Djibouti, tour de contrôle des puissances étrangères

Djibouti, tour de contrôle des puissances étrangères

© Golub Oleksii

Enclavée entre l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie, et regardant le Yémen dans les yeux, la république de Djibouti constitue, au-delà de son indiscutable attrait touristique, un territoire aux mille enjeux stratégiques. Le pays tolère, de fait, les présences française, américaine, italienne, japonaise et chinoise. Alors que le Yémen fête l'anniversaire de son indépendance, Décideurs décrypte l'amour intéressé qu'inspire ce bout d'Afrique, à la croisée des intérêts étrangers.

Tantôt désertique, tantôt luxuriant, entre étendue de sel et décor volcanique, Djibouti borde le golfe d’Aden, appendice de l’océan Indien prolongé par la mer Rouge, puis par le canal de Suez. De ce fait, le pays exerce un attrait commercial manifeste. À un jet de caillou de la péninsule arabique sans en faire partie, Djibouti constitue le seul pays à peu près stable de la corne de l’Afrique, et présente, à cet égard, une commodité géopolitique indéniable. Ses fonds marins sans pareil et sa faune terrestre grandiose, les dik-diks côtoyant les cynocéphales jusque dans les rues de la capitale, ne suffisent pas à expliquer son statut de hub international incontournable, pas plus que ses promoteurs qu’ils s’appellent Henry de Monfreid, Joseph Kessel ou Arthur Rimbaud. 

La piraterie n’est jamais finie

La mer Rouge, aorte du commerce mondial, accueille chaque année 20 000 navires. Empruntant le canal de Suez, ces cargos, lestés de leurs 1 200 milliards de tonnes de frets, longent l’Erythrée, Djibouti et la Somalie. Des caravanes de marchandises aux allures de coffres-forts flottants pour les pirates somaliens, un tel différentiel de misère et de richesse ne pouvant que susciter la convoitise. Un problème maritime, une problématique mondiale qui a encouragé quelques pays à venir combattre cette délinquance marine depuis Djibouti. La France, initiatrice de l’opération Atalante visant à sécuriser le golfe d’Aden, a mobilisé les forces militaires d’une quinzaine de pays européens dont l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, rejoints par quelques puissances extra-européennes telles que le Japon, l’Iran et la Chine. Certains États se déploient encore sur le territoire djiboutien.

Attaque/défense

Toujours côté militaire, les forces en présence le sont pour des raisons différentes. La lutte contre la piraterie, détaillée plus haut concerne donc l’Allemagne, la Chine, l’Espagne et le Japon. Les États-Unis et l’Italie occupent également le territoire dans une ambition de combattre le terrorisme, avec des volontés différentes. L’Italie en soutien des forces armées somaliennes, à travers des missions de formation et d’encadrement. Une croisade initiée par l’Union africaine qui rassemble les contingents du Burundi, de l’Ouganda, de l’Éthiopie, du Kenya et de Djibouti. La Somalie étant dévorée par les Chebabs, islamistes somaliens liés à Al-Qaïda, que l’on distingue selon qu’ils visent la nation via l’instauration de la charia à l’échelle de la Somalie, ou qui œuvrent à l’expansion du califat. De leur côté, les États-Unis s’y sont installés au lendemain du 11 septembre, voyant en Djibouti une remarquable tour de contrôle et de surveillance dans le cadre de leur lutte contre le terrorisme.

La Chine s’installe, la France s’efface

Les desseins chinois à Djibouti ne se sont jamais limités à un aspect strictement sécuritaire. Après avoir acquis la possibilité d’y installer une base militaire, qui devait, à l’origine, faire office d’escale maritime, les Chinois ont négocié la construction de leur propre port, à côté de leur base. Cette nouvelle étape dans la route de la soie, qui consiste à tracer des voies qui vont permettre à l’empire du Milieu d’irriguer tous les pays de leur production industrielle, semble particulièrement stratégique. La Chine ne s’arrête pourtant pas là et apporte électricité et eau, lignes de chemin de fer et financements à son hébergeur, des investissements sur lesquels la France ne peut plus s’aligner, elle qui n’engage désormais qu’1 euro chaque fois que la Chine en engage 10 000. Un rapport de force déséquilibré qui rend la discussion d’égal à égal compliquée. Le Chinois remplace progressivement le Français sur les panneaux d’indication, en même temps que la dépendance de Djibouti vis-à-vis de la France s’érode et que sa dette vis-à-vis de la Chine s’accroît. 

Alban Castres

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