Dr. Karim Bendhaou: "Dorénavant, il faut imaginer les centres de soins hyperconnectés"

Créé à Darmstadt en Allemagne il y a 350 ans et actif en Afrique depuis 1897, Merck s’est engagé à fournir un accès à des solutions de santé durables qui contribuent à améliorer la qualité de vie des Africains. L’état des lieux du marché pharmaceutique et la stratégie de Merck.

Créé à Darmstadt en Allemagne il y a 350 ans et actif en Afrique depuis 1897, Merck s’est engagé à fournir un accès à des solutions de santé durables qui contribuent à améliorer la qualité de vie des Africains. L’état des lieux du marché pharmaceutique et la stratégie de Merck.

DÉCIDEURS. Quelles sont les particularités du marché pharmaceutique en Afrique ?

Karim Bendhaou. À l’exception de l’Afrique du Nord et de l’Afrique du Sud, le marché pharmaceutique africain est marqué par l’absence de systèmes d’assurances et d’aides sociales. Les Africains paient eux-mêmes leurs traitements. Cet autofinancement constitue l’une des difficultés majeures à laquelle nous faisons face pour prendre en charge les pathologies qui affectent le plus le continent. La médecine africaine ciblait initialement les maladies transmissibles qui étaient généralement traitées par l’antibiothérapie. Aujourd’hui, les maladies non transmissibles ont alourdi le budget des patients. Le secteur public et le secteur privé ne peuvent pas séparément résoudre ces problématiques. Nous misons avec beaucoup d’optimisme sur la coopération avec les États par le biais des PPP pour traiter les enjeux de santé publique du continent.

Quel est votre sentiment face au phénomène de l’e-health et la digitalisation du secteur de la santé ?


Notre développement ne pourra se poursuivre sans le digital : sur les dix dernières années, la quantité de portables a connu une augmentation exponentielle pour atteindre plus d'1 milliards de téléphones. La seule manière de surmonter le défaut d’infrastructures était de passer au digital. Dorénavant, il faut imaginer les centres de soins hyperconnectés. Ce que l’on apporte principalement à l’Afrique, c’est de la préparer à un monde nouveau et la manière d’utiliser les traitements. Le mode traditionnel est totalement bouleversé par les nouvelles technologies et doit être repensé pour améliorer le niveau de santé en Afrique. En matière de lutte contre la contrefaçon également, notre meilleur atout a été le mobile pour vérifier l'authenticité des médicaments via SMS. Les technologies nous permettent de surmonter certains obstacles et d’aller plus loin.


Comment décririez-vous l’approche de Merck en Afrique ?

Merck est une firme de science et de technologies qui adopte une position « afro-optimiste ». L’Afrique suscite chez nous le même intérêt que d’autres zones émergentes telles que la Chine, l’Inde ou le Brésil, mais l’approche est différente. Il ne s’agit pas d’une approche unifiée mais spécifique aux 54 pays pris individuellement. À ce titre, nous privilégions les installations physiques dans chacun d’entre eux. A l'horizon 2020, on estime que la moitié de la population africaine vivra dans les grandes villes. Notre souhait est de cibler les métropoles, sans oublier de fournir aux zones rurales et aux petites villes l’ensemble de nos services. Notre offre ne doit pas seulement proposer un traitement de la maladie mais garantir un support complet aux patients, notamment par le biais de conseils hygiéno-diététiques. Ceci est possible grâce aux nouvelles technologies permettant aux professionnels de santé de communiquer à distance avec les patients.

Quelles sont les solutions que propose votre entreprise pour lutter contre la propagation des maladies endémiques et tropicales ?


Seule, notre entreprise ne peut pas répondre à ce besoin mais elle met tout en oeuvre pour avoir un impact significatif en faveur des populations locales. Aujourd’hui, il y a un niveau de citadinisation important et les populations des villes africaines sont sujettes aux mêmes pathologies que les occidentaux. À l’inverse, les populations rurales contractent plus facilement les maladies dites "tropicales négligées" dont la bilharziose est la plus répandue selon l'OMS. Face à ce phénomène, notre société a élaboré un programme pour un traitement massif des enfants en partenariat avec l’OMS ayant permis le traitement de 150 millions d’enfants à travers les écoles du continent. Il serait souhaitable de généraliser ce type de programme sur l'ensemble du continent et d'établir la stratégie appropriée pour endiguer une potentielle épidémie, et ce par le biais d'unités de production et de compétences locales. En outre, les médicaments sont assez chers en Afrique à cause des marges commerciales trop importantes. Face à cela, le dévelopement de l'e-commerce pourrait être une des solutions ayant pour but la diminution du nombre d'intermédiaires. Jusqu’à maintenant, les entreprises ont fait de la « Corporate Social Responsability ». Il faudrait qu’elles se pensent désormais comme des « Responsible Social Corporations » !

Rudy TCHIKAYA

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