d’action nécessaire pour mettre en œuvre son programme. Pour cela, rappelle l’experte, « Boris Johnson ne doit pas seulement gagner. Il doit le faire avec une confortable longueur d’avance ». En clair, sur les 650 sièges que compte le Parlement britannique, il doit en obtenir 226 pour s’assurer une majorité absolue (« il en a 298 aujourd’hui… », indique-t-elle). Faute de quoi, il lui faudra former une coalition ou se résoudre à faire face aux mêmes blocages que par le passé…

La seule issue

Problème : trouver un allié politique dont les positions en matière de Brexit soient compatibles avec celles des Conservateurs risque de s’avérer compliqué. Il y aurait bien les Libéraux démocrates, qui sont en accord avec les Conservateurs sur à peu près tout, mais dont « l’approche Brexit » se situe aux antipodes de celle du camps Bojo, leur volonté étant de le voir annuler, purement et simplement.

Pour Catherine Mathieu aucun doute, toute autre option qu’une victoire avec large majorité équivaudrait pour Boris Johnson à une défaite. « C’est simple, résume-t-elle, si Boris Johnson obtient une majorité absolue, le Royaume-Uni sort de l’Europe ; s’il perd, Jeremy Corbyn devient le nouveau Premier ministre britannique, renégocie un accord et organise un nouveau référendum. Et s’il l’emporte à une faible majorité, le Parlement demeure paralysé par les divisions et le blocage se poursuit. Exactement comme avant l’élection, mais en pire. » Nous voilà avertis.

Caroline Castets

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