Dividendes : Le Maire appelle les grands groupes à la retenue

La modération est déjà de mise, certaines entreprises annulant les versements à leurs actionnaires. Mais toutes n'empruntent pas la même direction, de crainte d’infliger une double peine aux investisseurs.

La modération est déjà de mise, certaines entreprises annulant les versements à leurs actionnaires. Mais toutes n'empruntent pas la même direction, de crainte d’infliger une double peine aux investisseurs.

En 2019, les groupes du CAC 40 ont versé 49,2 milliards d’euros de dividendes, selon une étude de Vernimmen.net. En ajoutant les rachats d’actions, leurs actionnaires ont perçu plus de 60 milliards d’euros, un montant qui dépasse les records de 2007. Chaque année, ces chiffres soulèvent de nombreuses questions : ces versements de dividendes creusent-ils les inégalités ou ne font-ils que rémunérer le risque et l’investissement à leur juste valeur ? Les entreprises préfèrent-elles distribuer leurs profits plutôt que d’investir ? Pour 2020, le débat est déjà rouvert.

Mardi 24 mars, Bruno Le Maire – ministre pourtant issu de la droite libérale - appelle les sociétés à la retenue. "Je demande à toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération. Je les appelle à la plus grande modération sur le versement des dividendes, a-t-il martelé à l’antenne de Franceinfo. C’est un moment où tout l’argent doit être employé pour faire tourner votre entreprise, pour s’assurer qu’elle redémarre dans de bonnes conditions."

Certains groupes n’ont pas attendu cette déclaration pour prendre des mesures en ce sens. Sans grande surprise, le constructeur européen aéronautique Airbus annule ses versements pour 2019. Afin d'éviter une tension supplémentaire sur la trésorerie et anticiper le report de commande d’avions, le conseil d’administration accepte de retirer la proposition de dividende de 1,80 euro par action pour un total de 1,4 milliard.

Autre exemple, Tarkett où le directoire propose de supprimer le dividende de 0,24 euro par titre versé en 2020, annoncé lors de la publication des résultats annuels de 2019. "Dans un contexte économique incertain, nous mettons en œuvre toutes les actions nécessaires pour protéger nos cash-flows et adapter le groupe à ce nouvel environnement", commente le fabricant de revêtements de sols.

Trouver le juste équilibre

Toutes les entreprises n'empruntent néanmoins pas le même chemin. En cause ? Une volonté de fidéliser et de rassurer les actionnaires à l’heure où le marché boursier s’effondre. Une double peine – perte sur les titres et dividendes nuls – ne pouvant qu’accentuer la pression. Ainsi, Unibail-Rodamco-Westfield annonce aujourd’hui le retrait de ses objectifs pour 2020 en raison de l’incertitude liée au Covid-19 mais versera un acompte de dividende de 5,40 euros par action, comme prévu, le 26 mars. Quant au conseil d'administration de Publicis, il a décidé de maintenir le dividende à 2,30 euros, soit une hausse de 8,5 % par rapport à l'année dernière.

"On attend des banques qu'elles utilisent les effets positifs de ces mesures (assouplissements réglementaires, ndlr) pour soutenir l'économie et non pour augmenter les dividendes"

La semaine dernière, la Société générale, qui donnait les modalités de convocation à son assemblée générale, proposait un dividende à 2,20 euros au titre de l’exercice 2019, avec un paiement pour fin mai, déjà provisionné. Il n’est toutefois pas dit que certains établissements financiers ne fassent pas machine arrière. "On attend des banques qu'elles utilisent les effets positifs de ces mesures (assouplissements réglementaires, ndlr) pour soutenir l'économie et non pour augmenter les distributions de dividendes ou les rémunérations variables", déclarait le 12 mars la Banque centrale européenne, superviseur des grands groupes de la zone euro.

"L'assouplissement annoncé des réserves de capital par les banques centrales en Europe est important pour donner du temps aux banques, mais l’on peut s'attendre à ce que les niveaux de capital doivent être reconstitués à un moment donné, écrivait lundi Justin Bisseker, analyste chez Schroders. Pour certaines banques, cela impliquerait une détérioration de leur capacité à verser des dividendes et/ou une augmentation du nombre d'actions."

Et d'ajouter : "C'est là un autre facteur à prendre en compte dans la sélection de titres." C’est-à-dire que les investisseurs étant moins rémunérés auraient moins intérêt à se positionner sur ces valeurs. Ce qui pourrait avoir un impact négatif sur les actions des banques et les mettre en difficulté. L’équilibre va être difficile à trouver pour les entreprises. À voir quelles seront les grandes tendances en fonction des secteurs.

Olivia Vignaud

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