E. Fougère (Quadrilatère) : "Le flex office et le coworking vont sortir renforcés de cette crise"

Comment les concepteurs et aménageurs d’espaces vivent-ils cette crise ? Emmanuel Fougère, directeur général de Quadrilatère, apporte des éléments de réponse à Décideurs en expliquant comment sa société s’est adaptée. Il partage également ses réflexions sur les implications à court et moyen termes de cette situation.
Emmanuel Fougère (©D.R.)

Comment les concepteurs et aménageurs d’espaces vivent-ils cette crise ? Emmanuel Fougère, directeur général de Quadrilatère, apporte des éléments de réponse à Décideurs en expliquant comment sa société s’est adaptée. Il partage également ses réflexions sur les implications à court et moyen termes de cette situation.

Décideurs. Quel est l'impact à date de la crise sanitaire et du confinement sur votre activité ?

Emmanuel Fougère. Notre activité est forcément perturbée. Nous manquons de visibilité et nous avons subi un ralentissement avec des clients ou prospects qui ont décidé de suspendre ou annuler leurs projets et d’autres qui ont lancé des consultations mais tardent à rendre leurs décisions. Nous avons arrêté tous nos chantiers le 17 mars. Nous avons préparé dans la foulée un plan de continuité d’activité en nous basant sur les premiers travaux de l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics. Quand le gouvernement a validé le guide de l’OPPTBP, nous avons commencé à rouvrir nos chantiers à compter du 6 avril. Une dizaine ont repris depuis. Notre organisation tourne à 80 % aujourd’hui.

La solidarité est le leitmotiv des professionnels de l'immobilier depuis le début du confinement. Comment cela se matérialise-t-il au sein de votre activité ?

Après avoir échangé avec nos conducteurs de travaux pour recueillir leurs avis et élaborer un plan de continuité d’activité très protecteur pour nos collaborateurs, nos sous-traitants et nos clients, nous avons décidé de redémarrer nos chantiers par solidarité économique. Dans cette logique, nous avons notamment fait le choix de ne pas recourir au chômage partiel. En contrepartie, certains de nos collaborateurs, dont l’activité a été exceptionnellement réduite, ont posé des jours de congés. Nous restons également vigilants quant au fait de payer toutes nos factures en temps et en heure.

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement français dans cette situation de crise sanitaire ?

Je pense que l’Etat fait ce qu’il peut face à une crise inédite. Par ailleurs, le guide de l’OPPBTP a été validé par le gouvernement seulement quinze jours après le début du confinement. Si de nombreux chantiers sont encore à l’arrêt, ce n’est pas de son fait. L’activité économique doit reprendre, d’autant plus que les règles définies par l’OPPBTP resteront en vigueur encore longtemps après le 11 mai.

Comment préparez-vous le déconfinement ?

Nous travaillons sur le sujet depuis la fin mars et le début de nos réflexions sur la reprise des chantiers. Après le 11 mai, tous les collaborateurs ne reviendront pas au bureau. Nous nous préparons à un schéma hybride avec beaucoup de télétravail, pratique que nous avions anticipé avant même l’annonce du confinement par le Président de la République. La tribu Quadrilatère a toutefois vocation à se réunir à nouveau. Se voir, se croiser et se parler autrement que par visioconférence est important. Certaines personnes souffrent et ont besoin de revenir au bureau pour retrouver un équilibre personnel / professionnel. Par contre, seulement 20 à 30 % des collaborateurs pourront être présents en même temps dans nos locaux.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement du secteur immobilier selon vous ?

Quadrilatère a saisi l’occasion offerte par cette situation pour repenser ses modes opératoires et ses outils en lançant des projets transverses d’amélioration. Concernant notre secteur, nous sommes probablement à l’aube d’une crise économique majeure. Des acteurs vont souffrir et certains disparaitront dans notre champ d’activité. A court terme, je pense que les projets vont redémarrer. Mais j’anticipe un fort ralentissement à partir de cet été. Des déménagements vont être annulés et des renégociations de baux vont s’engager entre locataires et bailleurs qui vont impacter les bilans de ces derniers. En parallèle, certains suggèrent que cette crise pourrait tuer l’open space et le flex office. Je pense personnellement que le flex office, ainsi que le coworking, vont sortir renforcés car ils constituent le parfait pendant au home office dans une logique organisationnelle. L’occupation des espaces devra toutefois être gérée de manière beaucoup plus fine. Cette tendance s’annonce durable car le Covid-19 ne sera pas éradiqué avant quelques mois dans le meilleur des scénarios. Et il sera probablement suivi par d’autres crises épidémiologiques dans les années à venir.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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retrouvez l'intégralité du dossier L'impact du Covid-19 sur la fabrique de la ville

Des aménageurs aux utilisateurs en passant par les investisseurs, les financeurs, les conseils immobiliers et juridiques, les associations ou encore les start-up, toutes les strates de la chaîne de valeur de la fabrique de la ville sont impactées par la crise sanitaire et ses incidences économiques. Décideurs donne la parole aux acteurs de cette industrie pour recueillir leurs analyses et leurs propositions.
Sommaire C. Murciani (Acofi Gestion) : "Notre solidarité s’exprime notamment envers nos emprunteurs" L. Camilli (Clearwater International) : "Les fonds de garantie thématiques constituent une solution intéressante" C. Lamaud : "Les investisseurs comme Anaxago doivent être présents dans les bons et les mauvais moments" C. Journo-Baur (Wishibam) : "Notre solution est d’utilité publique dans cette situation de crise sanitaire" B. Heurteux (HBS-Research) : "Des associations entre start-up devront être réalisées" C. Rayssac : "Bazimo a lancé des nouveaux projets de développement pendant le confinement" A. Emery : "La RICS va poursuivre ce qui a été initié depuis un an en France" B. Fremaux (Idex) : "La crise nous a touché de manière assez disparate" C. van Appelghem (Atlante Gestion) : "Le capital investissement devra porter un regard différent sur des actions de société" B. Marzloff (Chronos) : "La pandémie a été un laboratoire formidable pour la réforme de la ville"
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