Donald Trump : The Artist

Donald Trump : The Artist

Raciste et misogyne, outrancier et provocateur, il a fait de ses dérapages un levier médiatique et de ses prises de position radicales un vecteur d’adhésion chez des millions d’Américains. Leçon de marketing « by Donald Trump », ex-trublion de la scène politico-médiatique et potentiel futur président de la première puissance mondiale.

Il y a encore quelques mois, il amusait plus qu’il n’inquiétait. Il faut dire qu’entre son goût de la provocation, ses dérapages en série tour à tour misogynes, racistes et antisémites les approximations de son programme et son improbable implantation capillaire, Donald Trump avait de quoi susciter l’intérêt amusé des commentateurs de tous bords. Mais ça, c’était avant. Avant que le milliardaire n’obtienne le soutien des ténors de son parti, avant qu’il ne talonne ou devance même Hilary Clinton dans les intentions de vote. Avant, en somme, que le phénomène de foire ne vire au phénomène tout court et que le produit de niche ne se mue en catégorie killer

 

À l’origine de cette formidable montée en gamme, une stratégie marketing sans faille, alimentée par des ingrédients à l’efficacité éprouvée : transgression dans le discours, simplicité dans l’analyse et la promesse (« Make Amercia Great Again »…), immédiateté dans les solutions proposées. De quoi créer, à l’arrivée, un positionnement limpide, différenciant et, force est de le reconnaître, extrêmement porteur puisque répondant aux attentes de millions de citoyens chez qui la peur du déclassement a depuis longtemps remplacé le rêve américain.

 

Le timing idéal

Pour Philippe Braud, chercheur au Cevipof et expert en sociologie politique, un des premiers facteurs de succès du produit Trump tient au timing idéal de son lancement. « Il règne actuellement aux États-Unis un tel climat d’angoisse et de colère  – contre l’establishment politique et financier, contre la mondialisation, contre l’immigration… – qu’il ne demande qu’à faire sauter le vernis de respectabilité et de pondération qui caractérise la vie politique américaine, explique-t-il. Pour en tirer profit, il fallait oser s’affranchir des codes traditionnels de cet univers. » Ce qu’a très bien su faire le milliardaire dont le discours aux antipodes du politically correct ambiant (rappelons que, dans l’univers Trump, les Noirs sont paresseux, les Mexicains violeurs et les musulmans terroristes… simple et carré) flatte les bas instincts d’une partie de la société américaine.

Une stratégie payante à plus d’un titre puisqu’elle lui permet non seulement de séduire une partie de l’opinion lassée des postures consensuelles mais aussi d’affadir les propos de ses concurrents pour s’assurer une couverture médiatique optimale. Le tout en s’émancipant d’un système qui a déçu et en se positionnant, de fait, en candidat du rejet  anti-establishment, anti-système, anti-Wall Street... Au point, résume Philippe Braud, « de réussir la prouesse d’incarner une forme de renouveau politique tout en défendant des positions ultrarétrogrades ». Qui dit mieux ?    

 

La stratégie gagnante du « Y a qu’à » 

Autre argument concurrentiel en faveur du candidat Trump : sa capacité à se positionner dans l’action et l’instant. À répondre aux peurs et à la colère du moment en promettant du concret et de l’immédiat, là où ses adversaires n’ont à offrir que de la vision et du long terme. Comment ?  « En multipliant les recours au concept bien connu du "y a qu’à" », explique le politologue pour qui « jouer la carte de la politique de bistrot » offre l’avantage d’opposer à des problèmes complexes – la crise, l’immigration, la sécurité nationale… – des solutions simples. Irréalistes pour la plupart, sans doute, mais claires et audibles, ce qui, dans un contexte de complexité accru, suffit à les doter d’une force de frappe décuplée. L’immigration clandestine ? Un mur à la frontière mexicaine. La menace terroriste ? La fermeture des frontières aux musulmans. La problématique des sans-papiers ? Onzemillions de personnes à « déporter »... Urticant pour les uns, le discours n’en demeure pas moins rassurant pour d’autres. Au point de susciter certaines interrogations quant à la capacité d’un tel « produit » politique à s’exporter sur le territoire français. Pour le politologue et journaliste Alain Duhammel, s’il est peu probable qu’un candidat « inconnu de la sphère politique » parvienne à s’imposer en France aussi rapidement que Trump aux États-Unis, le risque de contagion ne peut être totalement écarté. La société française présentant les mêmes symptômes d’exaspération que la société américaine, « on ne peut exclure qu’une partie de l’opinion adhère un jour à un discours transgressif exprimant brutalement ses aspirations et ses rejets » estime-t-il. De quoi prolonger l’état d’alerte.   

 

Caroline Castets

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