Du fondement juridique à la cacophonie politique

Benoît Hamon a été contraint de saisir la justice pour participer à l’Émission politique. Hélas pour les téléspectateurs, les participants au débat, la campagne européenne, la classe politique… et Génération.s.

Benoît Hamon a été contraint de saisir la justice pour participer à l’Émission politique. Hélas pour les téléspectateurs, les participants au débat, la campagne européenne, la classe politique… et Génération.s.

En appeler au juge pour faire respecter l’équité politique. C’est la stratégie choisie par Benoît Hamon. Le 28 mars, le candidat a saisi en référé le tribunal administratif de Paris lui demandant d’enjoindre à France Télévisions de l’inviter sur son plateau de télévision le soir du 4 avril.

Selon l’ancien candidat PS à la présidentielle de 2017, l’urgence se justifiait par le besoin de se préparer à présenter son programme lors de cette soirée. Sur le plateau de l’émission Les 4 Vérités, le 28 mars, Benoît Hamon a déploré un « rétrécissement de la vie démocratique » et l’attitude de France Télévisions.

Cette dernière était pourtant dans son droit. Les règles applicables à l’équité du temps de parole ne s’appliquent pas encore. La campagne commencera le 23 avril. Jusqu’à cette date, France 2 conserve, en théorie, sa liberté éditoriale et reste libre de sélectionner les candidats.

Le tribunal administratif de Paris en a jugé autrement. Dans une décision du 1er avril qui aurait pu faire office de poisson, les juges statuant en référé ont imposé à France Télévisions d’inviter Benoît Hamon au débat programmé 3 jours plus tard, sauf à ce qu’une chaîne du service public organise un autre débat consacré aux élections européennes avant le 23 avril et y invite Génération.s. C’est avec un raisonnement juridique fondé sur les libertés fondamentales que les magistrats accèdent à la requête de Benoît Hamon : « La décision de France Télévisions de n’inviter que 9 candidats têtes de liste au débat du 4 avril ne permet pas, quels que soient les critères de représentativité, notoriété et popularité retenus, d’assurer […] l'expression pluraliste des courants de pensée et d'opinion. Cette décision est donc susceptible de porter une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté fondamentale […] ». Le tribunal parisien souligne aussi l’importance de ce débat pour la notoriété des candidats en rappelant la règle des 3 % pour bénéficier du remboursement forfaitaire de leurs dépenses électorales.

Florian Philippot et François Asselineau se sont donc engouffrés dans la brèche pour être présents au débat. Avec succès. Le 4 avril, le Conseil d’État a annulé la décision de justice, mais les dés étaient jetés. Les menuisiers de France Télévisions ont ajoutés trois pupitres. The show must go on. Pour le plus grand désarroi des personnes rassemblées derrière leur poste.

La guerre des clones

Malgré un débat qui a dépassé les trois heures, la cacophonie et la fébrilité furent au rendez-vous. Corsetés par un temps de parole limité, les candidats n’ont pas eu véritablement la capacité d’exposer leur vision de l’Europe. Et lorsqu’ils l’ont fait, difficile de percevoir des différences. Benoît Hamon et Raphaël Glucksmann ont semblé sur la même longueur d’onde. Il en est de même pour François Asselineau et Florian Philippot ainsi que pour Jean-Christophe Lagarde et Nathalie Loiseau. Le tout a donné l’impression d’assister à un débat entre clones. Le summum du ridicule a été atteint dès le début de l’émission. Chaque candidat était invité à venir avec un objet symbolisant son engagement européen. Même objet (un fragment du mur de Berlin) et même discours pour la liste PS-Place Publique et pour l’UDI…

Les candidats n’ont pas eu véritablement la capacité d’exposer leur vision de l’Europe

Si convier toutes les tendances de la vie politique française a du sens, peut-être aurait-il été plus judicieux d’organiser deux débats de six candidats chacun. Ou de faire confiance aux journalistes politiques qui, d’une manière ou d’une autre auraient donné la parole à tous.

Tout ça pour ça ?

Le trop grand nombre de candidats présents sur le plateau a eu un effet rébarbatif sur les téléspectateurs. Preuve en est, le public n’a pas été au rendez-vous. Avec 9 % de part d’audience, l’Émission politique est loin de ses standards habituels. Pour rappel, le premier ministre Édouard Philippe a réuni 2,1 millions de personnes (soit 11 % de part d’audience) tandis que Nicolas Hulot a rassemblé 3,2 millions de téléspectateurs derrière le poste, soit une part d’audience de 15 %.

Les Français s’intéressent moins au scrutin après le débat qu'avant !

Pire encore, le format de l’émission ne semble pas avoir incité les Français à s’intéresser davantage aux enjeux européens. Une enquête baromètrique Harris Interactive réalisée après le débat révèle ainsi que 54 % des Français se déclarent intéressés par les élections européennes. Contre 57 % lors de la vague précédente en date du 24 février. Le débat n’a donc pas transcendé les foules.

Mais le but de Benoît Hamon était probablement de se distinguer, de se placer comme le leader de la gauche qu’il se rêve d’être. Après tout, son score élevé à l’élection présidentielle lui a peut-être donné des ailes… Raté. D’après la même étude d’opinion, la liste Génération.s est créditée de 3,5 % d’intentions de vote contre 4 % le 24 février. Les deux autres invités de dernière minute, Florian Philippot et François Asselineau ne font pas mieux : ils stagnent respectivement à 1,5 et 2 %. Un score qui ne permet même pas de rembourser les frais de campagne.

Pascale D’Amore et Lucas Jakubowicz

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